A Subtler Kind of Light

Locust Leaves

17/03/2017

I, Voidhanger Records

La vie peut être extrêmement simple. Tu te lèves, tu vas au travail, tu manges, tu rentres tu dors. Mais elle peut aussi se montrer particulièrement complexe. T’opposer des problématiques apparemment insolubles, te coincer au centre d’un labyrinthe d’énigmes, de questions existentielles, et te renvoyer à ta propre condition d’être surpuissant par lui-même, mais à l’importance toute relative à une échelle globale.

En somme, la vie est un cercle vicieux, et plus en profondeur, c’est une catharsis et une Némésis parallèles et perpétuelles. Némésis, puisqu’elle pose elle-même les intrigues qui rongent ta psyché, catharsis, puisque c’est elle qui en apporte les réponses.

Intéressante dualité n’est-ce pas ?

Il en va de même pour la musique, qui se veut équation parfois insoluble mais qui se résout d’elle-même. Un art qui provoque les sens, les irrite, te plonge dans un état méditatif ou traumatique, et qui pourtant, t’oppose les éléments de plaisir qui en découlent directement.

Ces interrogations et réflexions ne sont nullement gratuites, mais dérivent de l’écoute d’un disque qui les a lui-même jetées sur la table.

Le premier album des Grecs mystérieux de LOCUST LEAVES.

A Subtler Kind of Light est en effet l’archétype du LP profond, plein de sens, et dont l’écoute vous laisse aussi interrogatif que rempli de certitudes. Un disque qui dérange, qui provoque, mais qui caresse aussi les sens, peut-être à rebrousse-poil, mais qui vous pousse à analyser votre point de vue d’une façon un peu plus complète que d’ordinaire.

Certes, il n’est pas aussi inextricable que certaines œuvres de Varèse, John Cale, VAN DER GRAAF GENERATOR ou KING CRIMSON, mais il possède cette aura mystique qui en fait un accomplissement à multiples facettes, dont le fond et la forme sont en parfaite adéquation avec le thème de renouvellement de pensée, et de prise en charge de sa propre identité.

Un peu abscons comme ça au débotté, mais riche, personnel, et propice à des remises en question. La musique est-elle faite pour déranger, ou simplement pour procurer un plaisir fugace, finalement aussi futile qu’une journée lambda qui passe comme des minutes vides de sens…

Pour un premier jet, A Subtler Kind of Light est admirable à bien des égards. Il à la grandiloquence de certains travaux d’OPETH, de PSYCHOTIC WALTZ, d’ARCTURUS, d’EBONY LAKE, l’emphase des exactions de FATES WARNING, d’IN THE WOODS, et accumule les références tout en restant sur un terrain personnel. Il est relativement difficile de le placer sur une quelconque carte de genres, et finalement, c’est tant mieux comme ça. Il est aussi terriblement difficile à dater, puisque de sa production à son interprétation, il brouille les pistes, évoque un MANILLA ROAD perdu dans les limbes du temps, un SAMAEL déchiré entre plusieurs conceptions de l’extrême, et peut s’envisager comme un album de Black progressif terriblement envoutant, tout autant que comme un album de Metal fantasmagorique à la VOIVOD.

Et avec quatre pistes pour trente-cinq minutes de musique, il n’a pas joué la facilité, en combinant la technique poussée d’un DEATH ou d’un CORONER, sans pour autant tomber dans la démonstration et en gardant l’humilité mélodique indispensable à toute entreprise de séduction.

Alors, séduit-il par ses atmosphères inquiétantes et anachroniques ou par son efficacité larvée qui de temps à autres, se permet d’être plus directe et moins concentrique ?

Les deux en somme, ce qui en fait un des albums les plus fascinants du moment.

Concrètement, LOCUST LEAVES est un duo. Il est constitué d’une ossature double, axée autour de Helm qui prend en charge la partie musicale, et de Nick K. qui s’occupe des vocaux. Les deux hommes sont accompagnés de quelques musiciens additionnels, Vorskaath à la batterie, Ayloss à la lead, et de « Gemeinschaft Triste », qui s’occupe des ambiances.

