Les experts se perdaient en conjectures, et vous savez à quel point ces gars-là sont prompts à se mélanger les pinceaux…

Mais ils avaient beau tourner le problème dans tous les sens comme un rubik’s cube, les facettes semblaient se mélanger sans vouloir reprendre leur ordre initial et former un tout cohérent et logique. Alors, les esprits s’échauffaient, les idées fusaient, mais aucune idée créative ne prenait le pas sur les suppositions et autres extrapolations.

Et en plus, l’énigme semblait les toiser de son arrogance, en affirmant que finalement, tout ça était de leur faute. Ironique n’est-ce pas ? Mais la logique se brouillait, les analyses aussi poussées soient-elles menaient à des impasses, et pourtant, les propositions s’accumulaient pour tenter de percer les mystères d’un second album qui avait clairement décidé de ne ressembler à aucun autre.

Mais après tout, qui prend du plaisir à résoudre une équation simple, à une seule inconnue ? Personne, et surtout pas eux, alors ils reprenaient le problème à bras le corps, et tentaient de remettre les choses dans le bon ordre.

Ce qui était bien sûr peine perdue dès le départ.

Alors des faits. Un second album donc, Your Fault, un groupe GRAVEHUFFER, un label, Reality Impaired Records, mais une somme de données impressionnante pour une œuvre atteignant à peine la demi-heure de musique. Mais là était justement le nœud de ce problème. La musique.

Laquelle ? Telle était la question à laquelle ces dits spécialistes devaient répondre, et ils s’en trouvaient fort marris. Car ils étaient bien incapables de raisonner objectivement et d’émettre un avis tranché.

Le premier album Blasphemusic, ne leur était d’aucun secours, puisque réfutant tout autant les théories les plus stables d’intégration et d’évolution. On y décelait déjà cet ADN unique, résultant d’une mutation globale du spectre auditif, et finalement, les scientifiques s’en remirent à leur ressenti pour juger de cette progression si anormale qui semblait faire grossir un tout pour le rendre plus énorme que la somme de ses parties.

Ses parties ? Des musiciens, quatre (James Hiser – chant, Mike Jilge – basse, Ritchie Randall – guitare et Larry Deardorff – batterie), des références, multiples (SLAYER, NAPALM DEATH, BRUTAL TRUTH, VOIVOD, MORBID ANGEL, JUDAS PRIEST, MERCYFUL FATE, MASTODON, BLACK SABBATH, CELTIC FROST, VENOM, BLACK FLAG, MOB 47, AUSROTTEN, RUDIMENTARY PENI, NAUSEA), une ancienne dénomination sous l’appellation KROM, une date de naissance, 2008, et une sorte d’accroche promo digne d’un leitmotiv absurde, « the New Wave Of British Heavy Metal meets early Earache Records Sound ». Et pourtant, ces intellectuels en blouse blanche devaient bien se résoudre à accepter ça comme seul matériau exploitable, en reconnaissant que finalement, tout ça leur offrait quelques pistes assez viables. Alors, j’ai rejoint leur équipe, pour essayer d’en savoir plus, et j’ai rapidement compris leur désarroi interne. Car les GRAVEHUFFER n’étaient finalement que ce qu’ils décrivaient avec une certaine forme de panache en second degré.

Des olibrius obsédés par l’extrême, mais aussi par les fondements de la musique Metal, au point de se baser sur ses dogmes pour établir un nouvel ordre de l’extrême contemporain. Alors, les influences nommées mettaient sur une voie, mais une oreille attentive mettait sur une autre. Et au moment de conclure sur un style bien précis, la question devenait de plus en plus épineuse. Stoner Sludge progressif ? Hardcore Heavy à tendance Hard Rock précis ?

Fouillis-Core ?

Parce qu’au bout du compte, on trouvait dans les morceaux de ce Your Fault, un peu de tout. Du Sludge, du Crust, du Grind, du Hardcore, du Stoner même parfois, pas mal de Heavy un peu brouillon, des mélodies pas forcément dans le bon ton, et le tout agencé librement, sans entraves, dans une logique de construction sans garde-fou.

