Whispering Sons + Projet Milan + Confetti Malaise

Whispering Sons, Projet Milan, Confetti Malaise

Le Molotov, Marseille (France)

du 25/03/2022 au 25/03/2022

Comme lors des précédentes réouvertures des concerts, les tournées Metal démarrent un peu plus tard que les autres. En attendant, il y a du Post-Punk : Whispering Sons a depuis presque un an un second album à promouvoir et une tournée à l'étranger, longtemps incertaine, a pu être programmée vite fait. C'était la première occasion, depuis le premier confinement, de revoir un groupe dont je sois réellement fan. À choisir, j'ai préféré aller à la date de Marseille.

C'était aussi l'occasion de découvrir une nouvelle salle, en cette soirée printanière fort douce où l'actualité locale était plutôt le retour de l'équipe de France de football au Vélodrome – ça se remarquait dans la journée vers le Vieux Port. Le Molotov est situé sur la placette où débouche la passerelle de la rue d'Aubagne qui enjambe le cours Lieutaud, c'est facile à trouver pour qui connait un peu Marseille. Autrement dit, c'est à l'entrée du quartier populaire, artiste et très nocturne de la Plaine, à un jet de pierre du cours Julien et de sa salle du même nom, pas loin non plus du regretté Poste à Galène… En tout cas, le gros fourgon avec une plaque belge garé devant confirmait que la tête d'affiche était bien arrivée elle aussi.

À l'intérieur, le bar était petit mais propre, peint en rouge et noir avec des autocollants antifas ou Punk qui donnaient le ton. C'est un peu surprenant vue la programmation qui est plus éclectique que ça. Au fond, la salle de concert était étonnamment grande et correctement conçue malgré son double plafond un peu en charpie. Sur le côté droit de la scène, un aquarium à fumeurs avec de larges vitres permet de cloper sans rien perdre du spectacle.


Devant une affluence encore modeste, le spectacle était lancé par le trio local CONFETTI MALAISE, trois jeunes hommes tout vêtus de noir à l'unisson. Derrière ce nom peu engageant il faut le reconnaître, il y a du Post-Punk orthodoxe, basique mais sans faute de goût, dont la singularité se révéla dans un très fort engagement politique anarchiste (d'où le noir). Les explications de texte et les annonces d'actions solidaires étaient très claires, quoiqu'exprimées sans agressivité. Le répertoire déroulé lui non plus ne montrait pas la facette la plus dure du style, à la manière d'un Pink Turns Blue, mais faisait l'affaire pour chauffer l'assistance. Le chant était à la peine lorsqu'il fallait descendre dans les graves. Quelques morceaux évoquaient des expériences humaines communes, pour changer du rêve d'une autre société. Certains passages qu'on avait beaucoup répétés pendant les balances laissent croire qu'il y a eu des titres encore inédits. Le groupe a une grosse marge de progression juste devant lui, mais c'était pertinent pour poser l'ambiance de la soirée dans un tel lieu.


En voyant un t-shirt de Slayer sur la scène pendant l'installation de PROJET MILAN, forcément, on partait avec un gros capital de sympathie tout en se doutant qu'on en resterait bien loin musicalement. Effectivement, le duo entama son set par un titre instrumental faisant beaucoup penser à The Soft Moon. Visuellement, il y a d'un côté un membre assis devant une batterie avec un bel attirail de synthés et mixeurs sur sa gauche, et de l'autre un chanteur-multiguitariste debout. Je dis multiguitariste, car il jongla d'un morceau à l'autre entre une mandoline, un oud et une bonne vieille électrique. Les débuts exploraient une Electro Rock assez expérimentale et sombre (qui me rappelait Recoil que j'écoutais récemment), avant d'avancer adroitement vers un style de plus en plus chargé de Rock d'un titre à l'autre. La réverbération était allègrement utilisée tout de même, au chant mais aussi parfois à la guitare rappelant fugacement une BO de Lynch avec Chris Isaak. Cette montée en puissance n'empêcha pas une partie des spectateurs d'être assez dissipée bien qu'étant serrée : ça cherchait à parler d'autre chose et ça faisait des allers retours entre la fosse et l'extérieur de la salle… La superficialité d'une partie du public de cette scène, bien que je l'aie plusieurs fois observée, m'irrite toujours.

