Quatre mecs cagoulés genre hold-up des caves de GHOST lors d’une nuit de la purge, une chanteuse aux longs cheveux qui elle s’affiche sans fard ni timidité, la bande est hétérogène, et le look attire l’œil. Et dans une époque régie par les dures lois du packaging et de l’image, on peut dire que celle-ci frappe les esprits, avant même qu’il ne s’affaire à déchiffrer l’énigme musicale. Cette dernière est d’ailleurs beaucoup plus facile à résoudre qu’il n’y parait, avec un minimum d’informations, et le hasard qui vous a peut-être fait croiser leur route cet été. Car derrière le sobriquet des THENOFACE, se cachent des visages et des instruments bien connus de la scène alternative française…Si le nom de SKIP THE USE vous dit quelque chose, vous savez déjà que Mat, leur ancien vocaliste, s‘est fait la malle pour partir en solo. Et si le destin du reste de la team vous intéresse toujours, sachez qu’au lieu de jeter l’éponge hors du ring, ils ont choisi d’y rester, en enrôlant comme figure de proue la talentueuse et flamboyante Oma Jali, déjà largement aperçue lors de la saison 5 du télé-crochet The Voice.

Soit, un backing-band qui a largement fait ses preuves sur scène comme sur disque, plus une chanteuse qui n’a pas les cordes vocales dans la poche de sa veste, égal un nouveau groupe qui n’a rien perdu de sa cohésion, et qui associe l’expérience des vieux briscards et la fraîcheur des jeunes loups. Le meilleur des deux mondes ? Des deux je ne sais pas, mais en quelque sorte, puisque les anciens fans du groupe précité et ceux qui ne les connaissaient pas risquent de s’unir autour d’un premier album à l’envie décuplée de ceux qui sentent qu’ils n’ont plus rien à prouver, mais qui le font quand même.

Et Chapter One prouve beaucoup de choses. D’une, que l’association entre les anciens et la nouvelle fonctionne du tonnerre, comme si l’alchimie avait été instantanée ou au contraire, résultait d’une expérience de plusieurs années. Les instruments sonnent toujours aussi percutants, malicieux, affamés, nerveux, tandis que les interventions au micro d’Oma sont justes, nuancées, adaptées, enragés, et en tout cas parfaitement en adéquation avec un Rock nerveux, moderne, sans être « Néo » quoique ce soit. Là est la gageure réussie par les anciens SKIP THE USE, qui ne renient en rien leur histoire, tout en regardant de l’avant, en bénéficiant par ailleurs d’une production remarquable, qui rend leur premier album hautement compétitif, et largement à la hauteur de leurs forfaits passés. Sans renoncer à leur approche simple d’un Rock alternatif délicieusement radiophonique, ils se permettent des incursions en terre Pop, sans paraître opportunistes, déplacés, ou simplement trop vieux pour oser singer les meilleurs tics de TEXAS par exemple (« Never Ever », un énorme hit single qui mériterait vraiment de tout casser, si les programmateurs n’avaient pas les oreilles bouchées), ou de pondre un tube parfait, pile calibré FM sur la durée, et pourtant, truffé de petites idées novatrices et chaloupées (« Fire », SKUNK ANANSIE se frotte à Fefe Dobson et aux SHAKA PONK, et en ressort grandi). Mais énumérer toutes les réussites de cet album reviendrait à commenter tous ses morceaux, qui varient, modulent, mais restent pertinents, et surtout, incroyablement entêtants. Il est incroyable de remarquer à quel point ces instrumentistes ont négocié leur virage, et remercions les d’avoir accordé leur confiance à cette chanteuse incroyable qu’est lady Jali, qui se montre à l’aise dans tous les registres, et qui ajoute même quelques gimmicks bien sentis à ses incarnations. Alors, la perfection ?

Elle n’existe pas, mais dans le style, qui n’en est d’ailleurs pas un, nous n’en sommes pas loin.