Alors, les morceaux eux-mêmes semblaient esclaves de cette inspiration minute ou de saison, oscillaient entre la poignée de dizaines de secondes et les quelques minutes bien tassées, et se ressemblaient tout en étant complètement différents.

Leur point commun ?

De l’agressivité, de la brutalité, de la gravité, et aussi pas mal de nonchalance à l’égard d’une évolution flagrante que les musiciens semblaient réfuter.

Nous étions toutefois tous tombé d’accord autour d’un consensus de pensée. Aucun groupe jusqu’à lors n’était capable de nous faire penser à la fois à BOTCH, à THIN LIZZY, à PRIMITIVE MAN, aux MELVINS, à SLUDGEHAMMER, UNSANE, sans pour autant ressembler à n’importe lequel d’entre eux.

Alors, nous reprenions les choses depuis le début, en se demandant même si le spectre de MASTODON ne planait pas au-dessus de nos têtes avec un rictus à la CONVERGE satisfait sur le visage.

Et pourtant, d’autres images sonores nous traversaient l’esprit, celle d’un DISCHARGE abrasif et peu complaisant (« Prince With A Thousand Enemies » au riff central à rendre malade Anselmo lui-même, et à la basse encore plus glauque que celle de Paul Raven), celle d’un EYEHATEGOD entouré des potes de COC (« Kill For Sport »), ou encore, une impression fugace de NAPALM DEATH déchargé de ses responsabilités par un CARCASS très joueur (« Of Fish And Men »).

Quelques allusions Hardcore plus loin (« Dead Peace » presque lumineux dans son manque d’empathie mélodique), un pastiche de Skate-Punk plus D-beat que nature (« Shut Up and Skate », genre SUICIDAL des débuts de Venice dopé à l’énergie d’un URSUT pas encore né), des saignées de violence pourtant cautérisées d’une brulure Fun Punk soudaine (« Death Caprice »), et de sévères allusions directes au NYHC des 90’s, maladif comme il faut et nihiliste mais pas trop (« Worms Of God », et ses chœurs plus Sludge qu’un accord de trois minutes de MASTODON).

Alors, comment défaire le nœud solidement noué dès le départ par un « Gravehuffer », aussi catchy que Doom cauchemardesque et Grind ? Et encore plus resserré par le final « Chains Around You » et ses harmonies d’intro trompeuses, dérivant vers un Crust épidermique/Sludge pachydermique?

Nous n’avons pas défait le nœud, et l’avons laissé en l’état puisque telle était la volonté des GRAVEHUFFER. Et finalement, nous nous sommes rendus à l’évidence. Ces mecs-là échappaient à toute rationalisation, prenaient un malin plaisir à être bons dans tous les domaines, et ne se refermaient aucune porte au visage.

Pluralité, pluralité, ouverture, et encore plus de possibilités. Et l’équation se vit résoudre d’elle-même. Elle n’avait pas de solution.

Your Fault n’était pas la nôtre, mais pas la leur non plus. Puisque toutes les boites de Pandore s’ouvrent sur un écoulement de fléaux, mais apportent aussi la richesse la plus essentielle.

Celle de la surprise et de la découverte, qui pourtant, sont des denrées rares de nos jours.


Titres de l'album:

  1. Gravehuffer
  2. Of Fish and Men
  3. Kill for Sport
  4. Dead Peace
  5. Shut up and Skate
  6. Powers That Be
  7. Destroyer of Worlds
  8. Death Caprice
  9. Worms of God
  10. Prince with a Thousand Enemies
  11. Chains Around You

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 13/03/2017 à 17:21
85 %    335

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Gravehuffer
@204.185.18.42
14/03/2017 à 18:29:46
Thank you for reviewing our new album! We appreciate the feedback! Cheers!

mortne2001
membre enregistré
15/03/2017 à 12:39:37
You're welcome guys :)

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Et bien rassures-toi RBD, ton report est à peine "moins pénétrant que celui d'un Mortne2001"...
Vraiment...
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