Certains groupes remettent le couvert au cas où, d’autres tentent le coup du comeback éphémère histoire de voir si l’eau du passé ne s’est pas trop rafraichie, mais d’autres nous en reviennent pour de bon, bien décidés à en découdre et prouver que leur silence n’était question que de circonstances. C’est évidemment le cas de nos amis allemands d’ACCUSER, qui de leur Thrash frondeur entérinent un retour à la lumière entamé en 2010 et la parution du plutôt bon Agitation, qui leur avait permis de remettre les choses au point, et les hymnes au poing. Depuis, le quatuor (Frank Thoms - chant/guitare, Dennis Rybakowski - guitare, Frank Kimpel - basse et Olli Fechner - batterie) ne s’est pas franchement reposé sur ses lauriers, puisqu’il a ajouté à sa discographie pas moins de trois LP (Dependent Domination en 2011, Diabolic en 2013 et The Forlorn Divine en 2016), tous de qualité constante et d’investissement pressant, et je les avais quittés il y a deux ans après avoir analysé le foudroyant The Forlorn Divine, qui m’avait confirmé que ces guerriers du passé avaient largement leur place dans notre présent. Ce même présent qui subit à longueur de mois les assauts d’une nouvelle génération se réclamant de l’héritage des anciens, anciens qui ont donc encore pas mal de choses à dire, ce que démontre ce tonitruant The Mastery qui ne fait pas dans la dentelle, sans tomber dans le chaos balbutiant et redondant. Evidemment, avec une carrière de plus de trente ans et des albums qui s’enchaînent régulièrement, les surprises ne sont pas légion, mais l’efficacité est toujours carton, et ce onzième album studio se contente de nous rappeler la suprématie allemande en termes de Thrash bien précis. Au cas où vous l’auriez oublié, bande d’étourdis…

Nous avons donc droit à une bordée de brulots encore chauds, pour cinquante minutes de costaud, qui reprend peu ou prou toutes les grandes lignes de ces prédécesseurs, en mettant toutefois l’emphase sur la puissance au détriment de la vitesse démente. Non que le choix se discute, mais il est certain que l’optique des ACCUSER a un peu changée, eux qui étaient capables de tout incendier d’une accélération rondement menée, mais qui préfèrent aujourd’hui temporiser, et même mélodiser, en jouant la lourdeur harmonisée («Solace in Sorrow »). Certes, et j’en conviens, le groupe est toujours capable de nous balayer d’une impulsion improvisée, mais il convient de voir en ce nouvel album une jonction entre la complexité passée de Double Talk et l’efficacité revendiquée de leurs efforts plus récents, dans un ballet assez bien agencé de Heavy modéré et de puissance Thrash contrôlée (« Time For Silence »). Toujours adeptes de développements élargis, les allemands n’hésitent pas à jouer la montre une fois encore pour rester collé à ces fameuses cinq minutes bien tassées, leur permettant d’expérimenter justement, et de tenter des approches plus nuancées, comme sur ce terrassant « My Skin », plus Heavy qu’une charge de DOWN, mais envoutant comme une mystique à la DEATH ANGEL, sans perdre l’identité si affirmée. Le fan acharné pourra toutefois regretter que la brutalité ait été nuancée au profit d’une intensité certes probante, mais parfois un peu frustrante, mais pas de panique, de petits incendies comme « Catacombs » saura réchauffer leur petit cœur de pyromanes Thrash avides de flammes à la hauteur de l’enfer. Beaucoup de saccades évidemment, de l’allant, mais une tendance à écraser plutôt qu’à déraciner, ce qui parfois entraîne quelques longueurs pas faciles à supporter. Une optique progressive donc, mais pas progressiste, puisque tous les éléments inhérents au groupe sont présents, de ces soli flamboyants à ces accents vocaux véhéments. Les structures se répètent quand même d’un jet à l’autre, et si la plupart du temps les attaques sont franches et efficaces, au point de donner naissance à de futurs hymnes live (« Mourning » qui ne fait pas le deuil de l’attitude, mais qui élargit la latitude), elles se laissent parfois aller à une certaine facilité, heureusement rattrapée par une rage germanique bien chromée (« Ruthless »).       

D’ailleurs, le groupe est parfois conscient d’avoir été trop confiant en son assise et pas assez lâche sur sa violence, et nous satisfait d’un « Into The Black » salement rageur nous rappelant ses jeunes années, et cavalant d’un rythme acharné, histoire de nous faire moins réfléchir que headbanguer. Je l’avoue, on est quand même assez content de retrouver par instant cette sauvagerie qui nous manquait tant, et qui est la caractéristique la plus symptomatique d’une école allemande qui n’hésitait jamais à flirter avec les limites de l’outrance, même si la complexité globale à souvent cédé le pas à l’efficacité optimale. Il est évident que The Mastery n’est pas un album qui fonctionne au premier degré, et qu’il faut prendre le temps de l’apprécier, histoire que ses richesses puissent se révéler. Mais avec une modération clairement affichée, les ACCUSER prennent le risque de s’aliéner les plus dérangés, et donc de rester le cul entre deux chaises, d’autant plus qu’ils ne prennent même pas la peine de se faire désirer. Et si les qualités présentes sur tous les albums de la troupe le sont encore, on sent quand même un glissement patent entre The Forlorn Divine et The Mastery, même si une partie de l’esprit d’antan se conjugue toujours au présent. C’est la fin de l’album qui nous procure ce sentiment, et qui offre de fait un équilibre instable, mais laissant sur une sensation rassurante quant au potentiel de destruction du combo teuton, qui parfois tombe dans les travers du Heavy si typique de sa propre nation. 

Pas de quoi fouetter un chat de la Ruhr de rage ou d’inquiétude, d’autant plus que la paire de guitaristes sait toujours aussi bien riffer, mais les quelques longueurs qui parsèment des morceaux qui auraient gagné en concision peuvent parfois être des obstacles sur la voie de la pleine satisfaction, mais sur l’ensemble de leur production, ce The Mastery saura se tailler une part du lion, spécialement lorsque les ACCUSER en joueront les meilleurs instants live, histoire de faire monter d’un cran le son. Mais s’il n’est pas plus proche du fond du panier que du haut, ce nouvel album se situe dans une très bonne moyenne de Thrash teuton, affiné par une technique toujours affutée, mais alourdi par quelques idées pas vraiment bien pesées. Ce qui dans l’idiome relatif à ce groupe unique définit quand même les contours d’une œuvre qui ridiculise une grosse partie de la concurrence.


Titres de l'album:

  1. Mission Missile
  2. The Real World
  3. Solace In Sorrow
  4. Time For Silence
  5. My Skin
  6. Catacombs
  7. Mourning
  8. Ruthless
  9. Into The Black
  10. The Mastery

Site officiel


par mortne2001 le 02/02/2018 à 18:02
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Intéressant, on pourrait savoir qui a fait l'artwork? il est magnifique et je trouve dommage que les crédits des artistes ne soient que rarement mentionnés alors que c'est eux qui fournissent le contenu.


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Excellent groupe, avec un son en avance, des putains de riffs et la plus horrible mascotte qui soit.


pas le 27 Avril mais c est le 17 Avril voir site;
https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.


Et bien... quelle chronique Mr Mortne une fois de plus !
Un album pas encore écouté pour ma part, mais j'ai limite l'impression pourtant, tellement on en entend parler partout. J'y jetterais une oreille certainement, en asseyant de faire fi des polémiques l'entourant.


Ah ah ah !!!
C'te pochette est juste géniale bordel !


Effectivement le chant fait très Hreidmarr.