L’histoire ne date pas d’hier. La preuve, puisqu’elle a commencé dans les années 90, en 1995 pour être plus précis, lorsque une brochette de musiciens s’est réunie sous la férule d’influences revendiquées, celles de l’époque évidemment, les NIRVANA, RATM, TOOL…Tout ça n’aurait pu être qu’une notule pour boucler la page « news » d’un magazine national, mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté des musiciens en question, qui une fois unis sous la bannière DYSFUNCTIONAL BY CHOICE ont utilisé leur talent pour avancer coûte que coûte, faisant fi des modes en vogue et autres coutumes d’adaptation. Pensez-y, plus de vingt ans à jouer une musique sans concession, le phénomène n’est pas si anodin que ça, et les formations pouvant se targuer d’une discographie aussi riche qu’originale ne sont plus vraiment légion dans notre beau pays. La plupart ont rendu les armes, marqué de longues pauses, fatigués de devoir lutter contre l’adversité, la désaffection, ou tout simplement la perte de motivation. Seulement, la motivation, les Dysby n’en ont jamais manqué, pas plus que d’inspiration. La preuve, puisque nous fêtons en 2018 la parution d’un nouvel album, qui du haut de sa demi-heure nous prouve que les parisiens en ont encore sous le coude. Pourtant, nous étions sans nouvelles depuis quelques temps, nous demandant même quoi faire face à ce silence, jusqu’à ce qu’Atomic Clock n’explose enfin sous la forme d’une pochette sobre, mais au message clair. Et quelle plus belle façon de déchirer le silence que de le découper en dix tranches d’humeurs cathartiques et de digressions quantiques, réduisant le temps à la portion congrue d’unité de mesure pas si fiable que ça…Certes, en vingt ans les influences ont inévitablement changé, tout comme l’optique, et l’attitude qui leur avait permis d’ouvrir pour des références comme WATCHA ou TRIPOD leur permet maintenant de partager l’affiche des PSYKUP au Trabendo, histoire de continuer la leur…

Et elle est belle cette histoire, racontée de cette manière, avec panache mais humilité. En choisissant de rester sur les traces de leur passé tout en regardant l’avenir, les DYSFUNCTIONAL BY CHOICE nous offrent le plus beau panachage entre HYPNO5E et les 7 WEEKS qu’il m’ait été donné d’entendre depuis très longtemps. Tout en gardant cet ADN les rendant uniques, les quatre instrumentistes (Francis Caste - batterie, Fabien Carouge - basse, Vincent Bertelin - guitare et Clément Masson - chant) ont aéré leur imaginaire pour se focaliser sur un univers aux teintes sombres, mais inondé d’une lumière aveuglante, transformant la colère en énergie positive pour tenter de garder espoir. On ne se débarrasse pas de ses habitudes comme d’un vieux manteau, et en optant pour un retour au format limité, les parisiens ont fait le bon choix, celui de la concision. Nous évitons donc ainsi les scories susceptibles d’encombrer une légende qui se suffit à elle-même, et cet album représente sans aucun doute le pinacle d’une carrière qui n’a jamais été entachée, et qui trouve aujourd’hui un éclairage nouveau. Il est toujours aussi difficile de les situer, ou de leur accoler une étiquette, à cheval entre Post-Hardcore et Metal moderne tendu et agacé, mais c’est justement ce flou artistique qui les rend si attachants, à mi-chemin les DEFTONES les plus alarmés (« Night Of Iron / Night Of Blood ») et des WHEELFALL soudainement plus concernés par les mélodies que par la façon de les torturer (« Saturn »). On sent que chaque note a été murement réfléchie, et que chaque son est fourni, justifiant chaque intervention de sa propre valeur, comme pour éviter une vacuité de fond. Et intrinsèquement, Atomic Clock pourrait bien être l’album le plus épidermique et paradoxalement le plus posé que vous pourrez écouter ce mois-ci.     

Ce qui provoque cette dualité, c’est bien évidemment cette construction évolutive, qui force la guitare à aller puiser au fond de ses riffs les thématiques les plus pertinentes, et qui oblige la rythmique à en épouser les ondulations, le tout sous la direction d’un chant qui se partage admirablement bien entre hurlements viscéraux et ondulations oniriques. Sans aller jusqu’à parler de « Progressif » stricto-sensu, l’art consommé des DYSFUNCTIONAL BY CHOICE tend vers une complexité de trame, retranscrite par un instrumental semblant couler de source. Et une fois encore, ils échappent à toute restriction en laissant leurs morceaux respirer sur la bonne durée, sans les étirer ni les concentrer. Ce qui peut nous donner des lacérations à vif immédiates empruntant autant à FUGAZI qu’à une hybridation Post-Stoner tentée par les REFUSED (« Invisible & Free », et ce son de caisse clair si matte qu’il en devient presque parfait), des poussées de fièvre lourdes et chaudes osant le pari d’un binaire pataud et d’arpèges acides (« A Lion’s Dance »), ou à des exercices en percussions majeures, qui nous ramènent aux saccades rigoristes de nineties qui cherchaient alors une porte de sortie (« Tempelhof »). En gros, un survol des époques qui ne renie en rien ses propres racines, mais qui les observe grandir en branches d’inspiration nouvelle, nous donnant alors une floraison rare, mais bien concrète. Les fleurs du mal de 2018 sont odorantes, et exhalent un parfum d’avenir pas forcément plus bercé d’illusions, mais au moins conscient de ses propres possibilités eut égard au passé, qui trouve ici un écho nouveau. Un écho gravissime, qui lie la basse et la guitare dans un même unisson tremblant, presque en instant volé (« Our First Embrace », qui prône le silence après une intro toute en puissance), ou un écho en volutes, transition Ambient d’un film qui déroule son intrigue absconse sous nos oreilles (« Our Last Embrace »).

Et en restant collé au thème de cette fameuse progression, les Dysby nous en offrent une splendide incarnation, via le traumatique « A Decade In a Night », qui distord le temps pour le rendre plus malléable, et apte à relier les pulsions rythmiques terminales des RAGE AGAINST THE MACHINE aux soubresauts électriques fatals des MASTODON. Et dans une ultime liaison, « Atomic Clock » s’achève donc par son propre nom, et nous offre une conclusion nous ramenant à la maison, celle que NINE INCH NAILS occupait lorsque Trent triturait les bandes mythiques des sessions de The Downward Spiral, pour un ultime intermède/épilogue aux sons tournoyants, et à la pureté flagrante. Que de chemin parcouru depuis les mid 90’s pour les parisiens de DYSFUNCTIONAL BY CHOICE. On les savait depuis très longtemps capables du meilleur, et ils nous l’avaient déjà prouvé à maintes reprises. Ce qu’on ignorait encore, c’est jusqu’où tout ça pouvait aller, ce qu’Atomic Clock nous explique aujourd’hui sans trembler. Une histoire qui ne date pas d’hier, et qui ne s’achèvera certainement pas demain, mais on a toujours vingt ans quand on oublie le temps.


Titres de l'album:

  1. Saturn
  2. Invisible & Free
  3. A LIon's Dance
  4. SSM 6
  5. Tempelhof
  6. Our First Embrace
  7. Our Last Embrace
  8. Night Of Iron / Night Of Blood
  9. A Decade In a Night
  10. Atomic Clock

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par mortne2001 le 31/03/2018 à 17:59
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Pas mal du tout en effet ! Old-school, brutal, bas du front. Combo !


chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


Humungus : +1
Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


Nefarious + 1.


Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !