On le sait, chaque sortie des Acteurs de l’Ombre est un évènement en soi. Le label de Gérald s’est forgé au fil des années et des parutions une réputation immaculée de noir, œuvrant à la gloire du Metal extrême français comme Adipocere a pu le faire à un moment donné. Outre le caractère élitiste (dans le bon sens du terme) de ses choix artistiques, la maison de disques a toujours mis un point d’honneur à peaufiner chaque entrée discographique en l’enrobant dans un packaging pointilleux, et parfaitement en adéquation avec le contenu. D’aucuns regretteront peut-être les options répétitives de ce format capricieux qu’est le split, mais entre les mains des Acteurs et de leurs artistes, cet art ingrat retrouve ses lettres de noblesse et s’extirpe de sa condition péjorative de compilation bricolée pour faire plaisir à deux ou trois parties. C’est ainsi que le mois de mai, après avoir accueilli les exactions partagées de TIME LURKER et CEPHEIDE nous livre dans la foulée une partition cosignée par deux des formations les plus éclectiques de notre belle scène française, DARKENHÖLD & GRIFFON. Un nouveau split donc, mais au titre qui évoque plus volontiers un travail partagé aux responsabilités conjointes. En choisissant de baptiser leur collaboration du titre énigmatique d’Atra Musica, les deux groupes ont donc voulu prendre leurs distances avec le prosaïsme du split, et offrir quelque chose de plus conceptuel et surtout, entier. Ce qui n’est guère étonnant au vu du parcours des deux groupes en question, qui depuis quelques années pavent une voie royale à un BM d’obédience médiévale et légèrement atmosphérique d’un côté, sans perdre de vue les fondamentales brutales du genre de l’autre.

Deux entités donc, pour un but commun. Partager une vision, des différences, et mettre en relation des optiques parallèles, mais clairement individuelles. D’un côté, les DARKENHÖLD, fondés en 2008 par Aldébaran (ex. ARTEFACT) et Cervantes, dans le but de jouer un BM empreint de sonorités médiévales. Pas farouchement opposés au format scindé, puisque leur carrière débuta avec deux splits en collaboration avec FHOI MYORE et NAASTRAND, les DARKENHÖLD étaient donc le choix idéal pour l’une des deux parties d’Atra Musica, spécialement après avoir écouté leur dernier long en date, Memoria Sylvarum, publié en 2017 et qui faisait suite à l’acclamé Echoes from the Stone Keeper, publié cinq ans auparavant. L’équité étant le maître-mot de cette sortie, les originaire de Roquefort-les-Pins nous proposent donc quatre morceaux, qui permettent à ce split de se conclure sous les meilleures augures. Le trio de base (Aldébaran : guitare/basse/claviers/chœurs, Cervantes : chant et Aboth : batterie) a fait appel à quelques musiciens additionnels pour enrichir ses textures (Alexis Bietti – flute, Clélia Joncour – violoncelle, Alexandre Lenoir – guimbarde et Aurélie Plonka – violon), et nous dérouler le tapis rouge de la création. Manquant d’inédits depuis deux ans, les fans seront donc ravis de retrouver les compositions d’Aldébaran, d’autant plus que le maître leur a réservé un accueil de choix. Seconds sur la liste, les DARKENHÖLD doivent donc faire front au déferlement de violence déclenché par leurs compagnons de route, et ne perdent pas de temps à assurer une transition évolutive. C’est donc avec le très nuancé « Marche des Bêtes Sylvestres » que le groupe entame sa partie, en ne changeant pas d’un iota son orientation artistique. On retrouve toujours ces parties Folk délicates, ces cordes qui tissent un canevas précis et fragile, ces orchestrations luxuriantes et ces nappes de chœurs désincarnés qui nous plongent dans un univers fantasmagorique, à la croisée des chemins entre la chanson de geste et le conte funeste. Acoustique riche pour frénésie saccadée, accélérations soudaines du tempo pour une cavalcade en terrain inconnu, le BM médiéval de DARKENHÖLD n’a rien perdu de sa singularité ni de sa force. Condensant son inspiration sous la barre des cinq minutes, le groupe garde en cohésion, et nous offre un aperçu des tendances à venir, toujours partagées entre ces lignes vocales âpres et éructées, et cet instrumental élaboré qui empêche justement le projet de sombrer dans la niaiserie bucolique gratuite. Les instruments additionnels, loin de jouer le rôle de figurants de luxe ajoutent à la richesse ambiante, spécialement lorsque l’ambiance se durcit (« Le Sanctuaire de la Vouivre »). Si les influences d’origine du groupe citaient DIMMU BORGIR, Guillaume De Machaut, SATYRICON, Gustave Doré, BURZUM ou Josquin Des Prés, on sent toujours cette pluralité et cette ouverture, sur « Les Goules et la Tour », à l’atmosphère sombre et oppressante, encore une fois grâce à des cordes très bien employées et en contrepoint d’une voix toujours aussi effrayante.

