The Greater Evil

Coldcell

23/04/2021

Les Acteurs De L'ombre Productions

Quatrième album déjà pour le collectif suisse de COLD CELL, en neuf ans d’existence, et un passage chez nos frenchies des Acteurs de l’Ombre. Gérald a dû se réjouir de cette signature, puisque le groupe de Bâle est devenu une véritable institution avec les années, et pas seulement à cause de sa régularité de production. Fondé en 2012, le quintet a évolué, parfois changé de visage et de personnages, mais a gardé cette force intacte qui en fait le représentant le plus solide et créatif de la scène européenne. Et quatre ans après l’imposant Those, les suisses reviennent par la grande porte et avec un artwork superbe pour nous présenter The Greater Evil, qui de nos jours, pourrait être un concept imaginaire, ou une réalité sordide.

In (basse/claviers), aW (batterie), Ath (guitare) et S (chant), le noyau central du groupe, soutenu depuis 2015 par W4 et DmL aux guitares, continuent donc d’explorer une forme assez étrange de Black Metal atmosphérique, à mi-chemin d’une violence classique et d’une emphase beaucoup plus cryptique, et parfois, opératique, si tant est que ce mot puisse s’intégrer au contexte. COLD CELL présente cette nouvelle épitre avec une lucidité presque effrayante, acceptant le destin inéluctable de l’espèce humaine face à ses contradictions et son inconscience. C’est ainsi que le laïus accompagnant la campagne promotionnelle révèle de sombres mais réalistes desseins, qui servent la musique à la perfection :

The Greater Evil est un lourd déchirement, une ode au désespoir et à la futilité égoïste de l’humanité. Ce mépris insouciant pour la nature et sa propre humanité. Le sacrifice de l’espère humaine au nom d’un mal impérial. Nous sommes les avocats de notre propre extinction. 

Il est certain que The Greater Evil est une sacrée bande-son pour une extinction programmée. Sombre, implacable, épais, dense, cruel et lucide à la fois le quatrième album du quintet représente en quelque sorte un pinacle dans sa carrière, et l’acmé d’une philosophie développée dès 2013 et Generation Abomination. Les guitares, très unies dans les riffs les plus solides, savent aussi se séparer pour égrener des arpèges aussi acides que notre terre, bientôt infertile et brûlée par les pesticides et ce soleil vengeur. Le chant, toujours exhorté d’une façon monolithique, se veut l’oracle de désespoir d’une génération sacrifiée sur l’autel du profit, tandis que la rythmique, polyvalente et souple, permet aux thèmes de se développer en toute efficience. En résulte une œuvre vraiment terrifiante et belle à la fois, comme un testament écrit d’une main tremblante face à une dernière plaie.

Il est toutefois assez difficile et réducteur de résumer le parcours de COLD CELL en se contentant d’une simple étiquette Black Metal. Le Metal des suisses est extrême, bien sûr, évite les pièges du Post le plus lénifiant, mais en adopte parfois les postures mélodiques et contemplatives. Pour ne pas se montrer insultant envers le groupe, affirmons que ce quatrième album est un concentré de haine résignée, et d’une approche ténébreuse, mais sombre d’une colère sourde qui s’articule autour de morceaux très longs, et développés à outrance. La production, un modèle du genre, nivelle l’instrumentation par le haut, et nous assourdit d’un concert de riffs tous plus effrayants les uns que les autres, et après une étrange intro a cappella, plus inquiétante que rassurante, « Scapegoat Season » finit par nous assommer de ses BPM impossibles à décompter, et par les cris assourdissants de S. Tout est alors en place, dès les minutes secondes de l’album, et les ingrédients se répètent d’un titre à l’autre en subissant toutefois des aménagements différents. A la manière d’un NEUROSIS tourné BM, les COLD CELL nous proposent l’apothéose des itérations, en ayant recours à de longs passages mélodieux, économiques dans les harmonies, mais terriblement sournois.

« Those » continue sur la même lancée, entre Post-Hardcore pas vraiment développé, et musique extrême à la lisière de l’Industriel nauséeux. Les percussions sont tribales, étouffantes, en rouleau-compresseur ou métronome d’un compte à rebours mortel, tandis que le trio de guitaristes essaie toutes les approches pour trouver le bon ton. Il n’y a rien de vraiment novateur dans la philosophie des suisses, mais ce recyclage d’idées formelles permet parfois des débordements de puissance qui laissent sans voix. Ainsi, la reprise de « Those » est à peu près aussi montreuse qu’un cri du cœur de NEUROSIS, ou qu’une attaque de front des TERRA TENEBROSA. En constant équilibre entre la poésie et le chaos, le quintet ne se prive pas d’utiliser les codes les plus véhéments du Black Metal, pour les détourer et les dénaturer, histoire de servir son propos. La longueur est une composante essentielle de sa musique, avec des pistes refusant de passer sous les six minutes, à une occurrence près. En optant pour ce constant virage entre le fondamentalisme d’un BM moderne et la veulerie d’un Post contemporain mais pas dupe de ses défauts, The Greater Evil nous expose le pourquoi et le comment de la déliquescence d’une humanité qui n’a plus foi en elle-même depuis longtemps, et qui assumera ses vices jusqu’au bout.               

« Open Wound », et ses épouvantables arrangements de fond qui font penser à des cris inhumains émergeant d’un cratère de souffrance, est une épreuve à lui seul, S se tordant les tripes pour utiliser ses cordes vocales à plein, se posant en oracle hurlant son message aux quelques survivants.

L’album, définitif, mature et déprimé, dessine un avenir assez glauque, mais inévitable. Il est certain qu’en regardant les choses en face, il est impossible de ne pas l’envisager comme la B.O d’une obsolescence programmée, et d’une fin annoncée à grand renfort d’effets dramatiques. Mais la lucidité de l’instrumental, déviant, dissonant et incroyablement puissant, et les litanies éructées par un chanteur hors-normes en font une œuvre titanesque, bien loin des obsessions les plus floues de la scène BM la plus avant-gardiste. The Greater Evil est une épreuve pour l’auditeur, ne le cachons pas. Même si les pauses et accents mélodiques permettent de reprendre son souffle et de garder sa conscience à peu près intacte, les lourdes charges sans pitié nous éclaboussent de leur violence, et nous laissent au tapis, sonné pour le compte. Mais il faut parfois savoir accepter la douleur, pour en finir avec cet espoir vain que la race humaine finira bien par comprendre le pathétique de son attitude destructrice. 

Et en guise d’apocalypse, COLD CELL nous sert un épilogue à la St Jean, avec « No Escape », qui prend acte de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Avec sensibilité mais fermeté, The Greater Evil choisit le camp du diable, et se prosterne à ses pieds. Mais que faire d’autre ? 

 

                                                                                                                                                                                                       

Titres de l’album:

01. Scapegoat Season

02. Those

03. Open Wound

04. Armoured In Pride

05. Greatest Of All Species

06. Back Into The Ocean

07. No Escape


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par mortne2001 le 17/04/2021 à 15:35
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