Abiogenesis. L’origine de la vie. Voici donc un concept qui nous change des délires dystopiens et des critiques sociales qui fleurissent dans notre univers…Après tout, pourquoi ne pas chercher à comprendre d’où nous sommes venus pour comprendre ce que nous sommes devenus ? C’est sans doute une analogie qui colle à la peau du groupe KOREA, qui contrairement à ce que son nom semble indiquer, vient de Suède…

Stockholm 2003, c’est non l’origine de notre existence, mais bien celle de ce quatuor (Robert Bunke - basse,

Dennis Ehrnstén – batterie, Michael Ehrnstén – chant/claviers, et Johan Stigsson – guitare), au parcours pour le moins chaotique, qui avait pourtant réussi son entrée dans la cour des grands. Cinq ans pour sortir leur premier LP en 2008, For The Present Purpose, deux seulement pour nous offrir une suite, sous la forme de The Delirium Suite, et puis, le silence…Un silence de sept longues années, passées à faire je-ne-sais-quoi, puisque le combo reste assez peu disert sur le sujet. Mais sept années mises à profit pour un retour en force qui risque bien de faire plier l’opinion publique et la critique, qui seront certainement subjugués par tant de délicatesse musicale et de beauté harmonique.

Si les suédois citent volontiers les influences d’A PERFECT CIRCLE, NINE INCH NAILS, KATATONIA ou TOOL, leur univers est assez particulier, et se veut beaucoup plus abordable que les dédales psychologiques des groupes cités. On pourrait parler de façon générale d’un Metal alternatif, sans que l’expression ne se veuille trop vulgarisatrice, ou bien plus simplement d’un Rock vraiment souple, aux arrangements subtilement électroniques, qui ne crache pas sur quelques extensions progressives, sans tomber dans l’emphase.

 

Ayant jeté une oreille attentive sur leurs deux précédents longue-durée, je peux affirmer que Abiogenesis fait preuve d’une maturité incroyable, mais pas si étonnante que ça. Après sept ans de réflexion, les suédois sont enfin parvenus à trouver un son, le leur, en renouvelant leur approche sans la dénaturer. Ainsi, les fans reconnaîtront leur quatuor sans avoir à forcer l’oreille, même si la métamorphose est indéniable. On retrouve ce qui a fait la patte de cet ensemble hors-norme, qui a toujours refusé la facilité, mais qui se permet aujourd’hui une opération de séduction de masse, en nivelant les quelques aspérités qui restaient, pour verser dans un joli mélange de Pop-Rock, de Metal abrasif, et d’Alternatif progressif, qui cite dans les mêmes rimes DREAM THEATER (celui de « I Walk Beside You »), OPETH, THE KORDZ, mais aussi la scène US contemporaine, et quelques clins d’œil à HINDER, MARILLION, U2, et tant d’autres groupes qui gravitent en satellite autour de leur étoile. Etoile qui étrangement brille d’un feu ardent, comme si elle était en train de mourir…Car malgré sa thématique, Abiogenesis ne fait pas dans la gaieté. Musicalement, les propos sont sombres, mélancoliques, et quelque peu déprimés…Idéologiquement, les textes ne sont pas plus ouverts sur l’espoir, et versent dans la solitude, l’isolement, l’incompréhension, en gros, des obsessions d’une époque qui n’est pas vraiment à l’aise dans son histoire. Etrangement, et même si l’atmosphère générale reste chargée, il y a une sorte de joie qui émane de ce disque qui réfute tout principe d’évidence, et qui va chercher ses idées au plus profond de son moi intérieur. Sans parler d’introspection, on sent que les KOREA ont fait le bilan des années, pour dresser un constat personnel sans concession. Et ce processus inévitable a abouti à la genèse d’un album qui se démarque de la production actuelle, par sa volonté de ne pas se laisser coincer dans un style en particulier.

