Puisque la nouveauté c’est bien, puisque la vague old-school nous renvoie sans cesse au passé, j’ai décidé cet après-midi d’y aller pour de bon. Dans la série « les albums passés complètement inaperçus qui fêtent leur anniversaire », j’introduis donc les trente ans de la sortie du chef d’œuvre absolu Horsecore: An Unrelated Story That's Time Consuming des mythiques DEAD HORSE, dont tous les lecteurs de Metalnews.fr ont forcément entendu parler. Je plaisante, et pour cause, plus ineffable, plus difficile d’accès, plus intimiste niveau rayonnement que cet album phare, je ne vois que le premier et unique GENOCIDE et quelques autres cas de figure, néanmoins moins intéressants que celui-ci. Pour quelles raisons ? Multiples comme l’indique le pluriel, mais mythiques aussi, puisque ce combo texan avait donné naissance à la seule œuvre consacrée et basée sur un nouveau style, le Horsecore. D’où le titre à rallonge de ce premier LP, qui contrairement à ce que son manque de réussite commerciale pourrait suggérer fut suivi d’autres longue-durée, de qualité constante, mais ô combien moins explosifs et révélateurs. Premier point qui entraîne la remontée à la surface de ce disque improbable, son culot. Replantons le décor. Nous sommes en 1989, et le Death Metal naissant commence déjà faire des ravages, via ses branches floridienne et californienne, et des combos comme OBITUARY, DEATH, MORBID ANGEL, et bientôt des centaines d’autres aussi américains que suédois. Le style est figé, constitué de figures imposées, prône la mort, la vitesse, la rigidité cadavérique, impressionne, tétanise, joue avec les clichés les plus morbides, et se plante dans le cœur du Thrash qui ne va pas tarder à agoniser. Un style donc peu propice aux boutades et autres plaisanteries légères, qui ne roule pas des mécaniques, mais qui affectionne les poses méchantes, les faciès impassibles et autres débordements soniques en règle. Dans ce cadre-là, il fallait les donnes diurnes (ou les bonnes burnes) pour oser sortir un truc comme Horsecore: An Unrelated Story That's Time Consuming qui allait dans la direction complètement opposée. Laquelle ? Horsecore on vous dit !!!

DEAD HORSE, c’est un peu le bouseux texan avec l’accent à couper au couteau, la bite, le (re)couteau, les histoires de bétail, de gnole, de vieux pick-up rouillé, et de redneck assumé. Le calembour extrême dans l’extrême, on connaissait déjà en 1989. Nous avions eu droit au pamphlet antimilitariste impeccable des S.O.D., aux exactions d’INTENSE MUTILATION et leurs histoires de pet sur fond de Dylan, et les MACABRE nous avaient déjà poilés avec leurs délires de tueurs en série sur bandes accélérées via Grim Reality et Gloom. MANOWAR aussi nous faisait bien pouffer, mais pour d’autres raisons (ils font moins rire aujourd’hui, surtout du côté de Clisson), mais les DEAD HORSE s’apparentaient vraiment à la catégorie hors concours de Scott Ian, Charlie Benante, Dan Lilker et Billy Milano en termes de gaudriole musicale avec leurs contes improbables et ruraux sur fond de Death Metal paillard mais terriblement efficace. Car à l’instar des quatre lieutenants du Sargent D,  Michael Haaga (chant/guitare), Greg Martin (guitare/chœurs), Ronnie Guyote (batterie/chœurs) et Alien Price (basse/chœurs) étaient :

  • De bons musiciens
  • De fins lettrés de la cause extrême
  • De petits rigolos mais pas à la petite semaine
  • Des gens traitant la galéjade avec le plus grand des sérieux.

