D’ordinaire, lorsque je vois les termes « slamming », « brutal » accolés au suffixe « Death », je prends mes jambes à mon cou pour ne pas sombrer dans l’ennui au fond d’un trou, que j’aurais moi-même creusé. Et si en sus, les quelques informations au sujet d’un groupe effleurent la thématique infâme dite « Deathcore », j’éteins immédiatement mon PC de peur qu’il ne soit contaminé par un virus de grossièreté. Les égouts et les couleuvres que voulez-vous…Mais sans savoir vraiment pourquoi, ce matin, j’ai délicatement ouvert une archive perdue dans mon dossier, répertoriée sous le nom OPEN WOMB, et la déflagration qui s’en est suivie, bien que méchamment connotée, m’a donné envie de taper sur mon clavier pour coucher mes impressions sur écran. Certes, le groupe concerné n’est pas vraiment « slamming », mais terriblement « brutal », et si parfois il se perd en conjectures Deathcore, c’est plus par débordement d’énergie que par réelle conviction de formatage. Ainsi nous en vient donc du Texas une nouvelle créature hybride, pratiquant l’art de la violence excessive avec une application et une intensité rarement atteintes, et leur premier LP est de ceux qui noient le poisson dans la pluralité, ce qui rend ce Kingdom Come digne d’intérêt malgré les handicaps affichés avant son écoute. Sans pouvoir affirmer avec certitude que ce duo (Carlos et Jason, sans autre indication) s’affilie à un mouvement plus qu’à un autre, il est au contraire facile de les ranger dans la catégorie générique d’un Death éminemment violent, sans pitié, et manipulant l’art du contrepied avec une intelligence confondante. Et en choisissant de ne s’intéresser qu’aux éléments les plus vils et nauséeux des genres qu’ils abordent, ces deux musiciens se sont payé le luxe de publier l’un des LP les plus puissants de cette fin d’année. Et pour tenter d’imaginer un peu le massacre qui vous attend, imaginez-vous dans un tunnel de l’horreur dont les wagons atteindraient la vitesse de ceux du Space Moutain, et glissant à 180 mph au milieu de cadavres réels et de boogeymen sadiques prêts à vous décapiter au premier virage.

On note dès le départ des ambitions au-dessus de la moyenne en consultant le tracklisting de ce travail de débauche sonique. Avec deux morceaux flirtant avec ou dépassant les dix minutes, on prend conscience que les texans ont autre chose à proposer qu’une collection de tranches de vie en carpaccio de barbaque musicale de base. Alors que la moyenne des groupes du cru confond souvent vitesse et précipitation, accumulation et créativité, OPEN WOMB ne donne jamais l’impression d’en faire trop dans son extrémisme, et si les riffs se succèdent et ne se ressemblent pas à vitesse grand V, il convient d’y voir une fertilité dans l’ignominie que peu de combos sont capables d’appréhender. Certes, les standards de production slamming sont parfois respectés, mais l’envie de proposer autre chose qu’une symphonie stérile d’abomination est patente au travers de la majorité des titres, et palpable dans les dissonances, les ruptures, et la recherche d’atmosphères délétères qui constellent cet album comme des corps sans vie disposés sur une décharge municipale. Et plus qu’un disque, Kingdom Come se veut trip intégral dans les méandres de cerveaux dérangés, mais incroyablement intelligents dans leur déconstruction de l’humanité, ce que des chapitres étendus comme « Relics of Flesh » ou « Dredging Veins » prouvent de leurs digressions traumatiques et de leur agression pas si systématique. Chantres d’un Death qui parfois se pare d’atours BM franchement nihilistes, Carlos et Jason sont plus que des brutes assoiffées de sang de tympans, et aménagent de longs passages Ambient qui plantent le décor, un peu comme si les LUSTMORD ou IN SLAUGHTER NATIVES s’invitaient au banquet de l’atrocité d’un BODYSNATCHER. Envoutant autant qu’il n’est repoussant, « Relics of Flesh » nous plonge dans les abysses des épisodes les plus tragiques de l’humanité, et préfigure un cauchemar éternel dont seul la mort pourrait nous extirper dans un dernier râle de souffrance. Entre des lancinances vraiment éprouvantes, de longues progressions bruitistes soudainement interrompues par des éclairs de Techno-Death maladif et insistant, et des mélodies torturées jusqu’à l’agonie, le voyage en terreur majeure est d’une densité bluffante, et démontre s’il le fallait encore que la créativité peut amener les plus acharnés psychopathes à tricoter une toile d’araignée musicale aux mailles lâches, mais à la pression indéniable. Et si ce morceau seul suffit à prouver la validité de l’entreprise, il n’en est pas pour autant cas isolé, loin de là…

