Alterity

Knelt Rote

28/02/2018

Nuclear Now Productions

De Portland nous en revient une des créatures les plus hideuses de l’Oregon, KNELT ROTE, qui depuis ce mois de février à mis à notre disposition sa dernière déjection en date, Alterity, qui se hisse sans mal au niveau de la puanteur des précédentes extractions. Il est vrai que l’affaire avait bien mal démarré. Fondé en 2008, le combo s’était d’abord focalisé sur un genre de Harsh Grind tout à fait superfétatoire, avant de céder aux sirènes de la créativité, pour donner à son boucan immonde un peu plus de relief. Et c’est aujourd’hui avec l’expérience des plus grands désaxés que les américains nous en reviennent, forts d’un parcours allant crescendo, et franchissant à chaque étape une nouvelle marche vers les sommets de l’horreur musicale. On sait de source sûre que le Death Grind est matière répandue dans les bas-fonds de l’extrême, et son rayonnement à tendance à décliner avec les années. Le Black Death (et inversement) ne se montre pas plus original ni téméraire, et préfère rester dans des balises de violence un peu trop confortables pour encore choquer. C’est donc pour cette raison que les cas des KNELT ROTE est presque une exception, puisque tout en restant très fidèles à leur éthique Grind originelle, les originaires de Portland ont profité des années pour le teinter d’une grosse couche de BM poisseux et caverneux, histoire de lui conférer une aura encore plus macabre. En résulte donc un mélange explosif dont on pouvait déjà constater les dégâts énormes sur Trespass il y a six ans, et qui aujourd’hui se voient augmentés d’une explosion aux répercussions encore plus immédiates et létales. Et par extension, malgré un silence inquiétant de plus de cinq ans, Alterity se veut l’album le plus néfaste que vous pourrez écouter en ce froid mois de février, et qui vous gèlera encore plus les sangs de sa puissance phénoménale et de son intelligence brutale.

Il n’est pourtant pas chose facile de fondre en un même creuset d’inspiration des courants aussi absolus que le Grind et le Black. Pourtant, le quatuor (Kevin Schreutelkamp - basse/chant, Lucas Danner - guitare, Gordon Ashworth - guitare/chant et Elias Bloch - batterie) s’en sort une fois de plus à merveille en refusant toute concession, mais en admettant des inclusions dans des territoires hostiles, se lâchant parfois dans des passages Thrash parfaitement incongrus, permettant quelques soli ventrus (« Black Triptych », mais attention, l’exemple est court). La marge de manœuvre n’était pourtant pas énorme, Trespass ayant déjà défriché pas mal de terrain et bouché les rares ouvertures qui restaient, mais ce quatrième longue-durée (après From Without en 2008, et Insignificance en 2010) sait se montrer intéressant de bout en bout, et profite d’un timing serré pour ne pas trop déborder. Et si la liste des anciens/actuels/futurs combos des musiciens en question est aussi longue que le bottin de Portland (ASCENDED DEAD, ENGORGED, LORD GORE, RITUAL NECROMANCY, TERROR OATH, WEREGOAT, WINTER OF APOKALYPSE, VASSAFOR, BACKPATCH, CONCERN, GORDON WILSON ASHWORTH, OSCILLATING INNARDS, SEXLESS MARRIAGE, VILE HORRENDOUS AERIAL BOMBARDMENT, et je ne cite que ceux qui semblent encore héberger ces tarés), c’est certainement parce que ces malades ont plus d’idées à la minute qu’il n’arrive de catastrophe à la seconde dans notre plus si beau monde. Le leur est d’ailleurs parfaitement monstrueux, et leur réalité légèrement biaisée du côté horrifique où elle va sombrer. Si pour les situer, les noms de REVENGE, VERMIN WOMB, PLAGUE WIDOW ou DAGGER LUST peuvent parfaitement convenir, leur autorité en matière de brutalité se passe de référence, ce que « Lachesis » confirme en entame, et en moins de trois minutes.

