Claiming Supremacy

Game Over

17/11/2017

Scarlet Records

GAME OVER ? En effet, pour certains, la fin de partie n’est pas loin, celle d’une humanité qui a laissé de grands et dangereux enfants s’amuser avec des jouets beaucoup trop meurtriers. Notez que ce genre de constat s’effectue à intervalles réguliers, mais qu’il est aujourd’hui encore plus d’actualité, avec les gros tarés qui nous gouvernent, et qui en pleine crise humanitaire et environnementale continuent de se focaliser sur leurs crises d’ego et leur capitalisme outrancier. L’Italie est d’ailleurs très bien placée pour en parler, secouée il y a quelques années par une crise qui avait bien failli l’avaler, gangrénée par la corruption, la Mafia et ses solutions drastiques, et ce chômage galopant qui n’en finit plus d’avaler les derniers rêves de croissance. Et quelle autre musique que le Thrash pour servir de bande-son à cette apocalypse programmée, qui nous entraîne jour après jour dans les sillons d’une désolation que nous ne pourrons éviter, même en mettant un ultime coup de rein pour éviter le grand fossé. Les coups de reins, les italiens de GAME OVER connaissent bien, eux qui en mettent régulièrement pour nous faire headbanguer et pogoter de leur son typique hérité des meilleures productions US de trois décennies passées. Les amateurs les connaissent déjà par cœur, puisque nos amis transalpins alignent les cartouches au petit matin depuis 2008, et se sont permis de sortir par moins de trois longue-durée, For Humanity en 2012, Burst Into The Quiet en 2014 et Crimes Against Reality en 2016, de qualité égale et prononcée. J’avais d’ailleurs abordé leur cas dans nos colonnes cette année, en traitant du cas d’un mini LP assez mal équilibré, Blessed Are The Heretics, qui piochait dans le vieux pour tenter de tailler le neuf, et qui se contentait de relectures dans la langue natale et de live pour occuper le marché, mais je savais que j’allais croiser leur chemin à nouveau sans avoir à me lever tôt.

C’est chose faite, puisque aujourd’hui je me penche sur leur dernière exaction, Claiming Supremacy, qui peut en effet se targuer de réclamer une suprématie méritée sur le Thrash italien, de ses accents certains, de ses rythmiques en parpaings, et de ses soli plein d ‘entrain. Inutile de chercher Mille à Milan, et même pas à quatorze heures d’ailleurs, et certains de mes confrères ont expédié leur notule en quelques lignes de lune, puisque ce nouvel effort des GAME OVER ressemble en tous points à leurs attaques précédentes, marquant légèrement le pas en termes de violence, mais restant stable en termes de qualité. On retrouve toujours ces accroches qui décrochent, cette multiplicité de tempi qui nous empêche de nous endormir, cette hargne vocale, et cette basse à la D.D Verni/Dan Lilker, qui rapproche les originaires de Ferrara d’un Crossover efficace et avec heurts. De là, les morceaux sont en effet nouveaux, mais ressemblent beaucoup aux hymnes passés de nos héros, qui n’ont pas cherché la complication, mais ont su garder le ton. Celui-ci est plutôt véhément, mais parfois complexe au demeurant, sans tomber dans le piège tendu du techno-Thrash un peu trop velu, ce que des compos comme « Blessed Are The Heretics » (encore…) prouvent sans faux accord. Guitares qui savent se montrer loquaces sans être trop bavardes, duo basse/batterie en pleine osmose, chant et chœurs qui s’entendent à merveille de leurs slogans, pour une grosse demi-heure de Thrash pas forcément hésitant ni balbutiant, mais ne cherchant pas l’originalité à tout bout de champ.

Décoré d’une pochette sublime aux pastels radioactifs, Claiming Supremacy prend un malin plaisir à passer en revue tout ce que le Thrash old-school a pu léguer à son pendant moderne, sans pour autant vraiment choisir son camp. Et c’est cette ambivalence que j’aime chez les italiens, qui ne gardent pas les pieds cimentés dans le passé, et bougent vers un avenir qu’ils ont largement à leur portée. On retrouve donc tout ce qui a constitué les fondements du style, mais adapté à des exigences plus contemporaines, notamment au niveau de la production qui ne cherche pas du côté des consoles de 88/89 de quoi régler le son. Celui-ci est ample, dense, et pourtant suffisamment aéré pour permettre aux compositions de respirer, ce qui nous donne plusieurs morceaux à cheval entre les époques, comme ce léger et primesautier « Eleven », qui bouffe un peu à tous les râteliers, se montrant aussi Heavy que Power, et aussi Speed que Thrash, sans négliger une outro en son clair qui se détache. Mais vous n’avez aucun souci à vous faire, puisque le quatuor (Alessandro « Sanso » Sansone- guitare, Luca « Ziro » Zironi – guitare, chœurs, Renato « Reno » Chiccoli – chant/basse et Anthony « Vender » Dantone – batterie) en a gardé suffisamment sous le coude pour vous coller de bonnes suées, ce que « Two Steps In The Shadow » démontre en un peu moins de quatre minutes de ses thèmes malins. Furie sonore maîtrisée, accélérations posées, mais folie assumée, ce quatrième LP des italiens tient toutes ses promesses, et nous rassasie d’un Thrash intelligent mais suffisamment méchant pour ne pas nous laisser balbutiant. Les musiciens ne bégaient d’ailleurs pas leur récitation, qui prend des airs de leçon, tant les « Last Before The End », « My Private Nightmare » et autres « Broken Trails » rebondissent de couplets en breaks, sans jamais baisser d’un cran en intensité, mais sans non plus le sacrifier à la musicalité.

