Depuis des années, AOR Heaven et Frontiers se tirent la bourre pour savoir lequel des deux labels à la mainmise totale sur le meilleur de la production AOR européenne. Alors, chacun y va de sa petite sortie, de l’anecdotique au majeur, des révélations aux groupes montés de toute pièce, mais considérant ce dernier facteur, autant dire que la maison de disque italienne de Serafino fait preuve d’une inventivité hors-norme. Il n’y a rien qui amuse plus le sieur Perugino que d’acoquiner des musiciens d’horizons similaires pour les faire travailler ensemble, dans le but avoué de produire des œuvres estampillées mélodiques jusqu’au bout de la nostalgie, et autant dire que le CEO fait preuve d’un sacré flair dans ses combinaisons. Généralement, ces dernières sont souvent évidentes, un producteur renommé, arrangeur et compositeur si possible (Alessandro Del Vecchio la plupart du temps, mais pas que), un guitariste ou un chanteur de combo capé, et la magie opère, la plupart du temps, pourvu que le nouveau duo concocté en studio s’entende suffisamment pour accoucher de chansons que les amateurs de Rock harmonieux vont dévorer des oreilles. Et il y a quelques années, l’enfant terrible de la production/distribution italienne a eu l’idée de faire se croiser Daniel Flores (ISSA, THE MURDER OF MY SWEET), arrangeur, compositeur et producteur, et Robbie LaBlanc (FURY, BLANC FACES), chanteur, certain que leur association allait donner lieu à la sublimation d’un style musical pourtant chéri par des milliers de musiciens dans le monde depuis les années 70. On pouvait craindre une fois encore le mariage blanc découlant sur une nuit de noces plutôt terne, mais la confiance aveugle qu’a Serafino en ses poulains a encore parlé, et le concept FIND ME s’est avéré plus que viable et porteur.

Deux albums ont donc vu le jour, Wings of Love en 2013 et Dark Angel en 2015, tous deux sevrés au Rock dégoulinant de mélodies entêtantes, et quatre ans après leur dernier travail commun, Daniel et Robbie ont remis le couvert pour se rappeler à notre bon souvenir. Et si selon Daniel, l’album ne fut pas des plus faciles à mettre bas, le résultat est encore une fois brillant, et proche des plus grands achèvements du genre. D’ailleurs, en bon promoteur qui assume sa tâche, Robbie nous a confié que cet Angels In Blue était de loin son préféré du triptyque, ce qui après quelques écoutes, et malgré le caractère obligatoire de cet enthousiasme de communication, apparaît comme une lénifiante évidence tant les treize pistes de ce troisième album sont d’une qualité extraordinaire, se payant même le luxe de sonner comme des classiques instantanés. Toujours articulé autour de la complicité entre le chanteur et son producteur/arrangeur/compositeur, Angels In Blue fait étalage de toute la science exacte de Flores, rodé à l’exercice de la composition millimétrée, et qui une fois encore est allé puiser au fond de son cœur les harmonies les plus séduisantes, évitant le côté putassier de ce genre de projet dont le but avoué reste de faire craquer les masses au son de chansons formatées, calibrées, mesurées au millimètre près. Néanmoins, et malgré le cachet classique apposé sur les treize morceaux de ce troisième album, malgré ces refrains entêtants, malgré ces guitares cristallines et ces chœurs angéliques, le temps à tendance à jouer contre nos deux alliés qui finissent par se montrer légèrement redondants. Et avec une heure de jeu à plusieurs, on repère quelques thèmes qui se répètent d’un segment à l’autre, des harmonies à peine modulées qui trahissent une certaine complaisance, mais heureusement pour le fan lambda, l’énergie développée et le soin apporté aux arrangements et à la production globale permettent de faire passer la pilule avec plus de facilité…La gourmandise étant un vilain défaut, les deux partners in music ont certainement fait preuve d’un trop grand appétit, et nous ont offert plus qu’on ne demandait…