Le chanteur se montrait jovial et plutôt drôle. Si son organe était un peu juste en puissance, il n'eut donc pas de mal à emballer l'audience bien qu'il annonça en passant que du fait qu'il quittait Marseille, on ne risquait pas de revoir le combo sur scène avant longtemps. Un invité surgi du public prit le micro sur l'un des derniers titres auquel il apporta un charisme certain et une puissance accrue au chant, avant de redescendre sous de chaleureuses acclamations. Milan, qui tirerait son nom du rapace et d'aucun homonyme, restera le groupe le plus original du concert.


Pour le final on était bien serrés. Pour en revenir à l'assistance, elle témoignait une fois encore assez bien des césures de l'histoire du Post-Punk : sa fondation vers 1980, sa résurrection au début des années 2000, sa popularité toujours réelle actuellement. Une certaine tranche d'âge restera toujours sous-représentée dans cet éventail de générations exceptionnellement large.


Entrés un à un sans autre cérémonie que les acclamations, WHISPERING SONS ouvrirent le set par l'enchaînement de "Dead End" et "Heat", les deux premiers titres du nouvel album, avant d'aller chercher deux autres titres plus anciens. La setlist déroula sur ce mode l'intégrale de "Several Others" dans l'ordre, avec de larges détours par le répertoire antérieur. Devant un public déjà enthousiaste, ce choix somme toute original certifie, à mon sens, la volonté claire de garder le contrôle de l'œuvre en devenir alors que le succès est venu extrêmement vite pour cette bande de jeunes gens encore à peine sortis de leur patelin Limbourgeois et déjà forts d'une expérience solide en live. De même le contraste entre des garçons appliqués sur leurs instruments et une chanteuse au jeu beaucoup plus expansif est toujours présent, mais contenu : la grande chemise beige à rayures de Fenne Kuppens capte moins l'attention que la tenue immaculée de 2019. Et puis l'évolution vers des ambiances plus proches de Bauhaus, et surtout de Nick Cave période the Birthday Party, se prête moins souvent aux grandes envolées. Seul regret, l'éclairage limité qui sied bien à cette musique peut-être, mais qui semble surtout provenir de la modestie du matériel local.


L'équilibre proposé entre tension et explosion emballait le public. Je redécouvrais la sensation trop longtemps oubliée d'être ballotté par la foule, sentant les auréoles de sueur s'élargir sous les bras qui serraient mes affaires en l'absence de vestiaire, tout en tentant par moments d'élever un bras pour prendre une photo pas trop ratée pour illustrer ce récit (car en plus, tous les grands s'étaient donnés rendez-vous devant moi !). Quelques petites natures ne supportaient apparemment pas cette épreuve. Pendant ce temps, les fans et Fenne se lâchaient enfin complètement sur les titres les plus déchaînés comme ce "Surface" largement acclamé, ou "Alone" et "Hollow" issus d'"Image". Le jeu de la chanteuse et une musique aussi émotionnelle rendent toute communication assez superflue, et pourtant c'est le point où on peut vraiment parler d'un progrès au lieu d'une simple évolution, car non seulement elle s'exprime un petit peu plus mais en plus elle nous a parlé majoritairement en français, ce qui n'est pas rien pour de fiers Flamands qu'ils sont.

Malgré la protestation pertinente d'un fan qui fit remarquer haut et fort que leur premier EP restait écarté du programme, on devinait la fin prochaine quand les ultimes titres de l'album à défendre furent interprétés. Mais le single paru à Noël dernier, "Tilt", fut aussitôt joué et prévenait que l'avenir sera encore différent de tout ce qui a précédé. Comme il était tard, certains durent déserter à mesure car minuit était allègrement passé, et il n'y a pas de Noctilien à Marseille. Le vrai final fut l'unique rappel avec le théâtral et terrifiant "Waste", comme la dernière fois, puis un bref salut chaleureux.


Avant de partir, je passai au stand pour embarquer une version physique du fameux EP ignoré ce soir (je ne me contente pas du numérique, même gravé, quand j'ai le choix). Artistiquement, le parti pris d'évoluer dans la continuité, sans se répéter ni se renier, laisse déjà en alerte pour les suites.


par RBD le 28/03/2022 à 15:41
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