Avec un nom de baptême pareil, nous étions en doit de nous attendre à la dernière sensation Post Hardcore underground, un truc du genre A DAY TO REMEMBER, FROM FIRST TO LAST ou FUNERAL FOR A FRIEND, mais au final, rien n’est plus inexact. Car en effet, bien qu’influencés par les sonorités du Post, les BUT THE SHADOWS HAVE FOES seraient plutôt du genre entité Darkcore sans concession, qui ouvre toutefois ses horizons à des influences externes.

Formé il y a peu (2016 ou 2017 selon l’absence totale d’informations), ce groupe énigmatique (pas de formation ni de photos à se mettre sous les yeux) s’épanche au travers d’un Crust vraiment sombre et nauséeux, parfaitement en adéquation avec son patronyme qui semble chercher dans les ténèbres des menaces encore plus inquiétantes que de simples silhouettes dans l’obscurité.

Et force est de reconnaître qu’ils les ont trouvées, et qu’ils nous prouvent leur existence au travers des neuf chapitres de ce premier longue durée, qu’aucune démo ou EP n’ont pris la peine d’annoncer.

C’est donc une sortie surprise venue de nulle part à laquelle nous sommes confrontés, d’autant plus que quasiment aucun site n’a pris la peine ni le temps d’aborder le cas pourtant très intéressant de cet Asabiyya. Si mes confrères de Dead Air At The Pulpit ont consacré un paragraphe à la sortie en question, ils sont bien les seuls isolés sur la toile à l’avoir fait. Ils en profitent d’ailleurs pour poser quelques comparaisons assez heureuses, citant les sempiternels ANCST, SYNDROMES, GEIST, et JUNGBLUTH comme points de repère, alors même que les natifs de l’Illinois parlent quant à eux de TRAGEDY, ARCHIVIST, FALL OF EFRAFA, ou THE SECRET en tant qu’influences notables.

Et admettons qu’avec ces noms en tête, vous avez de quoi aborder ce premier LP en toute quiétude d’analyse. Car le Hardcore DIY des Américains se veut aussi sombre qu’une nuit sans lune, et aussi Crust qu’il n’est Post Metal. On pourrait même parler sans avoir peur de se planter d’un genre de D-beat vraiment poisseux et ténébreux, si on omettait de prendre en compte les nombreux passages en downtempo qui viennent ralentir le rythme à intervalles réguliers.

En définitive, Asabiyya est plus grand que la somme de ses parties, et peut dériver Doom tout en accélérant Crust, sans jamais se départir d’une tonalité générale vraiment pessimiste et quasi nihiliste, utilisant la mélodie pour mieux la détourner de ses ambitions initiales.

Difficile toutefois de se montrer précis à l’égard d’un album plutôt compact, dont toutes les pistes s’enchaînent avec logique, dans une progression dramatique constante. Il faut d’ailleurs atteindre le cinquième segment pour que la tension se densifie, au travers d’un cathartique « V » qui ose enfin dépasser le cadre un peu restrictif des trois minutes, pour se répandre dans un Darkcore vraiment prenant. Les quatre premiers morceaux sont plus volontiers Crust, et semble avoir puisé leur inspiration du côté des côtes scandinaves, rappelant les meilleurs méfaits Crust/D-beat locaux, ceux-là même qui n’ont jamais tourné le dos au rigorisme et à la froideur du Death Metal local.

Il arrive parfois que tous les ingrédients soient mélangés au sein d’une même structure (« VI », aussi CULT OF LUNA qu’il n’est TRAGEDY, « I », entame Post Funeral Doom apocalyptique et triste comme un hiver sans fin), mais l’archétype d’amalgame est sans doute mieux représenté par le lapidaire et concentrique de violence « II », qui cavale sans montrer de signes d’essoufflement.

