Débat du dimanche. Qu’est-ce que le Death Metal finalement ? Si l’on s’en tient à des critères purement musicaux, c’est un déferlement de violence censé illustrer la brutalité de la vie et l’effroi de son inéluctable conclusion. Une vie de douleur, de combat, de souffrance, qui s’articule artistiquement autour d’un enchevêtrement de riffs sombres et rapides, et d’un tapis rythmique alternant la pression et le relâchement, une symphonie de cruauté, un maelström de bestialité. Mais qui a dit que ces concepts ne devaient être mis en forme que de façon unidimensionnelle ? Tout ceci reviendrait à admettre que la vie en elle-même ne peut être abordée que sous un angle linéaire, ce qui serait nier sa pluralité la plus élémentaire. De là, peut-on accepter qu’un groupe choisisse des sonorités plus nuancées, des ambiances plus paisibles, et des constructions instrumentales relevant de la beauté la plus formelle sans dénaturer le genre ? Je crois au contraire qu’à l’instar du Black Metal et ses obsessions nihilistes et maléfiques, le Death permet toutes les audaces, et toutes les ouvertures. Puisque la vie justement, et son labyrinthe d’émotions complémentaires et contradictoires nous fait passer par des stades de ressenti différents, et antagonistes, alternant le bonheur et la tristesse, l’empathie et le rejet, le plaisir et la souffrance. Dès lors, lorsqu’un groupe choisit de ne pas se cantonner à une optique dite « basique », il devient l’illustration parfaite de cette dualité et remplit sa mission, en transcendant des éléments disparates qui une fois assemblés, offrent une cohérence dans la concrétisation. Et sous ce point de vue-là, les allemands de CHAPEL OF DISEASE pourraient incarner la quintessence du genre en en refusant les limites imposées par l’éthique, se rapprochant du DEATH le plus évolutif.

Fondé en 2008, ce quatuor (Laurent T - chant/guitare, Cédric T - guitare, Christian K - basse et David D - batterie) a entamé sa carrière de la façon la plus classique qui soit, et aura patienté quatre années avant de livrer sa première démo, encore un peu trop consensuelle pour se faire remarquer (Death Evoked). Son premier LP, paru la même année ne semblait pas vouloir se détacher de cette routine passéiste, et prenait grand soin de respecter les codes old-school des années 90 (Summoning Black Gods). Mais trois ans plus tard, les originaires de Cologne prirent un virage assez surprenant, en ouvrant leur champ de perception à des possibilités plus progressives, acceptant la liberté créative d’une intégration de mélodies plus travaillées, travestissant leur agression d’une intelligence de composition qui en disait long sur leurs ambitions. Nous attendions donc tous avec impatience la suite de cette ouverture, et c’est trois ans plus tard une fois encore que nous avons la possibilité de constater la progression impressionnante qu’étale ...and as We Have Seen the Storm, We Have Embraced the Eye, au titre aussi interminable que ses prétentions sont viables. Sans vraiment bousculer la donne, CHAPEL OF DISEASE poursuit les travaux entrepris dès 2015, et nous livre un bilan en forme d’évasion, au travers d’une musique aussi violente qu’intelligente, et va jusqu’au bout de son raisonnement en réfutant le statisme d’un style qui aujourd’hui encore, passe pour un non-modèle d’acceptation et un monolithe de crudité. Et c’est ainsi que le créneau occupé par les allemands aujourd’hui se place en convergence de la vie et de la mort, et sonne plus léger tout en restant sombre, prônant une volonté de ne pas se cantonner à des schémas éprouvés pour faire avancer les choses, tout du moins les leurs. Et de fait, ...and as We Have Seen the Storm pourrait bien incarner le parangon d’une philosophie très personnelle, qui pourtant incarne de sa volonté d’évolution l’acmé d’un genre qui n’en finit plus de faire mourir la mort…

