Angels In Blue

Find Me

22/02/2019

Frontiers Records

Depuis des années, AOR Heaven et Frontiers se tirent la bourre pour savoir lequel des deux labels à la mainmise totale sur le meilleur de la production AOR européenne. Alors, chacun y va de sa petite sortie, de l’anecdotique au majeur, des révélations aux groupes montés de toute pièce, mais considérant ce dernier facteur, autant dire que la maison de disque italienne de Serafino fait preuve d’une inventivité hors-norme. Il n’y a rien qui amuse plus le sieur Perugino que d’acoquiner des musiciens d’horizons similaires pour les faire travailler ensemble, dans le but avoué de produire des œuvres estampillées mélodiques jusqu’au bout de la nostalgie, et autant dire que le CEO fait preuve d’un sacré flair dans ses combinaisons. Généralement, ces dernières sont souvent évidentes, un producteur renommé, arrangeur et compositeur si possible (Alessandro Del Vecchio la plupart du temps, mais pas que), un guitariste ou un chanteur de combo capé, et la magie opère, la plupart du temps, pourvu que le nouveau duo concocté en studio s’entende suffisamment pour accoucher de chansons que les amateurs de Rock harmonieux vont dévorer des oreilles. Et il y a quelques années, l’enfant terrible de la production/distribution italienne a eu l’idée de faire se croiser Daniel Flores (ISSA, THE MURDER OF MY SWEET), arrangeur, compositeur et producteur, et Robbie LaBlanc (FURY, BLANC FACES), chanteur, certain que leur association allait donner lieu à la sublimation d’un style musical pourtant chéri par des milliers de musiciens dans le monde depuis les années 70. On pouvait craindre une fois encore le mariage blanc découlant sur une nuit de noces plutôt terne, mais la confiance aveugle qu’a Serafino en ses poulains a encore parlé, et le concept FIND ME s’est avéré plus que viable et porteur.

Deux albums ont donc vu le jour, Wings of Love en 2013 et Dark Angel en 2015, tous deux sevrés au Rock dégoulinant de mélodies entêtantes, et quatre ans après leur dernier travail commun, Daniel et Robbie ont remis le couvert pour se rappeler à notre bon souvenir. Et si selon Daniel, l’album ne fut pas des plus faciles à mettre bas, le résultat est encore une fois brillant, et proche des plus grands achèvements du genre. D’ailleurs, en bon promoteur qui assume sa tâche, Robbie nous a confié que cet Angels In Blue était de loin son préféré du triptyque, ce qui après quelques écoutes, et malgré le caractère obligatoire de cet enthousiasme de communication, apparaît comme une lénifiante évidence tant les treize pistes de ce troisième album sont d’une qualité extraordinaire, se payant même le luxe de sonner comme des classiques instantanés. Toujours articulé autour de la complicité entre le chanteur et son producteur/arrangeur/compositeur, Angels In Blue fait étalage de toute la science exacte de Flores, rodé à l’exercice de la composition millimétrée, et qui une fois encore est allé puiser au fond de son cœur les harmonies les plus séduisantes, évitant le côté putassier de ce genre de projet dont le but avoué reste de faire craquer les masses au son de chansons formatées, calibrées, mesurées au millimètre près. Néanmoins, et malgré le cachet classique apposé sur les treize morceaux de ce troisième album, malgré ces refrains entêtants, malgré ces guitares cristallines et ces chœurs angéliques, le temps à tendance à jouer contre nos deux alliés qui finissent par se montrer légèrement redondants. Et avec une heure de jeu à plusieurs, on repère quelques thèmes qui se répètent d’un segment à l’autre, des harmonies à peine modulées qui trahissent une certaine complaisance, mais heureusement pour le fan lambda, l’énergie développée et le soin apporté aux arrangements et à la production globale permettent de faire passer la pilule avec plus de facilité…La gourmandise étant un vilain défaut, les deux partners in music ont certainement fait preuve d’un trop grand appétit, et nous ont offert plus qu’on ne demandait…

