The Mastery

Accuser

26/01/2018

Metal Blade

Certains groupes remettent le couvert au cas où, d’autres tentent le coup du comeback éphémère histoire de voir si l’eau du passé ne s’est pas trop rafraichie, mais d’autres nous en reviennent pour de bon, bien décidés à en découdre et prouver que leur silence n’était question que de circonstances. C’est évidemment le cas de nos amis allemands d’ACCUSER, qui de leur Thrash frondeur entérinent un retour à la lumière entamé en 2010 et la parution du plutôt bon Agitation, qui leur avait permis de remettre les choses au point, et les hymnes au poing. Depuis, le quatuor (Frank Thoms - chant/guitare, Dennis Rybakowski - guitare, Frank Kimpel - basse et Olli Fechner - batterie) ne s’est pas franchement reposé sur ses lauriers, puisqu’il a ajouté à sa discographie pas moins de trois LP (Dependent Domination en 2011, Diabolic en 2013 et The Forlorn Divine en 2016), tous de qualité constante et d’investissement pressant, et je les avais quittés il y a deux ans après avoir analysé le foudroyant The Forlorn Divine, qui m’avait confirmé que ces guerriers du passé avaient largement leur place dans notre présent. Ce même présent qui subit à longueur de mois les assauts d’une nouvelle génération se réclamant de l’héritage des anciens, anciens qui ont donc encore pas mal de choses à dire, ce que démontre ce tonitruant The Mastery qui ne fait pas dans la dentelle, sans tomber dans le chaos balbutiant et redondant. Evidemment, avec une carrière de plus de trente ans et des albums qui s’enchaînent régulièrement, les surprises ne sont pas légion, mais l’efficacité est toujours carton, et ce onzième album studio se contente de nous rappeler la suprématie allemande en termes de Thrash bien précis. Au cas où vous l’auriez oublié, bande d’étourdis…

Nous avons donc droit à une bordée de brulots encore chauds, pour cinquante minutes de costaud, qui reprend peu ou prou toutes les grandes lignes de ces prédécesseurs, en mettant toutefois l’emphase sur la puissance au détriment de la vitesse démente. Non que le choix se discute, mais il est certain que l’optique des ACCUSER a un peu changée, eux qui étaient capables de tout incendier d’une accélération rondement menée, mais qui préfèrent aujourd’hui temporiser, et même mélodiser, en jouant la lourdeur harmonisée («Solace in Sorrow »). Certes, et j’en conviens, le groupe est toujours capable de nous balayer d’une impulsion improvisée, mais il convient de voir en ce nouvel album une jonction entre la complexité passée de Double Talk et l’efficacité revendiquée de leurs efforts plus récents, dans un ballet assez bien agencé de Heavy modéré et de puissance Thrash contrôlée (« Time For Silence »). Toujours adeptes de développements élargis, les allemands n’hésitent pas à jouer la montre une fois encore pour rester collé à ces fameuses cinq minutes bien tassées, leur permettant d’expérimenter justement, et de tenter des approches plus nuancées, comme sur ce terrassant « My Skin », plus Heavy qu’une charge de DOWN, mais envoutant comme une mystique à la DEATH ANGEL, sans perdre l’identité si affirmée. Le fan acharné pourra toutefois regretter que la brutalité ait été nuancée au profit d’une intensité certes probante, mais parfois un peu frustrante, mais pas de panique, de petits incendies comme « Catacombs » saura réchauffer leur petit cœur de pyromanes Thrash avides de flammes à la hauteur de l’enfer. Beaucoup de saccades évidemment, de l’allant, mais une tendance à écraser plutôt qu’à déraciner, ce qui parfois entraîne quelques longueurs pas faciles à supporter. Une optique progressive donc, mais pas progressiste, puisque tous les éléments inhérents au groupe sont présents, de ces soli flamboyants à ces accents vocaux véhéments. Les structures se répètent quand même d’un jet à l’autre, et si la plupart du temps les attaques sont franches et efficaces, au point de donner naissance à de futurs hymnes live (« Mourning » qui ne fait pas le deuil de l’attitude, mais qui élargit la latitude), elles se laissent parfois aller à une certaine facilité, heureusement rattrapée par une rage germanique bien chromée (« Ruthless »).       

D’ailleurs, le groupe est parfois conscient d’avoir été trop confiant en son assise et pas assez lâche sur sa violence, et nous satisfait d’un « Into The Black » salement rageur nous rappelant ses jeunes années, et cavalant d’un rythme acharné, histoire de nous faire moins réfléchir que headbanguer. Je l’avoue, on est quand même assez content de retrouver par instant cette sauvagerie qui nous manquait tant, et qui est la caractéristique la plus symptomatique d’une école allemande qui n’hésitait jamais à flirter avec les limites de l’outrance, même si la complexité globale à souvent cédé le pas à l’efficacité optimale. Il est évident que The Mastery n’est pas un album qui fonctionne au premier degré, et qu’il faut prendre le temps de l’apprécier, histoire que ses richesses puissent se révéler. Mais avec une modération clairement affichée, les ACCUSER prennent le risque de s’aliéner les plus dérangés, et donc de rester le cul entre deux chaises, d’autant plus qu’ils ne prennent même pas la peine de se faire désirer. Et si les qualités présentes sur tous les albums de la troupe le sont encore, on sent quand même un glissement patent entre The Forlorn Divine et The Mastery, même si une partie de l’esprit d’antan se conjugue toujours au présent. C’est la fin de l’album qui nous procure ce sentiment, et qui offre de fait un équilibre instable, mais laissant sur une sensation rassurante quant au potentiel de destruction du combo teuton, qui parfois tombe dans les travers du Heavy si typique de sa propre nation. 