A partir de la moitié de l’album, les choses se compliquent et la direction se veut multiple, à l’image sonore de ce « VII », sorte de Death’n’Roll à touches Indus qui se débarrasse de tous les oripeaux trop ludiques et rieurs du style, et qui ménage quelques percussions assez bien trouvées. Mid tempo qui flirte avec le fantôme des UNSANE tout en admettant quelques accointances avec le poltergeist des REFUSED, sombrant soudainement dans un Post BM abrasif et désespéré à grand renfort de blasts déprimés, ce morceau semble vouloir indiquer que les BUT THE SHADOWS HAVE FOES sont beaucoup plus qu’un simple combo de Crust/D-beat supplémentaire, sans âme dépositaire.

Les riffs sont aussi épais qu’ils ne sont tranchants, se voulant parfois entraînants et attachants (« VIII » hurlante de trois minutes qui réconcilie le Hardcore originel avec tous ses descendants plus ou moins officiels), ou au contraire, pesants et déprimants (le final « IX », longue litanie ne déviant jamais de son thème principal et d’une solitude de ton insondable, comme un puits dans lequel on jette le corps inanimé des illusions harmoniques souillées).

En gros, le meilleur du pire des deux mondes, qui restent d’ailleurs à définir. Parfois Crustcore, parfois Doomcore, souvent maladif mais toujours ample, Asabiyya a les moyens de ses prétentions, et ressemble si on se réfère à sa pochette à un dernier voyage dans une forêt isolée histoire de mettre fin à ses jours de la façon la plus pitoyable qui soit.

Mais plus concrètement, ce premier album étale de belles qualités qui cherchent encore un chemin plus direct vers une personnalité aux contours bien dessinés.

Sans forcément dévier de leur volonté, les BUT THE SHADOWS HAVE FOES se présentent comme des outsiders sérieux aux diplômés de l’école nordique, et cherchent au plus profond de la nuit des menaces palpables plus effrayantes que celles que leurs collègues de la scène Post Hardcore US traquent depuis des années.

A vous de voir si la tristesse violente insondable de ce premier album reste supportable pour votre âme déjà bien abimée.


Titres de l'album:

  1. I
  2. II
  3. III
  4. IV
  5. V
  6. VI
  7. VII
  8. VIII
  9. IX

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 04/06/2017 à 14:29
70 %    356

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Dead Horse

Horsecore: An Unrelated Story That's Time Consuming

Затемно (zatemno)

В петле

Hollow Haze

Between Wild Landscapes and Deep Blue Seas

Nyss

Dépayser

Shit Life

Reign In Bud

Teleport

The Expansion

Alcotopia

It Hits the Spot

Pounder

••

Night Screamer

Dead of Night

No Sun Rises

Ascent/Decay

Vilest Breed

Live Fuck Die

Riot City

Burn the Night

Barbarian

To No God Shall I Kneel

Crypt Crawler

To the Grave

Forged In Black

Descent of the Serpent

Apotheosis Omega

Avoda Zara

Faruln

The Black Hole of The Soul

Xentrix

Bury The Pain

Necrodeath

Defragments Of Insanity

October Tide

In Splendor Below

Live-report - Impetuous Ritual / Ascended Dead / Scumslaught

Jus de cadavre / 14/07/2019
Death Metal

Napalm Death + A.C.O.D.

RBD / 12/07/2019
Black Metal Symphonique

Municipal Waste + Terror Shark + Dirty Wheels

RBD / 10/07/2019
Hardcore Metal

Live-report HELLFEST 2019 / Dimanche

Jus de cadavre / 07/07/2019
Hellfest Open Air

Live-report HELLFEST 2019 / Samedi

Jus de cadavre / 06/07/2019
Hellfest Open Air

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

Quasi tous les titres du premier album sont rejoués...
Miam miam !


Énorme album de violence musicale ! Merci pour la chro ;)
Ça me rappel un peu Phobia en effet, en plus bourrin encore !
"C’est simple, le tout à des allures de fête paillarde tournant très mal, avec deux mecs pas invités qui viennent pour tout picoler et tout ruiner, et qui lais(...)