En toute objectivité, il est néanmoins très difficile de se montrer formellement critique envers des chansons qui visent à chaque seconde la perfection. Mais en refusant de changer leur approche, et en utilisant souvent le même moule, Daniel et Robbie, même très bien entourés (Sören Kronquist - claviers, Philip Lindstrand - guitare, Johnny Trobro - basse et Michael Palace - lead & rhythm sur « Can’t Let Go » et « Only The Lonely ») s’empêtrent un peu dans la redite, et les quelques chapitres plus nuancés placés de çà et là font l’effet d’une gigantesque bouffée d’oxygène qui fait vraiment du bien. Ainsi, le très ensoleillé « Waiting For A Lifetime », plus malléable que le reste du répertoire nous permet de nous imaginer en pleine Californie, arpentant les rues plantées de palmiers à la recherche d’un amour perdu, alors que la reprise de SURVIVOR prend note d’un regard porté en arrière qui permet de se ressourcer à la base même du genre. Evidemment, les trois ou quatre premiers morceaux agissent comme autant de baisers posés sur nos lèvres, et de « No Tears In Paradise » à « Straight For Eternity », la magie opère à plein régime, nous renvoyant à nos jeunes années tout comme à celles de ces musiciens qui n’ont jamais trahi leur passion malgré les années qui commencent à s’accumuler. Mais quand on aime, on a toujours vingt ans, et c’est l’impression qui se dégage de cet Angels In Blue, qui en effet se pose comme suite tout à fait logique de ses deux aînés. Mais finalement, ce sont les morceaux les plus atypiques qui marquent les esprits, qu’ils augmentent un peu la pression ou qu’au contraire ils la relâchent, et « Can’t Let Go » de caracoler dans la mémoire comme un titre solo du regretté Jimi Jamison. La voix de Robbie est toujours aussi puissante et racée, et le backing band fait tout ce qu’il peut pour se tenir à la hauteur des deux légendes, même si ces deux dites légendes assurent à eux deux le plus gros du travail.

Un travail toujours aussi remarquable, avec des instants de tendresse, via le terriblement beau « One Last Kiss », qui rappelle que les FIND ME ne sont rien de moins que la synthèse quasi parfaite de la génération JOURNEY et de l’engeance W.E.T et ECLIPSE, avec en exergue cette faculté de durcir des harmonies douces pour les habiller d’un costume de cuir qui brille sous les lights. Pas grand-chose d’autre à signaler sur le front, puisque la méthode n’a pas vraiment changé depuis Wings Of Love, mais qu’elle s’est perfectionnée, au point de parfois atteindre une sorte d’apogée exempte de toute surprise et de prise de risques. On aimerait parfois que le duo ose s’enfoncer encore plus en terre Pop, ou au contraire qu’il laisse le Heavy exploser des enceintes, ce mi-chemin s’avérant parfois un peu trop circulaire pour nous mener en terre promise. Mais bien sûr, ceci n’est qu’un constat subjectif émanant d’un critique rodé à l’exercice de l’AOR de tradition, qui parfois regrette que des musiciens de cette pointure ne sortent pas un peu plus souvent de leur zone de confort pour nous surprendre, plutôt que d’y rester sans apprendre. Mais lorsqu’on peine à faire la différence entre deux morceaux successifs (« Living a Lie » et « Angels In Blue » en l’occurrence), c’est qu’il y a quand même un petit quelque chose qui cloche, comme un grain de sable dans la machine qui risque de la gripper avec le temps. Mais d’ici à ce que les rouages se bloquent, le projet FIND ME a encore quelques belles années de rendement devant lui, et Angels In Blue reste un album largement au-dessus de la mêlée, qui vous évadera de cette réalité concrète à la violence crue de plus en plus difficile à supporter.       


Titres de l'album :

                            1. No Tears In Paradise

                            2. Chain Of Love

                            3. True Believer

                            4. Straight For Eternity

                            5. Can't Let Go

                            6. One Last Kiss

                            7. Living A Lie

                            8. Angels In Blue

                            9. Show Me What You'd Die For

                           10. Waiting For A Lifetime

                           11. You Are The Only One

                           12. Desperate Dreams

                           13. Only The Lonely

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par mortne2001 le 05/06/2019 à 16:42
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pas le 27 Avril mais c est le 17 Avril voir site;
https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.