L’ennemi est à nos murs. Combien de fois cette phrase a-t-elle été employée en temps de guerre, et trouve aujourd’hui un écho funeste dans le cœur rance des protectionnistes qui voient d’un mauvais œil les migrants affluer sur leurs côtes ? Mais l’ennemi après tout, est partout, là où on veut bien le voir, et surtout, le mieux est celui du bien. Cette maxime peut-elle se transposer à la vague nostalgique qui nous engloutit depuis plus d’une décade ? Telle ne serait pas l’opinion de ceux qui vénèrent des groupes comme POWER TRIP ou MUNICIPAL WASTE, les nouveaux guerriers de la cause ancienne, et certainement pas non plus celle de ceux qui vont découvrir le fulgurant premier LP des costauds ENFORCED. L’affiliation passéiste pouvant causer des erreurs d’interprétation, il conviendra de bien orthographier leur nom pour ne pas les confondre avec les ENFORCER, qui eux aussi adorent se retourner sur eux-mêmes pour loucher vers les 80’s. L’époque concernée est donc la même, mais les ENFORCED eux préfèrent s’enivrer des sonorités les plus agressives d’une décade qui a vu et chéri la naissance du Crossover, ce style à cheval entre Thrash et Hardcore, et que des gens très polis comme SUICIDAL TENDENCIES, EXCEL, LEEWAY ont contribué à populariser de leur vivant, et encore aujourd’hui. Par extension, et si vous êtes attentif, vous aurez remarqué que des noms plus que fameux sont déjà cités dans cette chronique, sans que je n’aie abordé le cas de la musique du jour. L’intention est délibérée, et j’ajouterai même l’argument promotionnel servant de tremplin à cet At The Walls. L’album qui reprend les choses là où SEPULTURA et les CRO-MAGS les ont laissées. Péremptoire ? Non, totalement vrai, et ajoutez ceci. Les choses reprennent là où SEPULTURA et les CRO-MAGS les ont laissées, et où SLAYER aurait pu les reprendre. Et vous avez la dernière inconnue pour résoudre cette équation.

Comprenez bien, et sans aucune prétention, j’ai la culture extrême idoine pour juger du potentiel d’une œuvre sans avoir à me référer à des avis extérieurs. J’avale auditivement des albums de Thrash vintage par dizaines de litres à l’heure, et je sais pertinemment lorsque la cloche de la singularité sonne à mes tympans. Et celle qui résonne comme un acouphène tenace après ces vingt-six minutes d’agression est d’une puissance assourdissante, et signale la fin de la complaisance et de la tolérance aveugle. En substance, ENFORCED est certainement la révélation la plus flagrante depuis l’invention du skate-board et la naissance de POWER TRIP, et ce premier LP est de ceux qui cognent tellement fort et si intelligemment qu’on en remise les derniers doutes au placard. Venant de Richmond, Virginie, ce quintet (Ethan Gensurowsky - basse, Alex Bishop - batterie, Will Wagstaff & Zach Monahan - guitares, et Knox Colby - chant), a déjà publié deux démos en 2017 avant de patiemment élaborer un répertoire bétonné, blindé, chargé en électricité et en hargne larvée, répertoire qui explose aujourd’hui de sa résonnance tonitruante et éclatante. Reprenant à son compte les recettes les plus élaborées du Crossover des années 80 (école LEEWAY et EXCEL donc), mais les boostant d’une férocité que le SEPULTURA le plus récent utilise toujours à bon escient, tout en traitant le tout d’une méchanceté Core à la CRO-MAGS, At The Walls est un concentré de violence musicale d’une intensité rare, et amplifié par une production qui creuse les sillons pour enterrer les cadavres trop médiums. Grave, rapide mais intelligible, puissant comme une calotte de Doc dans un pit en flammes, ce premier album est un modèle d’un genre qu’on ne déguste parfait que trop rarement, et l’ouverture/avertissement « Reckoning Force » en dit long sur l’attitude revancharde d’un groupe trop pur pour accepter les concessions.  

Evidemment, le tout est classique, mais tellement énorme qu’on reste bouche bée face à des allusions plus qu’appuyées entre une collaboration imaginaire entre SLAYER et les MAGS (« Skinned Alive »). Si l’instrumental se veut résolument Metal, le chant quant à lui adopte les inflexions Hardcore les plus rauques, et nous harangue sans pause, vociférant des lyrics qui n’en disent pas moins. Avec un duo de guitaristes qui connaissent le manuel Thrash sur le bout du médiator, et une section rythmique qui pilonne en écrasant, l’équilibre est parfait, et la densité incroyable. On se demande à quel moment les enceintes vont craquer face à cet assaut à faire tomber la Bastille un matin de juillet, et lorsque le tempo ralentit, c’est la tension qui monte et qui marie LEEWAY et Derrick Green (« Born Lost »), avant que le batteur n’envoie tout bouler Lombardo style, pour une accélération aussi justifiée que jouissive. Saccades, riffs lourds et suintants, breaks parcimonieux mais toujours pile au bon moment, structures simples mais pas simplistes, et surtout, un don particulier pour s’arrêter au bon moment, plus quelques coups de vibrato à la King, et le massacre est total, back to the future of the past, avec la colère comme seul étendard. Et quand les modulations n’ont plus cours, c’est l’ire dans la franchise qui prend le relais, pour un « The Heat », diabolique comme du SLAYER, mais aplatissant comme du SUICIDAL passé à la moulinette Harris Johns. L’amateur sait à quel point les variations sont difficiles dans ce style si pointu, et pourtant, ce premier jet se paie le luxe d’offrir à chacun de ses morceaux une vraie personnalité, qui permet de lier l’ensemble sans nier les individualités. Au détour d’une mélodie de biais, on reconnaît le SLAYER de South Of Heaven et Seasons in the Abyss (« Retaliation », copié, mais avec flair), mais par bonheur, les interludes nous éloignent des références trop marquées (« Brahman »).

Alors oui, l’ennemi est à nos murs. Un ennemi qui combat la trahison, la flagornerie déplacée, et qui conchie les similitudes un peu trop frappées au coin du mauvais sens de l’histoire. Un ennemi implacable, qui avance, qui détruit, qui grimpe et qui finalement séduit, mais un ennemi qu’il ne faut surtout pas sous-estimer dans l’éventualité d’une bataille rangée. Un ennemi qui ne choisit pas d’autre camp que le sien et celui de la qualité, et cet ennemi s’appelle ENFORCED. Et qu’il va être dur de l’affronter sans se prendre une peignée…

  

Titres de l’album :

                           1.Reckoning Force

                           2.Skinned Alive

                           3.Born Lost

                           4.The Heat

                           5.Retaliation

                           6.Brahman

                           7.At the Walls of Antioch

                           8.World of Pain

                           9.Civilized Mind

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par mortne2001 le 06/10/2019 à 14:31
90 %    116

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
07/10/2019 à 02:59:45
Tout simplement excellent ! Du thrash à baston qui fait du bien par ou il passe ! Le son, la cover bien DIY aussi, terrible.
La claque !

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J'aime et j'aime pas Machine Head suivant les albums, mais en live c'est très bon.


Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Excellente nouvelle


Arrêtez, merde, je me prends un sale coup de vieux à cause de vous ! ^^


Il était meilleur dans VIO-LENCE, c'est clair...


Achat obligatoire !! Même si je l'ai en vinyle d'époque, hé, hé...


AH AH AH !!!
Superbe vanne de quarantenaires effectivement...


Buck Dancer + 1.