Cette équipe, en un seul et premier LP parvient à déjouer toutes les stratégies d’analyse, et à forcer l’auditeur et le chroniqueur à effectuer une sorte d’introspection pour savoir si oui ou non, cette musique en anathèmes s’adresse à eux ou pas.

Et autant être franc, cette musique m’a parlé, beaucoup, d’une façon pertinente et poétique à outrance, sans pour autant me forcer à l’apprécier autrement que pour ce qu’elle est.

Dans les faits, la thématique d’A Subtler Kind of Light est expliqué assez clairement par Helm :

« L’album parle de transmutation. Du fait de devenir celui que vous avez toujours été, tout en se battant contre les lois empiriques durant ce processus. »

En gros, quoiqu’il advienne de nous et de notre pensée, il en restera toujours une trace infime, un dernier écho. Et c’est ce processus que cet album se complaît à décrire au travers d’un dédale de sons, d’imbrication d’idées, de pertinence mélodique et d’agressivité rythmique, un peu comme si l’OPETH le plus grave et sentencieux recoupait ses idées avec l’ANATHEMA le plus harmonieux mais entêté, dans l’optique de sonner comme un amalgame de tendances sans véritablement se découvrir. Interrogatif ? On le serait à moins.

Plus trivialement et prosaïquement, la musique de ces quatre morceaux est aussi sombre qu’elle n’est lumineuse. Elle est aussi limpide qu’elle n’est complexe. Et nous évoluons donc de passages délicieusement harmonieux et légèrement achroniques (dignes d’un Metal Progressif des années 70, avant son heure donc), à des furieuses guerres éclairs qui rappellent le Black le plus analogique des 90’s, tout en multipliant les allusions à un Thrash technique de la fin des années 80.

Difficile de décomposer chaque entrée en tant que telles, puisqu’elles sont toutes aussi touffues et différentes qu’elles ne sont légères et similaires. La tactique est toujours la même, empiler les couches et développer les thèmes sans perdre de vue la cohésion d’ensemble, mais en restant suffisamment libre pour se métamorphoser en permanence.

Il est clair que les passages ténébreux et concentrés suggèrent le CORONER de fin de carrière, tandis que les évolutions les plus légères nous parlent d’un temps où la liberté de ton des PSYCHOTIC WALTZ faisait d’eux les chantres d’une fusion underground contre nature fertile.

Du oui, du non, du peut-être, mais aussi une sacrée valse humaine qui nous entraîne dans une folle sarabande de créativité. Et une théorie musicale individuelle pouvant se partager avec le plus grand nombre, qui n’y comprendra certainement pas grand-chose.

Trois morceaux chantés et un instrumental final qui referme les portes de la perception sur un univers trouble (« Flight (Ptisi) », sorte de dérivation un peu troublante qui mélange les sons dans une théâtralité de l’absurde assumée), pour un premier jet d’une maturité étonnante et pourtant encore bouillonnant d’idées agencées un peu trop naïvement.

Une fin et un début en soi.

Une dualité de plus en somme…


Titres de l'album

  1. Light (Fos)
  2. Pillar (Vraxos)
  3. Fall (Ptosi)
  4. Flight (Ptisi)

Site officiel

Bandcamp label page album

par mortne2001 le 29/03/2017 à 14:23
82 %    711

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Wintersun

JérémBVL 01/06/2020

Songs For Insects

mortne2001 30/05/2020

Solstice

mortne2001 28/05/2020

The Triumph Of Steel

JérémBVL 27/05/2020

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Dusk...And Her Embrace

JérémBVL 25/05/2020

Indecent & Obscene

Baxter 23/05/2020

Programmed

mortne2001 22/05/2020

Sodomizing The Archedangel

JérémBVL 22/05/2020

Concerts à 7 jours
Blue Oyster Cult 02/06 : Le Trianon, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Wildben

Les extraits témoignent effectivement d'uns (grosse) influence Death Angel (période Act III) mais ce n'est pa pour me déplaire.
A suivre...