En toute objectivité, il est néanmoins très difficile de se montrer formellement critique envers des chansons qui visent à chaque seconde la perfection. Mais en refusant de changer leur approche, et en utilisant souvent le même moule, Daniel et Robbie, même très bien entourés (Sören Kronquist - claviers, Philip Lindstrand - guitare, Johnny Trobro - basse et Michael Palace - lead & rhythm sur « Can’t Let Go » et « Only The Lonely ») s’empêtrent un peu dans la redite, et les quelques chapitres plus nuancés placés de çà et là font l’effet d’une gigantesque bouffée d’oxygène qui fait vraiment du bien. Ainsi, le très ensoleillé « Waiting For A Lifetime », plus malléable que le reste du répertoire nous permet de nous imaginer en pleine Californie, arpentant les rues plantées de palmiers à la recherche d’un amour perdu, alors que la reprise de SURVIVOR prend note d’un regard porté en arrière qui permet de se ressourcer à la base même du genre. Evidemment, les trois ou quatre premiers morceaux agissent comme autant de baisers posés sur nos lèvres, et de « No Tears In Paradise » à « Straight For Eternity », la magie opère à plein régime, nous renvoyant à nos jeunes années tout comme à celles de ces musiciens qui n’ont jamais trahi leur passion malgré les années qui commencent à s’accumuler. Mais quand on aime, on a toujours vingt ans, et c’est l’impression qui se dégage de cet Angels In Blue, qui en effet se pose comme suite tout à fait logique de ses deux aînés. Mais finalement, ce sont les morceaux les plus atypiques qui marquent les esprits, qu’ils augmentent un peu la pression ou qu’au contraire ils la relâchent, et « Can’t Let Go » de caracoler dans la mémoire comme un titre solo du regretté Jimi Jamison. La voix de Robbie est toujours aussi puissante et racée, et le backing band fait tout ce qu’il peut pour se tenir à la hauteur des deux légendes, même si ces deux dites légendes assurent à eux deux le plus gros du travail.

Un travail toujours aussi remarquable, avec des instants de tendresse, via le terriblement beau « One Last Kiss », qui rappelle que les FIND ME ne sont rien de moins que la synthèse quasi parfaite de la génération JOURNEY et de l’engeance W.E.T et ECLIPSE, avec en exergue cette faculté de durcir des harmonies douces pour les habiller d’un costume de cuir qui brille sous les lights. Pas grand-chose d’autre à signaler sur le front, puisque la méthode n’a pas vraiment changé depuis Wings Of Love, mais qu’elle s’est perfectionnée, au point de parfois atteindre une sorte d’apogée exempte de toute surprise et de prise de risques. On aimerait parfois que le duo ose s’enfoncer encore plus en terre Pop, ou au contraire qu’il laisse le Heavy exploser des enceintes, ce mi-chemin s’avérant parfois un peu trop circulaire pour nous mener en terre promise. Mais bien sûr, ceci n’est qu’un constat subjectif émanant d’un critique rodé à l’exercice de l’AOR de tradition, qui parfois regrette que des musiciens de cette pointure ne sortent pas un peu plus souvent de leur zone de confort pour nous surprendre, plutôt que d’y rester sans apprendre. Mais lorsqu’on peine à faire la différence entre deux morceaux successifs (« Living a Lie » et « Angels In Blue » en l’occurrence), c’est qu’il y a quand même un petit quelque chose qui cloche, comme un grain de sable dans la machine qui risque de la gripper avec le temps. Mais d’ici à ce que les rouages se bloquent, le projet FIND ME a encore quelques belles années de rendement devant lui, et Angels In Blue reste un album largement au-dessus de la mêlée, qui vous évadera de cette réalité concrète à la violence crue de plus en plus difficile à supporter.       


Titres de l'album :

                            1. No Tears In Paradise

                            2. Chain Of Love

                            3. True Believer

                            4. Straight For Eternity

                            5. Can't Let Go

                            6. One Last Kiss

                            7. Living A Lie

                            8. Angels In Blue

                            9. Show Me What You'd Die For

                           10. Waiting For A Lifetime

                           11. You Are The Only One

                           12. Desperate Dreams

                           13. Only The Lonely

Facebook officiel


par mortne2001 le 05/06/2019 à 16:42
85 %    382

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

De savoir que Rutan fait désormais partie du groupe éveil ma curiosité pour l'album, mais le morceau s'écoute et s'oublie une fois terminé. Certainement un résumé de ce que sera l'album a mes oreilles. 

