A votre avis, quelle est la meilleure réponse à la question « pourquoi ? ». Si vous me dites, « parce que », vous avez gagné. Non, on n’a pas toujours à savoir pourquoi les gens agissent ainsi, pourquoi on tombe amoureux, pourquoi on pleure ou pourquoi les roses fanent plus vite cette année. Il suffit juste d’accepter le hasard, l’inéluctabilité des choses, la logique de la nature et des arts, l’illogisme des sentiments et le côté aléatoire de la raison pour peu que cette absence d’explication nous emmène ailleurs, qu’on se sente transporté. La musique évidemment, comme tout art, doit la plupart du temps se dispenser de « pourquoi », et se nourrir un peu plus de « parce que », ou de « je ne sais pas ». On ne demande pas à un album de vous expliquer par Do + 160BPM ses qualités et ses défauts, tout comme on ne demande pas à un ami pourquoi il est si empathique et lunatique à la fois. Non, on accepte les choses telles qu’elles sont, et si de temps à autres, un disque échappe à toute catégorie et vous frappe de plein fouet comme un coup de foudre d’été, autant s’en réjouir. Le processus est de plus en plus rare. Et je n’ai pas cherché à comprendre pourquoi le premier album des toulousains de DAMANTRA m’a enthousiasmé, puisque je l’ai ressenti tout de suite, dès les premières mesures de « Flying », et l’entrée en matière de la voix sensuelle mais puissante de Mélanie. Parce que le son global m’a saisi comme une évidence, parce que son parfum seventies prononcé sonne plus 2019 et crédible que les attitudes des nostalgiques qui pompent et repompent LED ZEPPELIN sans vergogne et sans imagination. Mais voilà que je tombe dans mon propre piège en accumulant les « parce que ». Je m’en excuse, mais si je peux me dispenser de justification pour écouter et réécouter Broken, il faut bien qu’en tant que chroniqueur, je vous explique les raisons de cette passion.

DAMANTRA vient donc de Toulouse, et n’existe pas depuis longtemps, même pas encore deux ans. Teddy (batterie), Robin (basse), Virgile (guitare) et Mélanie (chant) n’ont pas attendu les beaux jours du printemps suivant pour publier leur premier EP quatre titres, éponyme, que l’hiver 2018 a vu naître. En quatre morceaux, les quatre musiciens construisaient déjà leur propre monde, à part, coincé entre Rock bluesy, Hard Rock high on energy, Soul timide et Progressif conscrit, et fait de chansons en humeurs, s’imbriquant les unes après les autres avec une logique imparable. On sentait à cette occasion que le quatuor était bien plus qu’un simple groupe de Hard Rock de plus, qu’il était un groupe de musique amplifiant parfois ses motifs pour se rapprocher de la naissance des styles vraiment électrifiés, ceux popularisés par Beck, Page & Plant, SIR LORD BALTIMORE ou CACTUS. Mais on sentait aussi que leurs influences allaient au-delà de ce spectre un peu trop réduit, et qu’ils étaient capables de traîner sur les trottoirs de la Pop et de la Soul, comme l’indiquaient la guitare mutine de Virgile et la voix gracile de Mélanie. Et plus qu’une simple confirmation, ce premier album, est une transformation, une mutation, celle d’un ensemble en devenir qui est maintenant. Une nouvelle référence encore trop humble pour l’admettre, mais qui risque fort d’éclipser toutes les nouveautés à venir pendant un certain laps de temps. Mais comment en sont-ils arrivés-là ? En évitant justement de se demander pourquoi.