"Napalm Death demeure un monument incontournable, qui ne déçoit jamais ses fidèles, ni ses valeurs"
Je pense d'ailleurs n'avoir jamais lu une critique négative vis à vis du groupe...
Et c'est de fait totalement normal !


Plutôt d'accord avec Satan, le prix est abusé et le titre est bon mais assez standard et de la part de 1349, j'en attend un peu plus. Et je dois avouer que le dernier album ne m'a pas emballé plus que ça...


le précédent album est excellent


Ouais... moi qui est un grand fan du groupe, je dois reconnaitre que la pochette est d'une incroyable laideur et que le titre est dans la continuité du (lamentable) précédent album. Qui plus est, le prix de l'objet est du pur foutage de gueule...


Une fois de plus, un excellent concert, joué par des musiciens passionnés malgré des conditions de tournée précaires !
Respect et merci à eux.
On en redemande.


Plaisir partagé cher L'anonyme....


La news qui vous met la banane pour la journée.
Vous venez d'embellir ma journée à un point inespéré. Merci beaucoup !


Pour donner quelques détails sur Vltimas, j’adhère vraiment à la musique mais j’ai vraiment du mal avec le visuel. David Vincent dans basse c’est pas trop grave, mais David Vincent avec sa belle couleur de cheveux, son chapeau et son attitude de faux méchant, j’accroche vraiment pas du t(...)


Merci pour le report toujours excellent !


@ Jus : je n'étais pas au courant de ces autres détails pour l'affaire MANOWAR, mais quoi qu'il en soit entièrement d'accord avec toi...sur toutes les lignes...


@JTDP : oui bien sur que Manowar n'a pas découvert ça la veille, les 6 mois de silence radio entre le groupe et l'orga le démontrent bien. Manowar, savait pertinemment avant même de venir qu'ils n'allaient pas jouer. Mais là encore, pour des questions de contrat, ils ne pouvaient pas annuler av(...)


@Humungus et Simony : ils ont été remplacé par SABATON, qui étaient restés sur site après leur show au Knotfest pour voir MANOWAR justement. Ils se sont spontanément proposés pour les remplacer. A noter que Leur chanteur s'est pété la voix la veille, du coup c'est l'un des gratteux qui l'a(...)


"Je n'ai pas vu passer le set même sans être fan, tellement le quintet illustre parfaitement ce qu'est le Thrash Metal, pour l'éternité, et non pas un simple phénomène de génération il y a une grosse trentaine d'années."
Je plussoie totalement. Municipal Waste sur scène c'est juste e(...)


"Soigner sa mort (…) JOY DIVISION"...
Putain Simony, si tu souhaites cette fin à tous les groupes cultes en pleine gloire, v'là l'hécatombe !
(sic)


Remplacés par personne, en tout cas à ma connaissance, on est d'accord... mais ce n'est pas grave, personne ne sera en mesure de remplacer IRON MAIDEN et beaucoup d'autres grands noms mais c'est ce qui les rendra intemporels et indémodables, on continuera à parler des albums aux nouveaux Metalhe(...)


Et pas vraiment besoin de le rappeler mais le tribunal ne prendra pas en compte un "manowar c'est des cons irrespectueux ! ". Ce qui rentrera en compte c'est les contrats signés entre les 2 parties.
Je rajouterai pour finir que ce serait tout de même très étonnant qu'un groupe (même eux,(...)


Ce n'est pas une question de boulette de l'orga (enfin selon mes infos qui je le rappelle ne sont "qu'une" des vérités), mais plutôt de chamboulement du programme "à cause" du Knotfest en fait. Qui a été annoncé bien après la présence de Manowar. Or il était convenu depuis le départ que M(...)


Que l'on dise MANOWAR dépassé, je peux le concevoir... Mais franchement, même si leurs derniers albums sont moins bons que par le passé, ils sont tout de même très loin d'être totalement pourris.
Par contre, dites moi je vous prie Sieur Simony, par qui ont-ils été remplacé ???