La production énorme mettant en relief les idées les plus nauséabondes du duo, il n’est pas difficile de se sentir concerné par l’envie d’absolu d’un album qui fait tomber les barrières entre Death classique, Deathcore, Slamming, Black Metal et expérimental. Mais dès « A Feather and Crown » la différence est palpable et OPEN WOMB s’éloigne avec panache des suiveurs de violence gratuite la plus futile. En enchaînant les plans tout en les justifiant, le duo maintient la cadence tout du long, en prenant soin d’insérer dans le plan de bataille de longs passages non contemplatifs, mais plus posés, se rapprochant alors d’un Death expérimental aux contours un peu flous, mais à l’oppression bien réelle et aux harmonies biscornues et déformées. Trip en immersion dans une salle des miroirs déformants, Kingdom Come reflète le pire de la nature humaine, ses vices les plus inavouables, ses instincts les plus meurtriers, et nous confronte à notre image affreuse, laissant l’inspiration dériver au gré des pulsions les plus tordues (« Prelude », impossible de dire à quoi nous avons affaire, si ce n’est à une musique vraiment étrange et sombre comme les desseins d’un malade mental prêt à passer à la solution finale). Concassant parfois des riffs classiques dans un brouet vomitif de brutalité exacerbée (« Dredging Veins »), le groupe expérimente tous azimuts, et mélange les courants, pour n’en retenir que les aspects les plus craspecs et repoussants, conchiant le Deathcore pour se concentrer sur un Death plus formel et emprunt du mysticisme des MORBID ANGEL passés à la moulinette de la modernité, et imposer des stridences, des échappées psychédéliques en horreur introspective, et nous écrasant de plans massifs pour mieux faire passer son message. C’est évidemment d’une brutalité sans nom, mais c’est aussi d’une indéniable finesse de composition, ce qui rend le résultat d’autant plus dangereux. Mais vivre sans risques, c’est aussi nier le postulat de départ d’une existence irrémédiablement vouée à une fin pas si heureuse que ça. Et les OPEN WOMB en sont évidemment très conscients.

Et si les quelques webzines s’étant penché sur leur cas évoquent des accointances avec INGESTED, DEVOURMENT, et CLAWHAMMER, et si le groupe lui-même cite BLACK TONGUE, DYING FETUS, METHWITCH, DARK THRONE, THY ART IS MURDER, ACRANIUS, BLUT AUS NORD, THE AMENTA, IMPETUOUS RITUAL, SunnO))) ou MERZBOW, un titre comme « Teeth » suffit à comprendre qu’ils sont beaucoup plus qu’une somme d’influences, et déjà un concept à eux-seuls. Et que les titres courts s’imposent comme étapes majeures (« Lightbearer » en étant l’un des exemples les plus puissants), que les médians affichent autant de plans que des albums entiers d’influences admises (« North Of Zion », « Mortal Harvest »), et que les deux digressions déjà abordées confèrent à l’œuvre une aura déjà culte, le bilan final reste le même. OPEN WOMB vient de toucher du doigt la quintessence de l’ignominie musicale faite douleur, et d’accoucher avec Kingdom Come d’un manifeste d’horreur. Ou l’art et la manière de détourner les codes pour massacrer en toute impunité.

   

Titres de l’album :

                         1.A Feather and Crown

                         2.North of Zion (Ft. Tyler Hebert)

                         3.Teeth (Ft. Jon Brown)

                         4.Relics of Flesh

                         5.Prelude

                         6.Dredging Veins

                         7.Seven

                         8.Lightbearer

                         9.Mortal Harvest

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par mortne2001 le 22/12/2018 à 17:43
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