              

En résulte un LP totalement inclassable au regard des standards de l’époque, ce qui fut sans doute le plus grand handicap freinant sa propagation dans la tête des metalheads de tout poil. En effet, avec son mélange de Death joueur, de Hardcore rieur, de Thrashcore en fureur, de Grind péteur et de Country en sueur, Horsecore: An Unrelated Story That's Time Consuming avait tout pour se mettre tous les publics à dos, et c’est exactement ce qu’il a fait. Qui plus est publié sur un obscur label local trahissant l’autoproduction à plein nez (Death Ride, hum…oui la référence est directe), et ne bénéficiant donc d’aucun prosélytisme efficient, ce premier crachat de tabac à chiquer était pourtant de la caste des œuvres expérimentales abordables, à contrario des délires plus avant-gardistes de la scène européenne à venir (DISHARMONIC ORCHESTRA, ATROCITY, PUNGENT STENCH). Mais plus concrètement, de quoi étaient faites les chansons qu’on pouvait trouver sur ce glaviot épais, mais néanmoins léger à l’oreille ? De bric et de broc, de riffs aussi ludiques qu’immédiats, de breaks incongrus, d’intro bucoliques, et d’histoires ras les futs de rednecks guitaristes et d’hymnes à la bière, un peu comme si les WEHRMACHT via leur extension SPAZZTIC BLURR, S.O.D, D.R.I, CRYPTIC SLAUGHTER, MACABRE, INTENSE MUTILATION, mais aussi les deux trublions susmentionnés (DISHARMONIC ORCHESTRA et PUNGENT STENCH) dansaient la Polkacore autour d’un feu de nuit initié par Hank Williams et les RESIDENTS. Du bourrin (parce que certains titres le sont vraiment), mais pas que, un peu de finesse de composition avec une basse omniprésente et volubile (jamais, hors Techno-Death on ne retrouvera une telle présence de l’instrument), un chant exubérant, marrant mais totalement méchant, beaucoup de distorsion, quelques prouesses techniques et soli déconstruits, et au final, un tableau peint avec les pieds, mais finement réussi avec la tête. Une sorte d’adaptation encore plus extrême du fameux Speak English or Die, et un truc proactif, puisque annonciateur de la vague fusion des années 90. Dans une certaine mesure.

Mais tenter de résister à un truc mixant FLIPPER et le Thrash allemand (« Crushing of the Irate »), les BREEDERS et un ours qui dégueule (« Bewah »), la scène de SEATTLE et les BLACK FLAG (« Mindless Zombies »), S.O.D et MINOR THREAT avec la basse d’UZEB (« World War Whatever »), BLACK SABBATH et PARADISE LOST (« Scottish Hell »), TALKING HEADS, PRIMUS et WEHRMACHT (« Hank ») était peine perdue d’avance. Sauf que les kids de l’époque ne l’entendaient pas de cette oreille, surtout avec la caution Death Metal en étendard. Ils attendaient tout sauf un concentré d’humour typiquement US, gras comme le jus d’un barbecue, mais léger comme une Budweiser fraiche. D’ailleurs, le groupe l’avoue lui-même, il a lentement pourri pendant quatorze ans, régnant pourtant sur la scène underground du Texas, malgré moult concerts et deux LP et EP. Dommage, parce qu’ils méritaient beaucoup mieux que ça, et rétrospectivement, en les classant dans la bonne catégorie, et avec la promotion idoine, ils auraient pu connaître un destin plus clément. Restent le comeback de 2011 sur scène et l’album résurrection de 2017 (The Beast That Comes), la réédition de l’objet en question sur Relapse en 1999, celle sur le label polonais Defiled Crypt en 2010, et évidemment, les souvenirs…Mais avec un peu de jugeote il y avait de quoi voir là-dedans par précognition des réminiscences à venir de la scène aventureuse des nineties, mais aussi quelques embruns de la NOLA (par touches très éparses, ne vous énervez pas)…Sauf qu’en 1989, je n’avais pas encore le pouvoir de voir le futur. Vous non plus. Et toujours pas aujourd’hui. Juste celui de déterrer le passé pour lui éviter un embaumement définitif de troisième classe.

 

   

Titres de l’album :

                        1.Murder Song

                        2.Born Believing

                        3.Crushing of the Irate

                        4.Hank

                        5.Bewah

                        6.World War Whatever

                        7.Forgive

                        8.Army Surplus

                        9.Piece of Veal

                        10.Mindless Zombies

                        11.Adult Book Store

                        12.Flowers for the Dead

                        13.Too Close to Home

                        14.Scottish Hell

                        15.Subhumanity

                        16.Someone

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par mortne2001 le 15/07/2019 à 17:30
85 %    122

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
15/07/2019 à 23:02:32
Je ne connaissais même pas de nom. Merci pour cette chro (d'utilité metallique et historique !) qui donne méchamment envie de se pencher sur ce groupe !

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