Mesdames et messieurs, ces musiciens sont quatre, ont entre vingt-quatre et vingt-neuf ans, sont beaux et fiers comme des cerfs dans la forêt, portent le cuir comme Marlon Brando dans L’Equipée Sauvage, et s’avèrent en plus de fins instrumentistes et compositeurs, ce qui ne gâche absolument rien. Car oui, chez Frontiers, on aime aussi soutenir la jeunesse, et pas forcément se reposer sur le bagage de vieilles gâchettes s’unissant sous des bannières diverses. Mais qui dit jeunesse ne dit pas naïveté, et ce quatuor venu de Zagreb en Croatie prouve que la valeur n’attend pas le nombre des années, et c’est ainsi que le leader/compositeur des ANIMAL DRIVE a connu sa première expérience scénique à l’âge prématuré de cinq ans. Dino Jelusic, au timbre chaud et velouté, et au lyrisme exacerbé n’a jamais arrêté de chanter, ce qui lui a permis de se faire embaucher par le mercenaire Paul O’Neill pour servir de frontman à la tournée du projet TRANS-SIBERIAN ORCHESTRA, ce qui en dit long sur le talent et le charisme du jeune homme. Via Paul O’Neill, Dino Jelusic a fait la connaissance de l’infatigable John Scott Soto, qui n’a bien sûr pas manqué de présenter le jeune prodige à Serafino, trop heureux de pouvoir rafraichir le staff de son écurie avec une nouvelle valeur montante. Mais si Dino reste le point de focalisation des ANIMAL DRIVE, il n’en est pas pour autant seul à la barre, et partage la navigation avec ses acolytes Keller (guitare, killer), Rokindja (basse martelée, et ex-FLASH), et Adrian Boric (batteur/cogneur réputé dans sa Croatie natale). Le quatuor se veut donc fier représentant de sa scène nationale et peut s’enorgueillir depuis sa création en 2012 d’avoir connu une trajectoire ascendante, qui se voit aujourd’hui sanctionnée par un LP aux contours chromés et au moteur gonflé. Car sans chercher la petite bête ou la corne d’abondance de créativité, les quatre musiciens savent s’exprimer dans un langage Hard n’Heavy aussi moderne que traditionnel, et fortement empreint de références classiques, que le groupe lui-même assume pleinement.

ANIMAL DRIVE selon sa bio, serait une créature hybride, suivant les traces des sillons creusés par le SKIDROW le plus Heavy (comprenez celui du chef d’œuvre Slave To The Grind), du WHITESNAKE le plus durci, le tout supervisé sur carte par un DREAM THEATER au ton léger, ce qui aboutirait à des capacités aussi Rock que Progressives, même si cette seconde option vaut plus pour la forme que pour le fond. On retrouve donc au sommaire de Bite ! une injonction, celle de mordre à pleines dents dans la vie Rock, mais aussi une jolie collection de morceaux faisant la jonction entre le passé et le présent, tout en lorgnant vers un avenir qu’on pressent plus que clément pour ces jeunes rebelles. De jeunes rebelles qui auraient tout compris à l’histoire de notre musique favorite, et qui en réciteraient tous les commandements avec application, au point de survoler trente ans de Hard contemporain pour en proposer une synthèse presque parfaite. Certes et j’en conviens, il est difficile de se montrer surpris par des chansons qu’on ressent plus qu’on ne découvre, mais cette façon d’aborder le style en totale décomplexion à quelque chose d’éminemment séduisant, un peu comme la morgue sexy affichée par les musiciens sur les photos promo. Mais en dehors de ces considérations somme toute superficielles et subjectives, Bite ! n’en reste pas moins une solide affaire de Hard Rock à l’aise dans ses baskets, et se voulant aussi démonstratif que humble. Premier point de focalisation, cette voix si chaude et agressive, celle de Dino, qui couvre un spectre d’influences assez conséquent, empruntant parfois les accents torrides de David « Slide it in » Coverdale, avant de titiller la corde hystérique d’un Sebastian Bach, pour mieux revenir aux certitudes matures d’un James LaBrie, sans manquer parfois d’évoquer la gravité macabre de feu Peter Steele. Un genre de caméléon vocal capable d’enfiler tous les costumes, en gardant son talent propre sous la pomme d’Adam. Il est donc plus difficile de décrire ce premier LP que de l’apprécier, puisque sur les onze morceaux proposés, peu se montrent indignes d’intérêt…Certes, les idées étalées sont parfois directement héritées des enseignements des aînés, et il est très difficile par exemple de ne pas voir en « Father », un legs du WHITESNAKE dramatique des 80’s agrémenté d’un surplus de puissance à la HARDLINE. Mais ce formalisme ne handicape absolument pas le projet, et lui confère même ce petit supplément d’âme qui nous fait tomber sous le charme de musiciens au verbe assumé et précis, qui font plus que jouer, et qui déclarent leur flamme à une musique qui n’en demandait certainement pas tant après tant d’années éclairées au chandelier…