25/02/2021, 15:58

Moshimosher

Intéressant, intéressant...

25/02/2021, 13:59

Arioch91

Le clip est juste insoutenable. Tellement que je trouve la zique de CC en décalage avec les images. Trop propre pour ce qui est montré. Mais je dois reconnaître qu'avec cette vidéo sur du trafic d'organes immonde, Canniboul fait fort, très fort. Pas pr&(...)

25/02/2021, 11:30

Arioch91

La voix est juste horripilante   Next !

25/02/2021, 08:56

Arioch91

Ca dépote ! Mais ça, je le dis souvent, j'écoute l'album et souvent, je finis par dire : next !Donc je vais pas m'emballer et écouter l'album plus en détails avant de me prononcer.

25/02/2021, 08:52

Humungus

Ah là oui !C'est effectivement très cliché dans le genre (ce qui reste quasi obligatoire d'ailleurs dans le style), mais effectivement, c'est largement au dessus de la moyenne pour ce qui est de la "clarté" de l'ensemble.Tr&e(...)

25/02/2021, 08:14

Humungus

Mouuuais...Au vu de vos avis dithyrambiques, je me suis donc penché sur ce bazar que je ne connaissais pas du tout :Je n'y ai absolument rien trouvé de ce que vous a fait frissonner les gars.Cela m'a fait penser à du Deathcore.J'avai(...)

25/02/2021, 08:10

Jefflonger

Très sympa à regarder cette vidéo, merci. De mon côté j'ai vu plusieurs fois le groupe en concert sans posséder les albums. L'erreur est réparée  et je les écoute maintenant régulièrement sauf sign of the d(...)

24/02/2021, 17:41

POMAH

C'est pas mal du tout. Cela manque un poil d'agressivité, mais y'a du bon la dedans.Cela me rappel Betray my secrets - Shamanic dreams. 

24/02/2021, 17:15

Gargan

Vraiment hâte d'écouter, en espérant un mix entre nostalgie et des riffs de qualité de l'époque plus récente.

24/02/2021, 13:02

RBD

En voilà qui ont mangé du Slayer quand ils étaient petits. On dirait du The Haunted.

24/02/2021, 12:10

Gargan

Vidéo sympa, bien que j'ai du mal avec le rythme et la lecture de notes. ça viendra.Scène découverte sur le tard, avec comme favoris le contamination rises de No return et le sublime dementia des Louds, symposium d'Agressor et signs of the decline vena(...)

23/02/2021, 18:42

Buck Dancer

Une petite mise en bouche avant la sortie d'un EP de nouvelles compos.... dans 4 ou 5 ans ? 

23/02/2021, 13:41

Arioch91

Massacra, un pote de bahut achetait des CD par palettes entières tous les mois.Il m'en passait quelques uns. J'en copiais certains sur K7 mais j'avais trop d'un coup. Aussi le premier Massacra fut vite passé aux oubliettes, comme malheureusement plein d&a(...)

23/02/2021, 09:17

Humungus

Je ne connais pas le groupe mais il est toujours triste que des fans de BLACK FLAG et de Suze se sépare...

23/02/2021, 09:10

Humungus

AAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!! !!! !!!J'en rêvais !!! Ils l'ont fait !!!En souhaitant effectivement que la légende perdure putain !

23/02/2021, 08:58

POMAH

Si c,est aussi bon qu'Iron Man, achat direct.

23/02/2021, 08:50

Solo Necrozis

Hâte d'entendre ça... Iron Man, c'était quelque chose.

23/02/2021, 08:06

Bones

Exact, encore du Thrash vendu au mètre. Maîtrise, codes bien présents... mais la magie n'opère pas non plus chez moi.

23/02/2021, 07:47

Bones

Ah merdum, dommage qu'ils cèdent à cette facilité là.  J'y jetterai forcément une oreille mais ça fera forcément moins tripper que des compos personnelles.   Manque d'inspiration ? Paresse ?Je suis en plein retour no(...)

23/02/2021, 07:44