Mais avant d’en arriver à la dualité de DARKENHÖLD, il vous faudra subir l’ire de GRIFFON, qui une fois encore, n’a pas l’intention de mettre de l’eau dans son vin. Fondé fin 2012 par Aharon, et se revendiquant d’influences variées (Taake, Angantyr, Helheim, Enslaved, Menhir, Kampfar, Negura Bunget, Helrunar, Primordial, Windir, Aorlhac…), GRIFFON se veut ode à la noirceur de l’Histoire, du paganisme, des légendes et des traditions. Cette définition a déjà trouvé sa concrétisation sur un EP en 2014 (Wig Ah Wag) et un longue-durée en 2016 (Har HaKarmel), Atra Musica étant donc le troisième témoignage discographique du quintet (Aharon : chant, Sinaï: guitare/chant, Kryos : batterie, Dino : basse et Antoine : guitare/chœurs). Sans laisser traîner les choses, le groupe entame son chapitre par une leçon de brutalité de plus de neuf minutes, qui a le mérite de nous plonger dans les flammes sans nous laisser le temps d’enfiler une combinaison ignifugée. « Si Rome vient à Périr » est en quelque sorte la synthèse de la philosophie du groupe, qui puise ses racines dans l’underground, le Black Metal et la violence, tout en refusant de sombrer dans le paraître, le superficiel et la facilité. Formule toute faite pour certains, mais réalité musicale pour d’autres, ce que ce premier morceau évolutif et progressif confirme de sa confrontation entre blasts appuyés et tempi pilonnés. D’obédience classique, cette entrée en matière se situe dans le prolongement des œuvres antérieures du groupe, mais ouvre de nouvelles perspectives, à cheval entre le BM nordique le plus classique et son pendant français moins rigide. Riffs ténébreux et gelés, chant dur et au gros grain, pour une alternance entre passages mélodiques et accélérations fulgurantes, et c’est ainsi que débute sous un déluge de plomb cet Atra Musica, qui ne profite d’aucune baisse de régime puisque « Souviens-toi, Karbala » ne fait rien pour temporiser.  

Construit plus ou moins sur le même moule, en version plus synthétique, ce second chapitre continue d’enfoncer le clou dans le cercueil du BM édulcoré, sans glisser sur la pente de l’ultra-brutalité. Toujours prompts à insérer une mélodie amère dans leur contexte de brutalité, les GRIFFON citent la rudesse hivernale de BURZUM, mais aussi la grandiloquence harmonique de DISSECTION, avant de se laisser aller sur plus de huit minutes pour le très théâtral « Jérusalem ». Loin du mur des lamentations, ce titre profite d’une intro scandée d’une voix ferme pour se lancer une fois encore sur les traces d’un Black homérique aux nombreuses respirations, avant que « Interlude » n’assure le passage de témoin de ses trois minutes de claviers veloutés. Beau contraste offert par cet Atra Musica, qui une fois encore ne se contente pas de quelques morceaux balancés à la hâte, et qui dévoile un visage aux contours précis, mais aux détails contradictoires. Une façon d’appréhender la scène BM française par un prisme de pluralité, et encore une œuvre soignée proposée par les Acteurs de l’Ombre.


Titres de l’album :

Griffon:

                   1 – Si Rome Vient à Périr

                   2 – Souviens-toi, Karbala

                   3 – Jérusalem

                   4 – Interlude

Darkenhöld:

                   5 – Marche des Bêtes Sylvestres

                   6 – Le Sanctuaire de la Vouivre

                   7 – Les Goules et la Tour

                   8 – Citadelle d’Obsidienne

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par mortne2001 le 31/05/2019 à 17:01
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Merci beaucoup Ari91.
Je n'avais même pas été foutu de trouver moi même cet article sur le site officiel...
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