Techniquement, chacun est à sa place et connaît admirablement bien sa partition, qu’il joue avec passion et application. Doté d’une rythmique infatigable mais variable, le groupe peut s’appuyer sur une complicité tangible entre un vocaliste vraiment habité et un guitariste méchamment survolté, qui à eux deux catapultent des compositions faussement simples, mais réellement flamboyantes et peaufinées. Et pour être totalement honnête, chaque morceau de l’album pourrait être un single en puissance, tant l’interprétation est habitée et chaque plan magnifié. Ne cédant jamais à la facilité, les ANIMAL DRIVE ont toujours un plan percutant à nous coincer sous la dent, ce que le très long et introductif « Goddamn Marathon » confirme d’emblée du haut de ses pourtant longues six minutes. Orgue emphatique, intro cybernétique, digne de l’entrée sur scène de Coverdale époque 1987, avant qu’un déluge de plomb de guitare ne nous tombe sur la tête. Riff moderne, pattern martelé, et envolées lyriques musclées, la recette est certes d’usage, mais réactualisée pour satisfaire les palais les plus difficiles. Constamment en opposition d’époques et de modes, les croates sont à l’aise dans tous les espaces temps, et tous les feelings leur collent à la peau, du Hard-Rock viril teinté de Heavy mélodique de « Tower Of Lies » qui n’aurait pas dépareillé sur un duo ECLIPSE/SKIDROW, au Hard-Rock civil de « Had Enough », illustré d’un clip nous offrant la photogénie de musiciens en conditions live. Mais si l’énergie reste leur bonafide favorite, la sensibilité montre parfois le bout de sa délicatesse, via « Hands Of Time » et ses carillons de guitare, ou par l’entremise d’un « Father » vraiment poignant et moderne dans ses arrangements. Piano évoquant la vague AOR des eighties, doublage vocal plein de ressenti, et emphase dramatique progressive, pour l’un des plus beaux fleurons du genre.

Une heure de musique qui aurait pu prendre des allures de remplissage, sauf que le constat est inverse. On a le sentiment que le groupe aurait pu nous refourguer un double album tant leur inspiration ne se tarit jamais, même lorsqu’elle chatouille le spectre de PANTERA dans un accès de rage (« Deliver Me », final épique qui réconcilie la vague Heavy/Hard des années 80 avec la violence sous-jacente de la décennie suivante), tout en payant son tribut au DREAM THEATER d’Awake, sans en avoir vraiment l’air. Et de petites crises de larmes vite séchées (« Carry On ») en velléités contemporaines secouées (« Fade Away »), ANIMAL DRIVE signe un album complet, qui confirme la réputation de ses membres comme acteurs d’importance de la scène actuelle, qui ne rechignent jamais à révérer leurs aînés pour mieux capitaliser sur leur propre vécu. Un disque qui sent la sueur, l’envie, la hargne, la mélodie, et qui profite d’un formalisme d’apparence pour s’enivrer de sa propre substance. Belle découverte de la part de Frontiers, pour un album qui prouve que l’écurie italienne a encore pas mal de talents sous le coude.


Titres de l'album:

  1. Goddamn Marathon
  2. Tower Of Lies (I Walk Alone)
  3. Had Enough
  4. Hands of Time
  5. Lights Of The Damned
  6. Time Machine
  7. Father
  8. Fade Way
  9. Carry On
  10. Devil took my Beer Again
  11. Deliver Me

Site officiel


par mortne2001 le 27/02/2018 à 17:25
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