02/06/2020, 11:11

LeMoustre

Vus en première partie de jesaisplusqui, sans doute la tournée de cet album, c'était plutôt bon, la qualité des morceaux aidant bien sûr. Pas dégueulasse du tout, en tous cas. Ce qui est sûr, c'est que la doublette Vempire/Dusk est assez inattaquable.

02/06/2020, 07:16

Pomah

Mouais vraiment pas super emballé, c'est quand même un peu mou du genou. Je passe mon tour.

02/06/2020, 03:41

Pomah

Tres bonne chronique, vraiment, cela donne plus qu'envie de s'y plongé.

02/06/2020, 03:30

Moshimosher

Excellent !!! \m/

01/06/2020, 17:16

Moshimosher

Mais c'est pas mal du tout ! :)

01/06/2020, 16:46

Humungus

Pour ma part, je rejoignais surtout asqer sur le fait que je n'aimais pas le bazar...
Après, j'aurai très bien pu moi aussi utiliser ce genre de phrase fourre tout (c'est d'ailleurs tout à fait mon style) car et d'une j'ai une fâcheuse tendance à amalgamer très facilement Power et Sympho(...)

01/06/2020, 05:58

JTDP

Très content de voir que BOISSON DIVINE a les honneurs de ta plume, mortne2001, tant j'estime ce groupe. Pour moi, ils n'ont pas d'équivalent dans la scène Folk Metal française actuelle (bon faut dire qu'elle est bien sinistrée aussi). "Volentat" était déjà un bijou, celui-ci enfonce le clou(...)

01/06/2020, 01:20

Gargan

Qu'est ce que c'est que ce groupe ? Merci pour la découverte.

30/05/2020, 22:36

aras

plutôt moyen voire mauvais, Entre 2 eaux à l'image du groupe

30/05/2020, 20:42

KaneIsBack

Je vais la faire courte, et je vais paraphraser le public d'une autre discipline dont je suis fan : BOOOOOOOORIIIIIIIIIIIIING !!!

Nan, mais sans déconner, je me suis un peu - beaucoup - emmerdé en écoutant ce disque. J'avoue m'être mis à Nightwish uniquement à cause de Floor, mais(...)

30/05/2020, 18:20

NecroKosmos

Ah, ce titre me plaît bien ! Je surveille.

30/05/2020, 17:37

grinder92

Le guitariste sur "The Crimson Idol", l'un des albums qui a changé ma vie... une page se tourne...

30/05/2020, 13:26

Saddam Mustaine

RIP

Guitariste de Alice Cooper et WASP surtout je me souviens.

30/05/2020, 12:58

RBD

Reste à voir ce que ce retour en arrière managérial va donner. J'aimais bien la rétrogradation mesurée du dernier vers un Death toujours très technique mais revenu à un certain niveau d'efficacité basique.

30/05/2020, 12:56

MorbidOM

Bizarrement, j'avais vu le groupe à l'époque de Vempire, je les connaissais pratiquement pas et j'avais plutôt une image de poseurs mais j'avais été assez impressioné (et j'étais loin d'être le seul), puis je le ai revus quelques fois et c'était vraiment tout pourri, même à l'époque de C(...)

30/05/2020, 04:25

Humungus

Je confirme la merde en live.
"Tellement inaudible que le groupe en était ridicule sur les planches..."
Mais même sans ça de toutes façons, ils étaient ridicules sur scène !
Je me souviens de gars en échasse au HELLFEST... C'te poilade bordel !!!

29/05/2020, 22:46

quaraz

plastigroup

29/05/2020, 22:14

lolilol

Nez Crotte quel nom ridicule pour un groupe...

29/05/2020, 22:12

JérémBVL

Je les ai vu à Lille pour la tournée de Cryptoriana et j'ai trouvé ça très carré musicalement...bon Dani y'a du mieux mais il est vite à l'agonie rythmiquement.

29/05/2020, 21:39