Pourtant, autant vous prévenir de suite, Abiogenesis est aussi difficile d’accès qu’il n’est facile à apprécier. En choisissant de ne pas choisir, les suédois vont sans doute s’aliéner une grosse partie d’un public potentiel, qui restera de marbre face à leurs expérimentations sonores. Et après la courte mais sublime intro « Compass » qui pourrait vous aiguiller à tort sur la piste d’un Progressif ambitieux, « Fanatic » continue de brouiller les cartes de son énorme riff alternatif, qui rappelle la vague des groupes Electro-synthétiques de l’orée des années 2000. Mais dès « Exodus », le tableau se trouble, et les sens sont altérés. On ne sait plus à quel son se vouer tant la diversité se veut reine sur ce troisième album, aussi cohérent qu’il n’est versatile. Le concept aidant, KOREA emprunte des vocables différents pour créer son propre espéranto, et ainsi, s’adresser à l’humanité en globalité. On ne peut s’empêcher de penser à une version expurgée de KATATONIA, confrontée à la délicatesse d’un MARILLION en pleine possession de ses moyens, le tout traduit dans un langage presque Pop qui ne rechigne pas à museler les guitares sans les faire taire. Mais en une heure de jeu, le groupe a largement le temps de vous convaincre de la pertinence de son optique, tout en risquant de vous perdre au hasard de ses déambulations, qui lui font parfois prendre des directions assez surprenantes (« Stand Down », très électronique, et révélateur d’une inspiration NINE INCH NAILS indéniable), et qui pourront même se révéler choquantes pour certains d’entre vous.

En utilisant des instruments contre leur nature même, le quatuor sort des sons assez intrigants, qui parfois s’unissent dans un même désir expressif, à équidistance d’un Rock moderne décomplexé et d’un Progressif simplifié (« Downfall »), sans pour autant négliger les harmonies les plus simples et les plus pures, qu’ils passent au prisme de leur exigence artistique (« Corner of My Own », loin du Metal, et pas si proche du Rock que ça…). Des titres parfois soulignés d’une incongruité cocasse (« Do You Want My Lawnmower », trois petites minutes pour un single qui n’en est pas un), de longues suites euphoriques qui profitent d’un up tempo pour enfin nous faire bouger sans regrets (« Terminal Velocity »), et quelques affinités avec un VATTNET VISKAR moins perdu dans l’espace que concentré sur une terre qu’ils n’auraient jamais dû quitter (« New Horizon », et sa basse redoutable dans les déliés). Le tout s’achève dans un rêve de chœurs entremêlés, qui nous laissent sur une impression ambivalente, pas certains de ce que nous avons entendu, mais repus d’une générosité aussi abstraite que constatable (« Polarity », un peu QUEENSRYCHE expérimental, au clavier plus prédominant que la guitare).

En gros, un voyage aux confins de la création, qui ressemble autant à un regard en arrière qu’une projection astrale dans un futur qui ne nous sera pas forcément favorable…

KOREA aura pris son temps pour continuer son histoire, tout en dressant le bilan de la nôtreMais cette absence prolongée leur aura fait comprendre que le moins est parfois le plus, mais que l’inverse est aussi vrai. Et Abiogenesis, de toute sa richesse maculée d’ascétisme instrumental se révèle album complexe, qui donne le sentiment d’avoir fait le minimum en donnant le maximum, alors même qu’il est assemblé de couches sonores superposées beaucoup plus denses qu’une simple écoute ne le traduit. De là à la considérer comme source de toute inspiration musicale, il y a un pas de géant que je ne franchirai pas. Mais célébrons comme il se doit le retour d’un des groupes les plus énigmatiques de Suède, qui je l’espère, ne retournera pas dans l’anonymat. Ils méritent bien mieux que ça.


Titres de l'album:

  1. Compass
  2. Fanatic
  3. Exodus
  4. Thought Pattern
  5. Abyss
  6. Corner Of My Own
  7. Do You Want My Lawnmower
  8. Downfall
  9. New Horizon
  10. Stand Down
  11. Orbiting The Void
  12. Terminal Velocity
  13. Polarity

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par mortne2001 le 26/09/2017 à 18:05
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