Rien de surprenant à tout ça, ne jouez pas les effarouchées. On connaît le truc depuis Pierre Schaeffer dans les années 40, et puis Pierre Henry, François Bayle, pour les plus « académiques », avant que ne déboule Frank ZAPPA et ses mères de l’invention, accompagné de loin par Captain Beefhart, la scène arty française et les ART ZOID, le théâtre expérimental de CHENE NOIR et ALPES, les happenings, le VELVET, le Krautrock et la scène Novo allemande, les SUICIDE, PSYCHIC TV, THROBBING GRISTLE pour les plus révérés, et plus tard, la scène Noisy, les MERZBOW, John ZORN, PAINKILLER, FULL OF HELL, et toute l’armada cacophonique qui prend les messies pour des gens ternes. Alors ne venez pas me dire que le bruit, l’expérimentation, l’improvisation, et les mélanges incongrus vous sont inconnus parce que ça pourrait m’agacer. Vous pouvez ne pas aimer, mais vous connaissez. Et la technique est généralement la même. Entre les fans de bruit pur et simple, héritiers du mouvement No-Wave new-yorkais des années 70/80, qui triturent les sons et poussent l’exagération dans ses derniers retranchements, les dadaïstes qui à force de passer du coq Funk à l’âne Grind ont inventé le pont vers nulle part, et les abrités de l’arc-en-ciel qui pensent que les mélodies c’est pour les niais, la liste est longue, et je ne vais pas m’amuser à la compléter ici. Mais après tout, IWRESTLEDABEARONCE, KAYO DOT, THE NECKS, LITTLE TEETH, la fusion, les essais, repousser les limites, il faut en passer par là pour obtenir des œuvres complexes, mais tellement riches qu’elles continuent de se révéler des années après (cf/ Ornette Coleman, que tout le monde n’a pas compris à l’époque…). Free Jazz et Free Noise ont ceci en commun qu’ils ne recherchent que la liberté dans la cacophonie, une cacophonie cathartique et libératrice qui leur permet de s’affranchir des carcans Pop régissant le solfège grand public depuis les BEATLES. Fuck off, on fait ce qu’on veut, et qui m’aime ne me suive (surtout pas).

Moi, j’aime les THOSE DARN GNOMES, parce que comme Zappa, ils mettent des trucs complètement improbables sur leurs notes de pochette. Là pour le coup, les originaires de San Diego nous indiquent avec mansuétude que leur nouvel album résulte du processus « d’incorporation de techniques de composition algorithmiques dérivées de la culture de la moisissure ». En gros, les mecs ont admiré le travail de Flemming, sauf qu’au lieu de découvrir la pénicilline, ils ont découvert le Free-Death-Jazz horrifique et légèrement babos sur les bords. Depuis leurs débuts, admettons que les marsouins ont tout fait pour se faire détester. Une musique impossible à aimer, qui emprunte à l’opéra ses dérives lyriques, au Jazz ses structures chromatiques, au Death Metal son sens de l’emphase bruitiste, et au Noise ses excuses pour parfois faire parfaitement n’importe quoi. Ces premiers disques, dont le traumatique The Years en 2015, donnaient le sentiment d’avoir été enregistrés par des paranoïaques bloquant la porte de leur garage pour empêcher les aliens d’entrer, tout en captant le son produit par leurs instruments sur un vieux Nokia au micro bien fatigué. Osons le dire, c’était totalement inaudible, et personne ne vous en voudra d’admettre avoir fait l’impasse dessus (au prétexte évidemment que vous les avez connus en temps et en heure, ce qui est déjà moins probable). Calling Whitetails to a Tuned Bow, dans les faits, est presque mainstream au regard des canons de beauté et de compromission des THOSE DARN GNOMES. Le son est déjà beaucoup plus acceptable, et disons-le - professionnel - et les compositions qu’on imagine globalement improvisées offrent parfois des moments de calme structurés, durant lesquels on peut percevoir une mélodie de basse massacrée par des percussions africaines jouées par des épileptiques. D’ailleurs, pour être bien sûr de ne pas vous manquer dès les premières secondes, les musiciens ont pris grand soin de placer en ouverture le bordélique mais champêtre « Birds », qui évoque en effet avec beaucoup d’exactitude les ravages de la grippe aviaire sur les oiseaux des champs, pendant que les vaches paissant à côté se tordent de douleur sous les effets de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Cinglés ? Oui, mais le pire, c’est que ça tient la route comme le « Revolution 9 » de Lennon repris par les DEVO avec WEATHER REPORT en guest.