« Lineage And Dependance » lui emboîte immédiatement le pas, et ne fait pas preuve de plus d’empathie, bien au contraire. Au menu du déroulé, des riffs maladifs mais conséquents, de brutales accélérations, des fulgurances, mais aussi des lignes de chant honnies et vomies qui tissent un troisième tapis rythmique relativement épais. En moins de temps qu’il n’en faut pour hurler « Leprosyyyyyyyy !!! », le quatuor place des dizaines de mini-idées, toutes plus insidieuses les unes que les autres, faisant appel au ressenti le plus primaire des plus élémentaires débauchés de l’extrême actuel. Ajoutez à ceci quelques effets sonores bien moisis, de la grandiloquence presque progressive dans l’ambivalence (« Rumination », sorte de dualité entre la grandeur d’un STRAPPING YOUNG LAD et l’horreur brute des REVENGE), et quelques accès de colère symptomatiques de leur jeunesse pas si perdue que ça (« Genetic Memory » qui unit GRAVE et NAPALM DEATH sans en avoir l’air), et vous obtenez un concept global qui fout les miquettes, mais qui séduit de ses excès. En en matière d’abus, les américains en connaissent un rayon, puisqu’ils osent parfois dépasser le cadre pour tenter le coup de l’évolution. Ainsi, « Othering » brave les éléments pour imposer son torrent d’immondices, et se met à la colle avec le chronomètre pour placer presque cinq minutes d’overdose noisy. Une fois encore, entre les blasts d’un batteur aux mouvements régulateurs, les grognements d’un hurleur qui viole son larynx à chaque intervention, et la malice de guitares qui butinent à tous les râteliers Black, Death et Grind, le ballet est étourdissant de violence comme l’adaptation d’un Mathcore de déments qui aurait cédé aux invocations du Necronomicon. Puissant, véhément, complètement fou, et presque schizophrénique, KNELT ROTE ne semble pas montrer de signes d’amélioration de sa santé mentale, et avance coûte que broute vers l’horizon, ne se fixant aucune limite, mais respectant un cahier des charges de qualité.

Alterity, ou l’altération des sens par négation. Ou tout simplement, l’un des albums les plus intenses et pur dans la violence, que la plupart d’entre vous renieront pour cause d’excès d’urgence. Dommage, parce que des groupes capables de mélanger dans un même jet (« Salience ») MORBID ANGEL, DEATHSPELL OMEGA, BRUTAL TRUTH et GNAW THEIR TONGUES, ça ne court pas les caniveaux. Même dans l’Oregon.


Titres de l'album:

  1. Lachesis
  2. Lineage and Dependence
  3. Rumination
  4. Genetic Memory
  5. Othering
  6. Salience
  7. Black Triptych

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par mortne2001 le 16/02/2018 à 18:57
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13/07/2020, 19:34

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Pas mal du tout.

13/07/2020, 19:28

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Bien d'accord avec vous les gars.
... Même si j'ai tout de même une nette préférence pour leur premier album.
Quand au reste de leur discographie, elle m'en touche une sans faire bouger l'autre.

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Y'a clairement un côté synthwave pas dégeu, à creuser.

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RBD

Voilà un groupe et un homme qui m'ont marqué à une époque où je commençais à être blasé. Ce n'est pas toujours facile à suivre d'un album sur l'autre, c'est un vrai fêlé. Mais comme dit le proverbe, ce sont des esprits comme ça qui font entrer la lumière.

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Seul le batteur a encore un semblant d'intégrité à travers ses activités.

10/07/2020, 20:35

Jus de cadavre

Idem, découverte pour moi grâce à cette chronique. La prod est excellente pour l'époque !
Un bien bel hommage en tout cas Mortne...

10/07/2020, 17:38

JTDP

@jus : +9986457 !
@gerard : fais péter le "name dropping" on n'attend que ça de faire de nouvelles découvertes ! ;-)

10/07/2020, 17:10

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Purée c'est vrai qu'il est excellent cet album !!! Et malgré Youtube et le poids des ans, le son est franchement bon ! Une réédition s'impose, c'est indéniable.

10/07/2020, 17:08

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