Pas de quoi fouetter un chat de la Ruhr de rage ou d’inquiétude, d’autant plus que la paire de guitaristes sait toujours aussi bien riffer, mais les quelques longueurs qui parsèment des morceaux qui auraient gagné en concision peuvent parfois être des obstacles sur la voie de la pleine satisfaction, mais sur l’ensemble de leur production, ce The Mastery saura se tailler une part du lion, spécialement lorsque les ACCUSER en joueront les meilleurs instants live, histoire de faire monter d’un cran le son. Mais s’il n’est pas plus proche du fond du panier que du haut, ce nouvel album se situe dans une très bonne moyenne de Thrash teuton, affiné par une technique toujours affutée, mais alourdi par quelques idées pas vraiment bien pesées. Ce qui dans l’idiome relatif à ce groupe unique définit quand même les contours d’une œuvre qui ridiculise une grosse partie de la concurrence.


Titres de l'album:

  1. Mission Missile
  2. The Real World
  3. Solace In Sorrow
  4. Time For Silence
  5. My Skin
  6. Catacombs
  7. Mourning
  8. Ruthless
  9. Into The Black
  10. The Mastery

Site officiel


par mortne2001 le 02/02/2018 à 18:02
75 %    573

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Open Bar Vol2 : Antoine Perron

Baxter 20/04/2021

Interview

Dirge + Spinning Heads 2005

RBD 05/04/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Frank Arnaud

Jus de cadavre 21/03/2021

Vidéos

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Humungus

"Pire que GUNS N' ROSES" ?!?!Tu pousses là Hoover hé hé hé...

21/04/2021, 10:10

Humungus

Oh mais je ne sais que trop bien que les premiers DIMMU sont typés "vrai"...(Une fois de plus, mon intervention précédente n'était en réalité que boutade chers amis)Mais même à l'époque de leurs sortie(...)

21/04/2021, 10:07

Humungus

Putain...Après la box "Paranoid" et "Vol 4", encore une qu'il va me falloir acheter...Font chier à en sortir autant bordel ! J'suis pas Crésus moi merde !PS : Par contre, j'comprends pas trop leur façon(...)

21/04/2021, 10:02

Hoover

Je ne comprendrai jamais l'intérêt pour ce groupe. Pour moi tout l'apport de Fear Factory tient en deux ou trois morceaux sur Demanufacture plutôt sympathiques en dépit d'une durée de vie très faible (vraiment le genre dont je me désin(...)

21/04/2021, 08:29

Arioch91

Bien plus convainquant sur album que sur l'EP partagé avec Vektor.Ca donne envie de s'y pencher !Merci pour la chro :)

21/04/2021, 08:25

Hoover

Le black n'est certainement pas mort car il y a énormément de gens qui y sont extrêmement attachés et continuent à le faire vivre, et j'ai énormément de respect pour eux. Par contre pour quelqu'un comme moi dont les goûts dans l(...)

21/04/2021, 08:23

Hoover

L'album que j'aime le moins des 7 premiers Sabbath: c'est vraiment pas fait pour moi!

21/04/2021, 08:15

Rotten Tooth

Y sont sacrément bons ces gars là ! Et ils ont le don de faire dans la surprise ! Nu Black sous le papier cadeau cette fois ! Je passe mon tour sur ce coup mais je serai là au prochain tirage !

20/04/2021, 20:06

Saddam Mustaine

Les premiers albums de Dimmu sont du "true black".Comme Behemoth si l'on veut, j'aurais du aller plus loin.Le Black type année 80 mi-90 quoi (meme si Dimmu est arrivé plus tard mais les premiers sonnes dans le genre).

20/04/2021, 19:47

Seb

C'est vraiment mauvais ...

20/04/2021, 15:05

JTDP

En tout point d'accord avec cette (belle) chronique ! Cet album fut une vraie belle surprise de l'année passée. 

19/04/2021, 21:28

Buck Dancer

J'ai jamais vraiment accroché a Pestilence, mais ce morceau est loin d'être degueu. Comme dit Simony, bien meilleur que les précédentes sorties récentes du groupe. 

19/04/2021, 10:49

Arioch91

+1Je n'ai pas aimé Resurrection Macabre, à tel point que je n'ai pas posé une oreille sur Doctrine et Obsideo.Hadeon, je l'ai écouté uniquement parce qu'une interview de Mamelick disait qu'il revenait sur le passé d(...)

19/04/2021, 10:24

Simony

Ca me semble quand même bien plus intéressant que ce qu'ils ont produit depuis leur retour aux affaires.

19/04/2021, 09:59

Arioch91

Oups ! J'étais totalement passé à côté de cette chronique ! Merci @mortne2001 pour l'avoir rédigée !

19/04/2021, 08:48

Arioch91

OK, on reprend les bonnes vieilles recettes visibles sur Hadeon : on prend Testimony, on mélange avec Spheres et ça donne Hadeon et semble-t-il Exitivm.A voir.

19/04/2021, 08:44

metalrunner

Une sacrée bonne surprise de l énergie de l innovation le futur quoi ..Dommage que la tournée de juin soit annulée

18/04/2021, 19:48

RBD

Je réagis plutôt comme Buck Dancer. Mes attentes envers FF sont basses depuis longtemps. Je n'espère plus de grands titres comparables à ceux qui remontent aux années 90 (formulé comme ça, c'est encore plus dur). Si tout est à l&apo(...)

18/04/2021, 12:39

yul

Rien de bien intéressant ici.

18/04/2021, 11:57

Gargan

Tu n’es donc pas optimiste.

18/04/2021, 08:15