Je ne vais pas vous mentir, si vous êtes un metalleux pur et dur, si d’aventure vous vous laissiez parfois aller au Rock, voire si vous admettez des pêchés Pop en bonne et due forme, cet album n’est résolument pas pour vous. Il est aussi abscons qu’un délire des GONG complètement défoncés apprenant des song-books de Lydia Lunch rédigés par un aveugle/sourd/muet, mais il présente une caractéristique rare pour ce créneau si chargé du Free Jazz Noise. Il est intéressant. Loin de se contenter de balancer des bruits épars en soutenant une quelconque rythmique héritée d’un album inédit de Sun-Ra ou Peter Brötzmann, il propose justement des constructions évolutives qui peuvent fasciner les plus téméraires d’entre vous, notamment sur cet introductif « Birds » qui donne le sentiment d’avoir été enregistré pendant une jam session de GRATEFUL DEAD perturbée par John Zorn et Mick Harris en traquenard. Et certes, dès « Hall », les choses se gâtent, comme semble l’indiquer cette intro de guitare/basse/batterie sombre et dissonante. On tombe vite dans le collage de sons, erratique, mais encore une fois miraculeusement prenant, qui rappelle les techniques de bidouillage de bandes de la fin des années 60, et les errances de THROBBING GRISTLE, seul groupe a vraiment mériter l’étiquette de « musique industrielle ». On pense à certaines pauses d’EINSTURZENDE NEUBAUTEN, à des singeries de l’écurie Ipecac, à une régurgitation en plein après-midi de Mike PATTON après une rencontre avec les japonais de C.C.C.C, et le chaos finit par devenir pénétrant, comme un vortex menant sur une autre dimension, dans laquelle l’harmonie n’a plus droit de cité. Amalgame de pirouettes rythmiques, de boucles de basse qui foncent en circonvolutions épisodiques, de hurlements presque Gore sur fond de litanie vocale féminine éthérée, le tout soudainement brisé par une envie de laisser les machines faire le reste. Le reste ?

« A Cliff In Our Garden », joue la fourberie même pas de Scapin avec son entame en mélodie hantée masculine, qui laisse à croire que la poésie va s’imposer, mais très vite, l’illogisme reprend ses marques. Guitare qui souffre, crescendo de feedback, de frappes erratiques, pour une espèce de Garage Noise pas plus complaisant, mais presque…abordable. On pense à Diamanda Galas perdue dans les limbes des SWANS des débuts ou en duo avec THE BIRTHDAY PARTY, quelque part à Manhattan, et en lisant les notes, on se rend compte que les quatre de base (Mark Steuer, Christian Molenaar, Russell Case, Bryon Wojciechowski) ont été secondés dans leur lourde tâche par une myriade de participants (Lucas Broyles – guitare, Tall Can – melodica, Cindy Elizondo – piano, Ken Fitzgerald – trompette, Doug Hall – cor d'harmonie, Willie Marshall – chant, holy! – guitare/chant, Queen Erika Andrews – violon, Mortal Bicycle – banjo, basse, concertina, harmonica, Erin Monaghan – clarinette, trompette, Noah Souza – guitare, Raphael Tosti – percussions, Katie Walker – violon, chant), ce qui explique peut-être le cela du volume sonore ambiant et de la richesse des textures. D’ailleurs, et puisqu’on en est là, je ne prendrai même pas le temps de vous parler de « The Frail Stag (Vanity Sounds the Horn and Ignorance Unleashes the Hounds Overconfidence, Rashness, and Desire) », le dernier morceau, même si je peux en dire que les hurlements sont aussi horribles que ceux de FULL OF HELL repris par Chris Barnes. Mais le plus simple et savoureux en fait est peut-être de demander l’avis du père de Bryon Wojciechowski qui déclare (prétendument) à propos de Calling Whitetails to a Tuned Bow :

« Ça sonne comme si j’étais mort et qu’on m’avait envoyé en enfer ».

Pas mieux.

 

Titres de l’album :

01 Birds

02 Hall

03 A Cliff In Our Garden

04 The Frail Stag (Vanity Sounds the Horn and Ignorance Unleashes the Hounds Overconfidence, Rashness, and Desire)


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par mortne2001 le 09/02/2020 à 18:42
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Pas mal du tout ça !
La production est excellente, très organique, proche d'une captation live mais restant fine et précise ! Ca promet.


L'artwork est l’œuvre d'un certain Jibus


Intéressant, on pourrait savoir qui a fait l'artwork? il est magnifique et je trouve dommage que les crédits des artistes ne soient que rarement mentionnés alors que c'est eux qui fournissent le contenu.


Tu nous feras deux pater et trois avé en pénitence.


J'avoue avoir utilisé la désignation d'Encyclopaedia Metallum sans chercher à vérifier tellement j'ai confiance en ce qui y est mis habituellement.


Dimmu Borgir en PLS ! Impressionnantes les orchestrations, et pourtant je ne suis vraiment pas client de Black sympho !


J'aime toujours Revenge, mais je trouve que le groupe a sacrément perdu de son aura malsaine et dérangeante aujourd'hui... Trop d'albums et surtout trop de live selon moi, ça perd en "mystère"... Après c'est toujours bien bestial et nihiliste comme on aime, mais bon. Enfin ce n'est que mon avis(...)


Effectivement pire mascotte de tous les temps.
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Bien plus Grunge que Sludge Doom ce truc...


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Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.


Et bien... quelle chronique Mr Mortne une fois de plus !
Un album pas encore écouté pour ma part, mais j'ai limite l'impression pourtant, tellement on en entend parler partout. J'y jetterais une oreille certainement, en asseyant de faire fi des polémiques l'entourant.


Ah ah ah !!!
C'te pochette est juste géniale bordel !