Certes, j’en conviens, les plus pointilleux couperont justement en quatre leurs cheveux pour remarquer que l’ensemble reste plus classique qu’aventureux. Loin de moi l’idée de les froisser, mais j’avoue me moquer de leur avis comme de celui de ma première chemise. Car au-delà du formalisme mélodique d’une composition comme « Orion », et ses chœurs bien placés sur fond de Pop-Rock léchée, c’est justement la capacité à transcender des structures éprouvées qui se dégage de ce Chapter One, qu’on sent comme prologue d’une très longue histoire à venir. A confronter l’élasticité de la Soul et du Funk soft dans un écart Rock pour en retirer un jeté de dancefloor équilibré (« Change, Change, Change », justement ne changez rien), ou à se sevrer de délicatesse harmonique pour oser des synthétismes rebondissant sur un Electro-Rock que même nos parents pourraient danser sans regrets (« Mascarade »), les THENOFACE n’ont peut-être pas de visage, mais ils ont une identité, déjà bien affirmée, qui leur permet de se frotter à un anonymat artistique qui pourtant cache bien des secrets rythmiques (« Let me Love You », ou comment faire valser les LITTLE MIX avec l’esprit frappeur des ORGY).

En gros, en détail comme en survol de salon/champ de bataille, sans chercher la petite bête bien cachée dans une discographie Punk-Pop-Rock énumérée sans bafouiller (« Transe », c’est bien l’état qu’il convient de nommer, pour une party irrésistible qui laisse les invités les chevilles foulées), ce LP marque de son sceau l’univers du Rock à tendance tout-ce-que-vous-voulez, sans qu’on éprouve le besoin de préciser que nos hôtes sont français.

On le sait, nous avons tous tendance au chauvinisme pas toujours bien placé, mais j’affirme sans balbutier mes compliments que mon jugement ne tient aucunement compte d’une quelconque affinité, ni d’une nationalité qui n’a que peu d’importance. Le quintette est explosif, et manie à merveille le riff plombé qui met l’ambiance (« Mermaid Chant », ou comment Oma charme les marins Hard-Rock que nous sommes de volutes vocales Soul, pour mieux les laisser s’échouer sur des récifs instrumentaux pointus à la LED ZEP), tout comme les textes dans une langue natale qui selon les spécialistes, s’accorde mal d’une agressivité même tempérée (« A Me Rendre Folle »).

Pourtant, en tentant les treize morceaux et le carton plein dès le premier tir, la marge de manœuvre était réduite, et l’exposition maximale. Mais loin de les montrer sous un jour roboratif, cette accumulation les présente au contraire comme de malins créatifs, qui placent même une fausse ballade sur celle qui nous mène vers l’éternel (« Time », le temps d’y penser, et on ne peut déjà plus l’oublier), et qui se moqueront aussi de toutes les rumeurs qui pourront émerger de cette réussite culotée (« The Rumor », pas vraiment FLEETWOOD MAC, mais plutôt réponse Groove Metal du tac au tac).

Et pour ceux qui resteraient encore sur leur faim, le quintette nous offre une fin qui justifie ses moyens, gentiment Punk, mais bondissante comme un lapin (« I’m Talking To You », et du coup, j’écoute).

Attendons donc les bla-bla. Trop « commercial », « buzz », et tout le toutim, des masques de carnaval pour un groupe monté de toutes pièces pour Halloween, qui surfe sur la vague pour nous vendre des planches de salut. Les THENOFACE s’en foutent comme de la soixantième répète de SKIP THE USE, qui n’est plus, mais qui continue de respirer quelque part au travers de leurs vues. Chapter One reste une entrée en matière décomplexée, qui déclenchera autant de poker faces que de sourires enjoués. Je préfère de moi-même me situer dans la seconde catégorie.


Titres de l'album:

  1. Fire
  2. I Am Over You
  3. Never Ever
  4. Orion
  5. Change, Change, Change
  6. Mascarade
  7. Let me Love You
  8. Transe
  9. Mermaid Chant
  10. A Me Rendre Folle
  11. Time
  12. The Rumor
  13. I'm Talking To You

Site officiel


par mortne2001 le 15/10/2017 à 14:38
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