On savait fut un temps que les groupes du cru en avait assez de se contenter de bousculer les auditeurs avec des motifs de plus en plus crus et des rythmiques de plus en plus complexes. Chuck l’avait très bien assimilé de son vivant, transformant sa créature bestiale en entité débordant d’émotion, et MORGOTH avait même traversé le Styx en intégrant à sa musique des données industrielles et dansantes, se rapprochant d’une version frigorifiée d’un KILLING JOKE en plein apprentissage Metal. Depuis, la vague Post Metal a intégré des variables Death à son vocable, et il n’est plus si incongru de laisser l’inspiration dériver au gré des courants, amalgamant le Rock, le classique, le Jazz et même le Folk dans des fondations purement Death. C’est un peu l’expression la plus absolue de ce Crossover que les allemands nous livrent en six morceaux et presque cinquante minutes, et autant dire qu’ils assument totalement cette prise de position en plaçant en ouverture « Void Of Worlds », qui est né d’un assemblage disparate de deux parties bien distinctes. Disposant d’un nœud de riffs et de trois minutes de construction, le groupe s’en est alors remis au talent de Cédric, qui leur proposa alors une digression en guitare claire, sur laquelle le quatuor s’est mis à broder, pour offrir une conclusion instrumentale impressionnante de maîtrise et de quiétude, dans la plus grande tradition des jams des seventies. Et cette juxtaposition de climats en ouverture d’une étape aussi importante que celle d’un troisième album est la preuve de la confiance totale des allemands en leur nouvelle direction, et valide toutes les interrogations que les fans se posaient après The Mysterious Ways of Repetitive Art. Et on se prend alors à penser à David Gilmour évidemment, mais aussi à OPETH, en moins nostalgique et introspectif, mais en tout cas, à tout sauf à des acrobaties agressives qui restent la marque de fabrique du genre. Ces quatre minutes, sans être totalement symptomatiques de cette œuvre, en sont la trace la plus palpable d’éloignement et de travestissement, et même si le reste du LP ne confirme pas toujours ce culot, il en reste marqué durablement.  

Mais on retrouve évidemment des traces de cette volonté de s’extirper d’un carcan restrictif, même si ces mêmes traces sont plus subtiles sur les autres titres. Ainsi, le puissant et long « Null » se voit doté d’arrangements presque symphoniques et Ambient, qui peinent à cacher son élaboration purement Rock que des soli purs et mélodiques exploitent avec beaucoup de pertinence. Et la violence globale de s’adapter à ce rapprochement des racines purement Rock du Metal, qui par exagération et par mutation a fini par donner naissance à des excroissances de plus en plus violentes, qui finalement ont enterré sous une épaisse chape de plomb leurs racines. Mais CHAPEL OF DISEASE est bien décidé à prouver que ces racines, aussi profondément enterrées furent-elles sont toujours là, et n’hésitent pas à creuser dans un passé beaucoup plus ancien pour ramener à la vie des  harmonies sombres mais volatiles, comme le démontre le presque Goth-Rock « 1.000 Different Paths » qui évoque Peter Murphy, les BAUHAUS, mais aussi THE JESUS AND MARY CHAIN, tout comme OPETH et d’autres affranchis. Et la conclusion « The Sound Of Shallow Grey » de pousser le bouchon encore plus loin au risque de provoquer le rejet des puristes les plis indécrottables, en acceptant d’insérer des éléments de Synth-Pop, de Rock classique, tout en gardant cette morgue Death toujours aussi présente, mais déformée, moulée, sans être forcément dénaturée. Loin d’un final épique que le groupe rejetait d’emblée, ce dernier morceau est sans doute le plus féroce et le plus varié de l’ensemble, et entérine définitivement le postulat prouvant que les allemands ont franchi encore une étape dans leur parcours ascendant. Et si peu de soli évoquent les délires hystériques du Death des origines, et si les structures répondent volontiers à un sens de l’expérimentation poussé, et si le Rock, le Hard-Rock, se placent à la même hauteur que le Death, ...and as We Have Seen the Storm, We Have Embraced the Eye n’en reste pas moins directement affilié au genre, et incarne peut-être sa forme la plus honnête, tout du moins la plus fertile. Et l’une des plus fascinantes en soi.

 

Titres de l’album :

                         1. Void Of Words

                         2. Oblivious - Obnoxious - Defiant

                         3. Song Of The Gods

                         4. Null

                         5. 1.000 Different Paths

                         6. The Sound Of Shallow Grey

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par mortne2001 le 28/12/2018 à 16:03
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Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


RBD
membre enregistré
31/12/2018 à 13:52:28
J'ai essayé et insisté. Les atmosphères Prog ou vaguement Post-Punk, en effet, ne m'ont pas trop emballé sur ce coup-là. Mais je salue volontiers l'effort, ils contribuent à élargir les limites du genre.

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J'attends d'écouter ça avec fébrilité.
D'ores et déjà, un constat peut-être porté : La pochette est extraordinaire.


Ouaip... J'ai juste eu l'impression d'écouter x fois le même morceau. Même le batteur ne se fait pas chier et démarre les compos toujours de la même façon. Je passe mon tour sans regret.


(Quel naze ! Le nom exact de l'album est "Twilight Of The Thunder God", bien sûr...)