Dimanche matin, sommeil insuffisant, humeur maussade à l’image d’un ciel gris qui refuse de laisser filtrer le soleil…Pas vraiment le genre d’ambiance propice à l’écoute d’un album festif et enlevé, plutôt à se terrer derrière le canapé avec une bonne dose de misanthropie musicale dans les oreilles, pour détester encore plus une matinée qui ressemble aux précédentes et à toutes les autres.

Le destin chafouin faisant parfois très bien les choses, et en faisant le tri des promos reçus du mail même de mes amis Zoheb Mahmud & Hassan Amin de chez Qabar promotion, je tombe sans le savoir sur la bande son idéale d’une entame de journée qui laisse présager le pire, mais aussi le meilleur dans la souffrance retranscrite en musique nihiliste.

Deux projets associés le temps d’un travail commun, deux entités aussi éloignées dans l’espace qu’elles ne sont proches dans la philosophie, pour une heure de trip au fin fond des enfers d’un BM noyé dans un Dark Ambient maladif et profondément sombre.

Deux groupes donc, menés par un leader qui a tout pris en charge et se retrouve donc seul aux commandes. Deux groupes qui symbolisent la lutte Est/Ouest pour la suprématie en termes de créativité musicale morbide et introvertie, et qui depuis leur début de carrière n’ont eu de cesse d’expérimenter les sons pour n’en retirer que leur essence la plus fondamentalement dark.

Dark, c’est le terme, et qui convient parfaitement à ce projet qu’est Unholy Ghost Liturgy, qui résulte d’un effort commun entre ABIGORUM et CRYOSTASIUM.

ABIGORUM, c’est la Russie, Saint-Pétersbourg, et une naissance officielle en avril 2012. Une poignée de sorties, toutes placées sous l’égide d’un Métal Ambient à la lisière du Black, du Doom et de l’Industriel, pour des strates de sons, des ambiances délétères, et une certaine recherche de la provocation musicale en forme d’introspection. ABIGORUM, c’est la créature démoniaque d’Aleksey Korolyov, qui s’occupe de tout, de l’instrumentation à l’interprétation, de la composition à l’enregistrement, et qui ici fait exception à sa propre règle en collaborant de près avec Cody Maillet, l’homme seul portant le masque CRYOSTASIUM. Lui vient de Boston, Massachusetts, et existe en tant qu’artiste solo ou presque depuis la fin des années 90, lorsqu’il s’exprimait sous la bannière THE ABHORRER. Une pléiade de sorties plus tard (son Bandcamp en est rempli, et la plupart des EP et splits sont gratuits, ou vendus à un prix dérisoire), CRYOSTASIUM décide donc de dessiner un concept commun avec son homologue Russe, cheminement aboutissant à la sortie de ce terrifiant Unholy Ghost Liturgy, qui justifie son thème à chaque négation de la mélodie qui n’a pas sa place au sein de ce genre de projet…

Ce projet justement visait à unir dans une même osmose deux visions différentes d’une musique affranchie de toute contrainte, à l’image sonore de celle proposée par chaque artiste de son côté. Une musique aussi emprunte de Black Metal, de psychédélisme en vogue dans les 70’s, mais aussi de Dark Ambient typiquement 90’s, le tout lié pour aboutir à un magma sonore presque indéfinissable, utilisant les aspects les plus extrêmes de chaque approche.

En résultent donc une vingtaine de pistes pour presque une heure et dix minutes de musique, qui ne se veulent pas seulement jonction entre les univers des deux artistes en solitaire, mais vrai travail commun pour créer un cauchemar musical à l’image de cette pochette au trait naïf mais inquiétant.

Un monstre tentaculaire, s’extirpant d’un terril noir comme le jais, sans expression, qui avance comme une coulée de lave prête à engloutir l’humanité dans les flammes, ou vos attentes musicales dans un tombeau de flammes expérimentales et abstraites.