On retrouve ces sonorités de la Bay Area adaptées à une volonté d’européaniser un Thrash pas forcément calqué, mais méchamment influencé par les NUCLEAR ASSAULT, les SACRED REICH, TESTAMENT, VIO-LENCE et autres cadors à l’appellation contrôlée, sans pour autant se départir de cette euphorie Core qui permet aux titres de dégager une bonne humeur palpable. Intermèdes acoustiques pour transition épique (« Shattered Souls »), basse qui joue les éclaireurs pour tuerie nuancée à toute heure (« Lysander »), et final hystérique, digne d’un TANKARD de l’écurie germanique des beaux jours épileptiques (« Show Me What You Got »), le tableau est complet, formel mais éclairé, et on pourrait presque croire que Claiming Supremacy se pose en résumé prématuré d’une carrière bien remplie et entièrement à la cause dévouée. N’y voyez pas une critique, mais plutôt une analyse symptomatique d’un combo qui n’a jamais vraiment déçu, puisqu’il ne s’est jamais écarté d’une ligne bien tracée. Pas de grosse surprise donc, mais une constante dans la qualité, et surtout, le plaisir de retrouver un groupe qui se pose un minimum de questions pour avancer doucement pour ne pas trop stagner.

Un album honnête qui a les armes de ses arguments, et qui continue le travail de sape entrepris dès For Humanity il y a déjà cinq ans. Les GAME OVER sont donc loin d ‘avoir fini leur partie, et reconnaissons que leurs efforts studio sont transcendés dès que ces furieux mettent les pieds sur une scène surchauffée. Celles qui vont accueillir leur tournée risquent d’ailleurs de brûler. Pas forcément d’un feu ardent, mais de braises largement assez rougies pour vous mettre le feu au tapis.


Titres de l'album:

  1. Onward To Blackness
  2. Two Steps In The Shadows
  3. Last Before The End
  4. My Private Nightmare
  5. Blessed Are The Heretics
  6. Eleven
  7. Broken Trails
  8. Shattered Souls
  9. Lysander
  10. Show Me What You Got

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 01/12/2017 à 18:28
75 %    445

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

Concerts à 7 jours
Freedom Call + Primal Fear 23/09 : Machine, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Eliminator

De Metallica je ne connaissais que le Black album et Master, à l'époque j'écoutais  surtout Pantera, Sepultura, Fear Factory, Machine head et puis ensuite le metal extrème autant black que death. Metallica c'était pour moi trop mainstream. Pl(...)

22/09/2020, 03:20

Simony

Bien d'accord avec toi Saddam Mustaine, un homme de l'ombre mais dont l'apport à la scène Rock est juste énorme.

21/09/2020, 21:52

metalrunner

C est brutal haineux malsain du vrai Death.Monsieur Otero beau boulot et félicitation au batteur il défonce tout..Pour les actions chez Mercyless vous allez pas être millionnaire

21/09/2020, 20:34

Saddam Mustaine

@Chemikill.Tu étais membre du groupe ?

21/09/2020, 20:24

Saddam Mustaine

Une légende.

21/09/2020, 20:21

Humungus

Simony + 1 concernant les notes d'albums.Par contre, pour ce qui est des likes et autres émojis, là, le vieux con que je suis, conchie la chose...

21/09/2020, 20:16

Jus de cadavre

Et bien quelle chronique encore une fois ! En même temps ce groupe le mérite bien... On va croire qu'on a des actions chez Mercyless par ici, mais je me joins une fois de plus à toute l'admiration envers le groupe qui se dégage de la chronique. Bra(...)

21/09/2020, 19:03

Gargan

Bravo les graisseux, j'avais complètement arrêté de lire des webzines (après avoir payé mon tribut un paquet d'années la décennie précédente) et je m'y suis remis progressivement grâce à vous (enfin uniqueme(...)

21/09/2020, 18:58

Chemikill

Diary of a madman,  masterpiece. 

21/09/2020, 18:40

Living Monstrosity

Evolution bien agréable !  Continuez !! site addictif pour moi. 

21/09/2020, 17:42

Living Monstrosity

On se croirait pas dans Wayne's World ? ;-)

21/09/2020, 17:38

Buck Dancer

Génial, ma taille te remercie Grinder !!   

21/09/2020, 17:11

grinder92

Alors... voyons si on peut toujours modérer les commentaires...   

21/09/2020, 16:52

Raumsog

Merci pour le taf!Alors voyons si on peut pourrir les commentaires...(...)

21/09/2020, 16:50

grinder92

C'est réglé, la toolbar devrait être complète quelque soit la taille de l'écran (parce qu'on ne le rappellera jamais assez, c'est pas la taille qui compte...)

21/09/2020, 16:43

Raumsog

Très bonne découverte pour ma part :) Bien varié, de bons riffs, ça bourre quand ça doit bourrer et c'est dissonant sans être chiant/barré/post-truc (rayer la mention inutile) - le bon cocktail!

21/09/2020, 16:39

Buck Dancer

Ah ah ah, Bug Dancer, excellent !!! Pas très grave, je voulais juste mettre notre signe de ralliement en emoji \m/, parce que ça c'est metal !!! Malheureusement, je suis bien plus souvent sur mon téléphone que  ordinateur pour vous lir(...)

21/09/2020, 16:18

grinder92

Ok @Buck... j'ai compris.Les émojis sont celles proposées dans la barre de mise en forme au dessus de ton commentaire... Sauf que cette barre n'est pas complète sur un petit écran.Tu as donc essayé d'insérer un emoji depuis l'&e(...)

21/09/2020, 15:46

grinder92

21/09/2020, 15:43

grinder92

c'est Bug Dancer !!!!  

21/09/2020, 15:41