Je ne parlerai pas de chef d’œuvre, sinon, la barre serait placée trop haute et vous risqueriez de penser que j’ai perdu le sens commun. Et heureusement, il y a encore quelques petites erreurs sur ce disque longue-durée, des redites un peu maladroites, des approximations qu’on remarque à peine, mais juste assez pour laisser une marge de manœuvre. Mélanie pourra encore faire des progrès pour apprendre à domestiquer son vibrato et ses impulsions Soul, elle mâchera l’anglais avec un peu plus d’aisance, et criera avec plus de fermeté. Le son pourra s’épaissir lors des passages à pleine vapeur, les quelques longueurs inutiles pourront être réduites, mais en dehors de ces considérations, ce premier jet est d’une beauté trouble saisissante. On y sent l’envie de la génération des GRETA VAN FLEET, celle des DATCHA MANDALA, de s’approprier le vocable sacré des seventies pour le traduire avec son idiome de jeunesse, mais aussi cette volonté de ne pas se cantonner à un seul style pour le recopier à l’infini comme des lignes sur un tableau d’ardoise. On sent aussi une urgence, une rage dans les guitares qui rappellent à quel point elles devaient être libérées il y a quarante ans de ce carcan Pop qui les étouffait. On sent cette énorme basse dont le Stoner abuse, mais qui retrouve ici sa véritable place, ses lettres de noblesse données par John Entwistle ou John Paul Jones. On sent cette pluralité qui fait admettre à Mélanie une passion pour Melody Gardot sans qu’elle n’ait à se justifier de ses choix. L’insolence de ces musiciens qui respectent tout en imposant leur point de vue, sur ce terrible et groovy « Go Learn Respect In Hell », qui vous montre la porte des chiottes si vous avez le malheur de loucher sur votre montre. Des riffs qui en sont, et pas de simples prétextes, des rythmiques qui ne se limitent pas à un pilonnage systématique, ou à des syncopes Funk pour faire le malin. Mais plus simple que tout ça, on sent la passion, on sent l’envie, on sent…l’authenticité. Rien à perdre ? Non, et tout à gagner en plus. Pour vous comme pour eux.

On sent tout ça dès le burner « Kill Culture Kill Mass Power » qui prouve que Teddy sait se servir de ses baguettes et de ses pédales sans forcer. Un quickie qui donne la pèche, et qui rappelle la vague Néo-Stoner des années 2010, qui sublime les KADAVAR pour ressusciter un esprit ludique. A l’inverse, on le sent aussi sur l’humide et ombrageux « Close Your Eyes », blues-jazz que Mélanie sublime de sa voix un peu fragile, unissant dans un rêve les volutes de Katie Melua et le réalisme Rock de PRISTINE. En complément, on le sent également sur « Take My Hand », qui en six minutes justifie l’argument Progressif sans le galvauder, le substituant par le terme plus juste « évolutif ». Naviguant constamment entre puissance et décence, le quatuor s’autorise des pauses qui terminent la nuit dans un dernier baiser, toujours entre Blues et Jazz, l’un de leurs points forts, parmi tant d’autres. Impossible de résister à la délicatesse gracieuse de « Addiction », qui risque de vous rendre accro. Une fois encore, avec son timbre voilé et un peu cassé qui laisse filtrer des aigus poignants, Mélanie nous envoute de ses cordes vocales de cristal et d’acier. Un peu Kravitz, un peu sudiste à la GRAVEYARD, mais très humain dans le fond, comme toute émotion. Et puis, on se plie sur les genoux lorsque « Nightmare » nous casse les reins de son headbanging furieux, témoin du passage de témoin entre les anciens nouveaux et les nouveaux anciens, pour s’offrir un riff énorme à la FFF qui se crashe sur un shunt très malin. Le silence, et puis la voix de Mélanie, encore pour quelques dernières minutes acoustiques divines…

Je vous ai plus ou moins expliqué le pourquoi du comment, et je ne le regrette pas finalement. Parce que même si un jour vous voyez la fille de mes rêves et que je vous en dit plus sur sa fragilité, vous ne l’aimerez pas comme je l’aime. Et en écoutant Broken, vous aimerez vous aussi DAMANTRA, le mantra qui vous fait passer au septième ciel. Mais vous n’en parlerez certainement pas comme moi…       

 

Titres de l'album :

                          1.Intro

                          2.Flying

                          3.Kill Culture Kill Mass Power

                          4.Close Your Eyes

                          5.My Own Enemy

                          6.Take My Hand

                          7.Go Learn Respect In Hell

                          8.Addiction

                          9.Jealousy

                         10.Broken

                         11.Nightmare

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par mortne2001 le 22/04/2019 à 17:47
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