Pour autant, ne vous attendez pas à un énième album de BM option Dark Ambient, tout juste bon à tripoter les fréquences graves et autres arrangements grouillants pour créer une ambiance approximative et faussement hypnotique. Les deux artistes ont durement travaillé leur partition pour créer un univers vraiment unique, mélange de sonorités fluctuantes et pesantes, d’incantations vocales vraiment investies, et de juxtaposition de violence larvée et d’agression pure.

En découle un amalgame assez troublant, qui pourrait mériter une appellation unique, et qui ne se contente jamais de ficelles usées et autres tours de passe-passe de magicien musical du…dimanche.

Si la plupart des interventions (et elles sont nombreuses) jouent la carte d’un Dark Ambient synthétique mouvant et uniforme (comme ce tétanisant « Negative Soul », majestueux dans sa progression, et répétitif comme une mort qui revient faucher les âmes), d’autres au contraire plongent leur désespoir dans un BM strident et acide qui fauche toutes les illusions mélodiques passant à sa portée (« Frozen Perspectives », mélange entre les NON, LUSTMORD et le BM lo-fi aux prétentions soudainement devenues symphoniques).

Et si la plupart des segments jouent la concision et la brièveté, le duo s’autorise parfois quelques bavardages plus développés, comme les sept minutes de « Essential Death », qui se traînent le long d’une intro à la basse maladroite planant au-dessus d’un easy lounge se perdant brutalement dans les dédales d’un BM hurlé à la ABRUPTUM. Petit à petit, les couleurs deviennent plus fades, puis meurent sous l’assaut d’un Black linéaire et redondant, qui abuse d’une guitare au grincement constant et d’une rythmique monotone qui régularise des BPM presque résignés et tout sauf violents.

Quelques interludes incongrus (« Monsoon Dreams », genre de Post BM lo-fi abrasif ), d’autres assourdissants et sans pitié (« Mysore’s Cocoon », difficile d’accès et abominable pour les oreilles, à l’image de ce monstre graphique s’arrêtant pour un dîner de chair), quelques déviances monophoniques psychédéliques (« Realization of Regress »), une ou deux coulées de lave sous mixées qui rappellent le BM Canadien le moins empathique (« The Quiet Room », belle ironie), une ultime intervention longue durée à filer la chair de poule aux TERRA TENEBROSA tout en se rappelant de la musique minimaliste électronique des eighties (« Bioengineering Collapse »), et le périple s’achève dans une dernière outro dominée d’un piano lugubre écrémant les mêmes notes sans dévier de sa route…

Belle collaboration que ce Unholy Ghost Liturgy qui a bénéficié d’un vrai travail en commun et non de la simple association de noms et d’univers. Si l’album garde l’empreinte de ses deux concepteurs en filigrane, il n’en est pas pour autant créature de Frankenstein, assemblée à la hâte et de façon disparate, mais bien une nouvelle entité fantasmagorique qui marche sur des jambes BM, saisit des instants de violence de ses bras malhabiles Dark Ambient, et s’exprime de cordes vocales balbutiant un psychédélisme froid et distant. Pas forcément de quoi passer un dimanche en famille chaleureux, mais de quoi anticiper un certain avenir de l’extrême avec inquiétude et crainte.

 Une jonction Est/Ouest qui voit son centre de gravité flotter au-dessus de la Transylvanie, pour une heure de conte d’horreur pas forcément dénué d’humanité. Mais pas d’humanisme.


Titres de l'album:

  1. Monsoon Release
  2. Unholy Ghosts
  3. Liturgia
  4. Forgotten Lines
  5. Last Galaxy
  6. Negative Soul
  7. frozen Perspectives
  8. Spruce and Cedarwood
  9. Systematic Apocalypse
  10. Monsoon Dreams
  11. Essential Death
  12. Santalum
  13. Realization of Regress
  14. Reflexes Program
  15. The Quiet Room
  16. Infinite Colonization
  17. Mysore's Cocoon
  18. Bioengineering Collapse
  19. None (CME cover)
  20. Outro

Abigorum Bandcamp

Cryostasium Bandcamp


par mortne2001 le 28/11/2016 à 14:35
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