Après l’or, l’argent. Logique, mais que cela ne vous incite pas à croire que les norvégiens d’URARV se contentent de jouer les éternels seconds. On pourrait le croire, eut égard au fait que ce trio soit à la base un side-project, mais pourtant, sa musique est largement assez riche pour mériter les lauriers réservés d’usage aux premiers, et le petit adage utilisé en préambule ne fait référence qu’aux titres des deux LP du groupe, les deux seuls produits depuis sa création en 2003. Quinze ans d’existence pour deux longue-durée qui n’en sont pas vraiment (à moins de considérer vingt-cinq minutes comme raisonnables pour un tel format), on ne peut pas dire que les originaires d’Oslo et Raufoss soient du genre productifs, mais comme ils sont toujours très occupés par leurs ensembles officiels, il n’est pas si étonnant qu’ils se fassent plutôt rares sous ce patronyme. Car nous retrouvons dans les rangs des musiciens bien connus de l’underground, qui évoluent ou ont évolué sous pavillon fameux, dont ceux de THE DEATHTRIP, THORNS, ZYKLON B, DØDHEIMSGARD, OLD MAN’S CHILD, TROLL, WHIP, SISTERS OF SUFFOCATION, DÖDSÄNGEL, THE TANTALIZOR, et bien d’autres que je ne listerai pas ici. Mais malgré ces CV plus que fournis, ne vous fourvoyez pas, le véritable maître d’œuvre reste le leader incontesté Aldrahn (THORNS, guitare/chant), secondé depuis 2013 par les lieutenants Sturt (TROLL, basse) et Trish (ELÄNDE, GESTALTE, HINSIDES, NIDVIND, NIGRUM IGNIS CIRCULI, SISTERS OF SUFFOCATION, batterie), qui depuis plus d’une décade mène sa barque alternative à son propre rythme, et qui attend patiemment d’en avoir un peu pour donner de sa personne.

S’il est assez aisé de situer sur une carte de l’extrême les protagonistes de ce concept, il est beaucoup plus ardu de le faire d’un point de vue stylistique. Si les racines et autres accointances des musiciens permettent de localiser en terre Black l’inspiration qui les guide, le rendu est beaucoup plus complexe qu’une simple brutalité en forme de défouloir. Svart Records, leur label finlandais ne se risque d’ailleurs pas au petit jeu des comparaisons, préférant laisser la musique parler d’elle-même, et si quelques sites de référence placent les URARV dans un créneau fourre-tout d’avant-garde, c’est plus par facilité que par réelle conviction. Mais concédons leur un réflexe somme toute assez naturel, puisque comme Aurum, Argentum ne nous facilite pas la tâche avec son mélange de Heavy, de Black, de Rock N’Roll et de Folk un peu expérimental sur les bords. Si le fond de l’air est très frais, et si l’hiver de leur mécontentement est glacial, leur instrumentation est plutôt chaude, et mouvante, ce qui empêche naturellement une labellisation trop formelle. On sent parfois que les harmonies amères et tordues nous entraînent sur la piste d’un Pagan Black un peu trop psychédélique pour être vraiment honnête, mais les idées contradictoires se télescopent à une telle vitesse qu’on attrape vite le tournis au moment de tirer des conclusions qui seront fatalement erronées. Le nom de VIRUS peut à la rigueur vous venir à l’esprit, d’autant plus que le chant bien barré d’Aldrahn évite les poncifs du BM le plus cru, pour se concentrer sur une dramaturgie digne d’un théâtre contemporain. Mais lorsque la musique en elle-même joue avec nos nerfs, et provoque des décharges d’adrénaline sévères, les sens sont altérés, et le jugement biaisé. Ainsi, une composition aussi farouchement inclassable que l’épilogue « Soloppgang » suggère un générique de fin de soap pour psychotiques nordiques en mal de private joke, la voix du guitariste/chanteur semblant résumer les turpitudes d’une famille norvégienne en proie aux attaques incessantes d’ours radioactifs pas vraiment amateurs de saumon. Dit comme ça, on pense à une grosse blague improvisée, mais le résultat est pourtant cohérent et probant, un peu comme si le VOÏVOD d’Angel Rat écrivait la bio des FINNTROLL après avoir abusé de buvards un peu trop détrempés. Si l’image vous sied, dites-vous qu’elle peut aussi s’accorder au reste de l’album, qui réfute tout principe de logique brutale pour souvent se carapater en terre inconnue, histoire de se planquer des idées trop reçues.

Mais un album aussi violent qu’il n’est créatif, et aussi amadouant qu’il n’est rebutant mérite tous les efforts que l’on pourra lui consacrer. Ainsi, la violence n’est jamais sacrifiée sur l’autel de la créativité, et l’entame (après la courte intro de rigueur) « Krakekjott » vous plonge immédiatement au cœur des débats, Aldrahn ne reculant devant rien pour tenter d’excentrer son art éprouvé. Ainsi, cette entrée en matière aussi brutale que viscérale s’amuse beaucoup d’une mélodie purement Folk amalgamée dans un contexte fortement Black, sans que l’un ou l’autre des aspects ne prenne le pas. Chœurs médiévaux et fantasques, riffs biscornus, rythmique évolutive, pour un voyage en terre du milieu qui grise, surprend, mais dépayse en jouant l’ambivalence d’une crudité bon enfant. Si les mélodies se veulent accessibles et joyeuses, elles ne tombent jamais dans la niaiserie ni la mièvrerie, et les interventions vocales d’un frontman véritablement possédé par son rôle (ses cris, grognements et gimmicks sont vraiment uniques) permettent de faire passer cette folie douce pour de la normalité décalée, propulsant ainsi ce deuxième album dans la catégorie des œuvres totalement inclassables, mais irrésistibles. Car au-delà de l’excentricité du propos, les compositions sont solides, les idées parfaitement crédibles, mais l’inspiration reste libre, dissonante, parfois irritante, mais toujours captivante, un peu comme un jeu de rôle dont le héros serait aussi le vilain à traquer jusqu’à la fin. Alors…Alors on siffle, on invective, mais on écrase les tympans de riffs typiquement nordiques (« Satori »), tout en les séduisant de moments de faux calme en arpèges maladifs et hypnose instrumentale (« Aurum »). Ebouriffant, tenant juste le bon timing pour laisser interloqué, Argentum pose les bases d’un Metal extrême complètement décomplexé, qui ose le ridicule qui ne tue pas pour devenir encore plus fort. Mais le talent indéniable d’Aldrahn crève l’écran, et permet à URARV de rester la curiosité précieuse qu’il a toujours été, comme un caprice sublime que l’on partage entre initiés.


Titres de l'album:

  1. Ahaman Inikad Mo
  2. Krakekjott
  3. Aurum
  4. Satori
  5. Sannhet
  6. Soloppgang

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par mortne2001 le 27/05/2018 à 18:22
90 %    310

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Dévorée par un gremlin géant, quelle horrible fin ! Plaisanterie à part ce n'est pas mal, et ce n'est pas typé Death latino.


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Et artwork excellent au passage ! Vivement !


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