Rebuild Destroy

Massive

01/02/2019

Off Yer Rocka Recordings

Il est de notoriété publique que les groupes australiens sont des adeptes de la théorie no bullshit. En caricaturant un peu leur démarche, on pourrait presque dire qu’avec une guitare accordée, une batterie tenant encore debout, une basse aux cordes rouillées, un pack de vingt-quatre et des amplis crachant le feu, les musiciens Rock nationaux sont heureux, et ne cherchent pas plus loin. Et c’est en partie vrai, même si leur virilité cache parfois des accès de tendresse et de finesse qu’ils ont du mal à dissimuler. Entre AC/DC, les ANGELS, ROSE TATTOO, Jimmy BARNES, AIRBOURNE, la donne est plutôt bonne, et l’électricité bradée à gaver, ce qui est quand même notre préoccupation majeure. Alors, lorsqu’on nouveau groupe émerge du bush, on tend les oreilles, parce qu’on sait pertinemment qu’elles risquent d’être méchamment malmenées par des riffs d’acier, des rythmiques plombées ou enlevées, et des hurlements vocaux à rendre un kiwi enragé. Un peu à l’image de leur rugby, ces ostrogoths du Hard Rock de papa vont à l’essentiel, frappent fort, boivent beaucoup, et sillonnent les routes de leur pays pour courir le cachet, souvent maigre, mais compensé par un accueil chaleureux. Et c’est ce genre d’accueil que j’aimerais que vous réserviez à nos tarés du jour, ces MASSIVE qui n’ont certainement pas choisi leur nom par hasard…Fondé du côté de Melbourne aux alentours de 2012, MASSIVE est l’archétype du groupe all balls no falls, de ceux qui font monter la mayonnaise avant d’envoyer la purée, et qui vous laminent les tympans d’une distorsion grasse mais délicieuse. Déjà auteurs d’un premier LP paru il y a quelques années, lui aussi judicieusement baptisé Full Throtle, ces australiens au cœur pur et au son dur ne sont rien de moins que la nouvelle révélation australe, un genre de synthèse parfaite entre la bande aux frangins O'Keeffe et la meute de chats pelés autrefois guidée par Axl Rose. La comparaison vous sied ? Alors dites-vous qu’elle n’a rien d’exagéré, et que ce second LP est d’une haute teneur en kérosène, réservoirs pleins, histoire de voler toute la nuit pour rejoindre le lendemain.

Difficile de ne pas voir en Rebuild Destroy l’un des meilleurs albums de pur Hard Rock paru depuis très longtemps. Pourtant d’une approche très simple, il parvient à renouer avec la spontanéité des meilleurs efforts du genre, adoptant les postures agressives et presque Punk des BACKYARD BABIES, tout en louchant sur le Sleaze discret des GUNS, et il n’est guère étonnant de retrouver cette influence parmi leurs références les plus avouées. Les GUNS côtoient d’ailleurs dans cette liste leurs grands frères de ROSE TATTOO, mais aussi les AC/DC bien sûr, THE ANSWER, RIVAL SONS, MÖTLEY CRÜE, et même les plus finauds et bluesy BLACK COUNTRY COMMUNION, histoire de nuancer la testostérone d’un minimum de sensibilité. L’attitude ? Des mélodies, mais surtout, des guitares en folie, et un quatuor qui semble jouer son va-tout à chaque seconde, transformant chacune de ses chansons en tranche de vie et de mort, de destin qui sort les crocs, et de faim au détour du chemin lorsque les jours rallongent. C’est bien simple on n’avait pas entendu telle déflagration depuis Appetite For Destruction ou plus récemment Runnin’ Wild, mais c’est bien du premier dont Rebuild Destroy se rapproche le plus, puisqu’à l’instar de Slash’n’Axl, le quatuor de l’autre bout du monde ne rechigne pas à tamiser les lumières avec quelques interludes plus amers, distillant des ballades qui une fois n’est pas coutume n’empruntent pas au Blues de quoi faire pleurer dans les chaumières, préférant taquiner la Country. Et c’est sans doute pour cette raison que le sublime « Face in the Crowd » vous prend aux tripes et aux paupières, en jouant la carte de l’Alternatif bien dosé, stimulant la fibre ALICE IN CHAINS pour mieux chatouiller les tripes des FASTER PUSSYCAT et d’UGLY KID JOE. Avec un son très roots qui n’abuse pas des effets, et des riffs qui sonnent naturels et sauvages, les MASSIVE gardent leurs instincts les plus wild sous contrôle, et nous replongent dans une époque où le vrai Rock voulait encore dire quelque chose, avant que les cadors du marketing ne s’en emparent pour le transformer en industrie lucrative. Mais avec une entame aussi épileptique et électrique que « Generation Riot », les sagouins savaient pertinemment qu’ils avaient tous les cartes en main, sabotant le boogie pour le speeder en mode abruti, comme de faux-frères RAMONES découvrant la rudesse australienne au détour d’une tournée.

