Lorsque ce cher Hershell Gordon Lewis a éclaboussé les écrans des drive-in des Etats-Unis de son Blood Feast, personne n’a vraiment rigolé, à part lui. Cette petite pelloche destinée selon lui au « public de bouchers du sud » fit scandale, à tel point que nombre de véhicules quittaient les pelouses bien avant l’apparition du mot « fin ». Sans compter les petites amies tombant dans les pommes au spectacle de ces démembrements sur fond de regards louches exorbités, et des hectolitres de faux sang fabriqué maison, et généreusement appliqué sur les fausses blessures de mannequins de plastique agrémentées d’un rab’ de bidoche bon marché. Bref, le Gore était né, et le reste de l’histoire horrifique en fut marqué à jamais. Il aurait pu en être de même à la fin des années 80, dans le New-Jersey, lorsqu’on combo local lâcha sur une foule crédule ses premiers jets de bile, mais le destin étant souvent chafouin et peu enclin à laisser le destin se reproduire pour une simple raison de métonymie, l’évènement ne trouva pas écho dans la carrière des BLOOD FEAST de Bayonne, qui n’a rien à voir avec notre sud de la France. Il faut dire qu’avec une distribution signée New Renaissance, et un potentiel limité, les BLOOD FEAST n’avaient pas toutes les chances de leur côté, à tel point qu’il leur fallut attendre des années avant d’acquérir enfin le statut de groupe culte/maudit, aux albums recherchés et honorés, à tel point que Kill For Pleasure se négocie aujourd’hui dans son édition d’origine aux alentours de cent dollars. Belle revanche pour un groupe à part, dont un seul membre d’origine est toujours au poste, ce cher Adam Tranquilli, guitariste de son état qui n’a jamais renoncé à y croire et qui a eu bien raison. Et entre deux reformations pour le fun et quelques concerts, le vaillant six-cordiste a réussi avec la manière à entériner le comeback de son groupe fétiche, qui en 2007 a signé un contrat longue durée avec le malin pour rester dans la course.

Et entre des compilations lâchées à la hâte, et un nouvel LP paru l’année dernière (The Future State of Wicked, recommandable et toujours commandable), BLOOD FEAST est enfin redevenu l’entité malfaisante que l’on connut presque par procuration (leurs albums n’ayant jamais bénéficié à l’époque d’une distribution globale en dehors d’épisodes en Allemagne et aux Pays-Bas), et nous refait avec un sadisme bon enfant le coup de Chopping Block Blues, soit un développé/couché de Thrash bestial fleurant bon la nostalgie des eighties pas encore agonisantes. Et puisque les malandrins de Hells Headbangers leur ont offert un traitement aux petits oignons, les bougres au line-up renouvelé (Tom Lorenzo - basse et Chris Natalini - chant depuis 2010, CJ Scioscia - guitare depuis 2014 et  Adam Kieffer - batterie depuis 2017) en ont profité, et nous jettent en plein visage un nouvel EP, ce Chopped, Sliced and Diced qui ne fait que continuer le travail entrepris il y a plus de trente ans, avec une jouissance indéniable et une aisance insolente. Mais autant vous prévenir tout de suite, cette nouvelle tranche de vie à la mode mort n’a pas grand-chose d’inédit, puisque les cinq titres studio proposés sont en fait des réenregistrements de classiques du groupe, et un panaché relooké de quelques morceaux des deux premiers albums. Pas de quoi fouetter un chat ou déculotter une vierge donc, puisque les fans de la première heure connaissent déjà ces chansons par cœur, mais le procédé permettra aux nouveaux fans de découvrir un pan de l’histoire du regroupe remis au goût du jour, et bénéficiant en sus d’un traitement très respectueux puisque pas filé à n’importe quel clampin venu.  

C’est en effet Joel Grind, de TOXIC HOLOCAUST qui s’est chargé du mastering de ce nouvel objet, et comme d’habitude, l’homme et le fan ont fait un très bon boulot. On redécouvre donc d’anciennes compos avec un regard auditif neuf, et autant dire que ces cinq crachats électriques n’ont rien perdu de leur pouvoir d’attraction en se mettant au diapason. Il reviendra aux die-hard de juger de la pertinence des choix du tracklisting, mais comme les œuvres de BLOOD FEAST ont toutes ce caractère universel de Thrash débauché et ordurier, les cinq entrées privilégiées pourront parfaitement faire office au choix de :

Trou normand en attendant la suite des évènements

Petit en-cas en attente de se plonger dans la discographie intégrale de ces marsouins

Cale-meuble pour une comtoise un peu branlante.

Ceci étant dit, ne cachons pas notre plaisir, puisque la formation actuelle à vraiment l’air de s’éclater, et que la cohésion est de mise. Et pour les néophytes, sachez que vous vous apprêtez à découvrir l’un des groupes les plus biscornus de la vague Thrash underground US des années 80, qui ne s’embarrassait pas de préoccupations techniques et qui fonçait dans le tas, sans verser dans les excès d’un Thrashcore un peu limite niveau éducatif. Alors oui, ça mule, mais raisonnablement. Les riffs sont gentiment circulaires, la rythmique appuie mais n’enfonce pas le clou, les soli sont soit inexistants, soit balbutiants, et les textes évidemment concernés par les aspects les plus sociaux des relations humaines. Alors, de la torture, de l’horreur, de la friture, mais de bon cœur et l’esprit rieur puisqu’il n’est pas question d’effrayer, mais bien de distraire. Et c’est ainsi que les BLOOD FEAST rejoignent spirituellement les aspirations ludiques de leur ancêtre Gordon Lewis, qui lui aussi pratiquait son art avec la sincérité d’un marchand de tissu du marais, pas dupe, mais heureux de pouvoir procurer quelques plaisirs coupables à son public.

J’ai donc beaucoup parlé, mais j’ajouterai quand même que cet EP nous permet de découvrir le groupe en conditions directes à Osaka, pour un festival de furie sonore qui a dû rendre les japonais hystériques, et que le tout en vingt-cinq minutes fait beaucoup de bien, sans aucune prétention. Et si Kill For Pleasure ne sera jamais Pleasure To Kill, rien ne vous empêche de célébrer l’un des combos les plus attachants de sa génération. Youpi.  

 

Titres de l’album :

                      1.Concubine  

                      2.Hunted Stalked and Slain

                      3.Darkside

                      4.Chopping Block Blues

                      5.Chemically Imbalanced

                      6.By the Slice [live in Osaka]

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par mortne2001 le 07/01/2019 à 17:54
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

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