Je ne me souviens plus vraiment de ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai écouté du Death Metal. A condition déjà de me rappeler de ce que j’ai appelé Death Metal pour la première fois…Les magazines utilisaient ce terme aux alentours de 83/84 pour décrire les groupes faisant plus de raffut que METALLICA, les fans pour pointer du doigt HELLHAMMER, POSSESSED et même BATHORY pour certains, et les spécialistes l’ont employé à dessein lors de la parution du séminal Scream Bloody Gore de qui vous savez, à cause de, et parce que. Alors, en choisissant ce point d’ancrage, je me souviens avoir pensé que ça n’allait pas plus vite que du Thrash classique, mais que la voix était admirablement dégueulasse, que les paroles étaient obsédées par un Gore de pacotille, et que les riffs sentaient quand même bon le linceul moisi oublié sur du marbre. Et puis le temps a passé, les modes aussi, les groupes du cru ont accéléré la cadence, densifié la technique, adopté les batteries triggées, les productions se sont étoffées, et le genre à acquis ses lettres de noblesse. Mais la sensation éprouvée à la première écoute des subtiles et douces mélodies de Left Hand Path, In Battle There Is No Law ou Severed Survival est profondément resté ancrée en moi, et j’aime que ce frisson parcoure encore mon épine dorsale de temps à autres, lorsqu’un groupe parvient à renouer avec les racines, ce que la vague old-school de ces dernières années s’évertue à faire avec plus ou moins de talent et de bonheur. Certes, sa schlingue souvent la simple resucée, on a l’impression d’avoir entendu ça cent fois, mais un petit coup de pied dans l’estomac et une méchante remontée gastrique n’ont jamais fait de mal à personne. Et à ce petit jeu de déglutition et de reniflage de cadavre putréfié oublié dans un marais, les australiens de HORRISONOUS sont plutôt bons, eux qui justement nous ont proposé en janvier dernier leur premier longue-durée.  

Formé à Sydney à la fin de l’année 2015, ce quintet d’horribles plaisantins (Yonn - chant, Stuart & Dan - guitares, Bianca - basse et Aled - batterie) n’a pas attendu bien longtemps pour exposer ses vues morbides en format EP, et c’est dès 2016 que The Plague Doctors a servi de présentation officielle à l’underground. Il aura fallu un peu plus de temps à ces malades pour élaborer un plan plus échafaudé, et A Culinary Cacophony d’avancer ses arguments mortifères avec une belle confiance, et un sadisme de circonstance. Abritant en son sein d’ex ou actuels membres de formations aussi optimistes et harmonieuses que TEMPLE NIGHTSIDE, BACKYARD MORTUARY, THE SLOW DEATH, ILLIMITABLE DOLOR, et PESTILENTIAL SHADOWS, HORRISONOUS est l’archétype du groupe qui regrette que le passé en soit, et qui s’obstine à perpétrer un esprit nostalgique, en payant son tribut aux anciennes grandes légendes. Les leurs sont assez classiques, et leurs références assumées, et c’est avec sincérité que les australiens affichent une admiration sans bornes pour CARCASS, BOLT THROWER, AUTOPSY, DEATH, CELTIC FROST, DISMEMBER et ASPHYX, sans la moindre gêne, qui serait immédiatement réconfortée par un ton sombre, une prose glauque, et des aspirations néfastes. Profitant d’une production un peu déficiente, tuant la basse dans son œuf de graves pour privilégier des guitares rigides, sous-mixant le chant pour le rendre encore plus menaçant, ce premier LP est d’une haute teneur en oppression, et maintient le cap tout du long, sans chercher la moindre variation. C’est donc aux die-hard qu’il s’adresse en premier lieu, ces maniaques d’un son sorti d’une crypte recouverte de lambeaux de chairs séchés, qui ne supportent leur Death que d’outre-tombe, avec des écoulements verdâtres à la Fulci s’échappant des orbites vides comme la nuit.

Epais, viscéral, dégoutant, ce Metal de la mort est conséquent, et volontairement fixé sur un tempo médium, pour prendre le temps de plaquer des accords funèbres qui se rapprochent souvent d’un Doom pas encore funéraire, mais largement assez plombé pour nous entraîner dans les abysses de la solitude. On retrouve donc des éléments épars, cette façon très anglaise de faire sonner des riffs primaires, cette approche scandinave de la rigor mortis globale, mais aussi cette précision chirurgicale dans les breaks pas forcément téléphonés totalement américaine. Melting-pot donc que ces huit morceaux qui de leurs titres ne font pas grand cas de fixations sur les thèmes les plus immondes, et ligne conductrice cohérente pour une lente et longue marche vers une dernière demeure qu’on ne quittera jamais. On savait l’école australienne assez affranchie, mais on la découvre encore plus excentrée dans son désir de synthétiser, et malgré les inévitables redites et autres idées pas toujours pertinentes, cette première réalisation tient admirablement bien sa procession, et nous permet de ressentir à nouveau cette fameuse « première vibration » qui nous a fait adhérer à des théories il y a de nombreuses années. Si les noms moins connus de GRAVE MIASMA ou INNSMOUTH pourraient aussi être employés à dessein, le talent des australiens leur permet de se faire remarquer par eux-mêmes, et l’introductif « Kuru Worship » de situer le contexte sans ambages, se rapprochant d’un mélange étrange et hypnotique entre l’AUTOPSY le plus ignoble et l’ENCOFFINATION le plus solennel. Un Death très noir donc, et surtout, lent, mais qui ne se contente pas d’accommoder des restes froids depuis longtemps, et qui place sur le parcours quelques embûches gustatives savoureuses. Ainsi, ces petites coupures de rythme, ces riffs ombrageux qui jouent avec les nerfs, et ce chant qui s’épanouit dans les enfers d’un écho distant nous accrochent et écorchent les oreilles avec pertinence. On pense aussi à une mouture plus exotique du CATHEDRAL des débuts, qui accepterait des concessions perpétuelles offertes par les BOLT THROWER, alors qu’un chapitre plus enlevé comme « A Tale of Matriphagy » ose quelques fantaisies du cru parfaitement délicieuses et mélodiques.

Certes, pas grand-chose qui donne envie à un mort-vivant de sortir de son trou la nuit, mais largement de quoi lui procurer sa dose de cauchemars. « Perpetual Mincing » continue d’ailleurs le travail de sape de lenteur entrepris en caressant le spectre du slow-motion de très près, alors que le mid martelé par le notable « Flesh Presented for Orgasmic Torment » accoste près de la Suède tout en louchant vers les Etats-Unis de DEICIDE. L’humour n’est pas totalement absent, ce que démontre le tongue in cheek « The Number of the Feast », plus UNLEASHED/ASPHYX que MAIDEN, mais conclusion épique parfaite pour un pamphlet qui connaît ses épitres, et qui récite les ten commandments par cœur sans avoir besoin d’antisèche. HORRISONOUS, ou l’entrée d’un nouveau poulain de choix dans l’écurie des espagnols de Memento Mori, défenseurs de la cause, certainement très satisfaits de ce partenariat.    

 

Titres de l’album :

                       1.Kuru Worship

                       2.The Gavage

                       3.Perpetual Mincing

                       4.A Tale of Matriphagy

                       5.Flesh Presented for Orgasmic Torment

                       6.Crispy Chunks of the Obese

                       7.Nourishment Through Excrement

                       8.The Number of the Feast

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par mortne2001 le 12/03/2019 à 17:38
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