En écoutant ce second LP, on a clairement l’impression de retrouver notre adolescence perdue, celle qui nous a formés, qui nous a modelés, qui nous a fait comprendre que pour réussir dans la musique, il fallait s’investir à fond, au risque de tout perdre et de finir au fond. De fait, Brad Marr (chant/guitare), Ben Laguda (guitare), Andrew Greentree (batterie) et Brenton Kewish (basse) pourraient presque passer pour des héros modernes, retrouvant l’impulsion d’origine, celle qui nous catapultait au son des « Whole Lotta Rosie », « Nice Boys (Dont Play Rock N’Roll »), « Welcome to the Jungle », et autres « Up Around The Bend », et qui transformait les NEW YORK DOLLS, les CULT en chevaliers d’une foi intacte, sur le chemin d’une sophistication que beaucoup avaient du mal à supporter. Et conscients qu’il faut frapper les esprits d’entrée pour ne plus les lâcher, ces quatre pistoleros des grands espaces nous décochent trois tirs à bout portant, atteignant même un degré d’intensité que les AIRBOURNE pourraient envier à l’occasion de l’infernal et torride « What You Gonna Do », que Brad Marr malmène de sa voix virile et de son phrasé soutenu. Dotés d’une pêche à tomber dans les pommes, les MASSIVE ne s’embarrassent pas de principes et foncent dans le tas comme un pack compact, cherchant la mêlée pour provoquer l’essai, qu’ils transforment avec une facilité déconcertante. Mais plus malins que la moyenne, ces musiciens au long-cours savent aussi s’aménager des moments de pause, sans pour autant remiser leur agressivité. C’est alors que « Bullet » rentre en lice, avec ses palm mute et ses lignes vocales plus nuancées, tout en maintenant la pression pour laisser croire que tout peut toujours exploser. Mais autant rester sur ses gardes, puisque généralement, ces instants de fausse accalmie sont suivis d’une tempête à Saint Louis, et « Roses » de souffler sur les pétales d’un énorme up tempo pour nous les garder au chaud.

Taillant dans le lard pour écrémer leur inspiration, les amis australiens ont le bon ton, et restent le plus souvent possible dans un timing raisonnable. Et entre burner sévèrement burné qui catapulte les AC/DC dans la stratosphère Jimmy BARNES (« Over and Out »), des boogies cramés qui nous font fondre les semelles usées (« Pieces », les SWEET repris par Axl Rose en pleine montée de smarties), de petites choses trépidantes qui filent des fourmis dans les jambes (« The Wrecking Crew », les STRUTS en plus…masculin), et des déclarations d’intention même pas dissimulées (« Gettin’Heavy », franc du collier, et ZZ Topisé), le bilan vire au massacre, et à la reddition sans conditions. Et comme en sus les animaux savent écrire des tubes que des suédois endimanchés pourraient même leur piquer (« Long Time Coming » dispo en vidéo), et achever le périple par un repos du guerrier aux draps un peu froissés (« A Mile in My Shoes », du TESLA, du GUNS, et du POISON, le tout joué à la sauce Melbourne de saison), on s’incline, on se tait, et on maudit tous ceux ayant eu la chance de les voir en vrai. Chanteur ad hoc qui crie et miaule (et le bonhomme à du coffre), paire de guitares qui retournent ta piaule, section rythmique à finir en tôle, et finalement…le meilleur album de Hard Rock d’une année qui ne fait que commencer. No bullshit man, no bullshit…       


Titres de l'album :

                             1. Generation Riot

                             2. Long Time Coming

                             3. What You Gonna Do

                             4. Bullet

                             5. Roses

                             6. Face in the Crowd

                             7. Over and Out

                             8. Pieces

                             9. The Wrecking Crew

                             10. Gettin’ Heavy

                             11. A Mile in My Shoes

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par mortne2001 le 30/03/2019 à 14:38
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