Je ne vais pas finasser ou minauder, il est de notoriété publique que j’apprécie les artistes un peu excentrés et excentriques qui ne font rien comme les autres. Un simple coup d’œil à mes chroniques suffit à s’en rendre compte, mais cette assertion ne me définit pas totalement. Je peux aussi m’enthousiasmer pour un excellent groupe qui joue une musique d’usage, simple et efficace, pourvu qu’ils la jouent avec le maximum d’envie, qu’ils aient du talent, et qu’ils ne me prennent pas pour un imbécile en recyclant de façon neurasthénique des plans que j’ai déjà entendus mille fois. Car on peut tromper mille personnes une fois, mais on ne peut pas tromper mille personne mille…enfin vous m’avez compris. Et puis, à la base, je suis un enfant de la Pop et du Rock, alors, de bonnes mélodies, une attitude, un peu de culot et je fonds, parce qu’après tout, la musique est une affaire de ressenti pas vrai ? Alors en partant de ce point de vue, j’avais les prédispositions nécessaires pour apprécier la musique des AMERICAN SWINDLE, qui sans se prendre la tête, font bouger la nôtre, ainsi que le reste de notre corps. Car comme l’a affirmé avec justesse un journaliste de Rivethead Magazine, « AMERICAN SWINDLE n’essaie pas de réinventer le Rock sudiste, mais ils le jouent si bien qu’ils ne peuvent plus rester dans l’ombre très longtemps ».

Et il est clair que ce groupe mérite largement la lumière des spotlights tant leur Rock à léger parfum du sud se place parmi les meilleurs du cru. Pourquoi, comment ? Simplement, sans esbroufe, en jouant des morceaux directs, aux arrangements soignés et à la construction léchée, et rien de plus.

Ce trio (Joey Kilcommins - guitare/chant, Mikey Guidry - basse/chœurs et Don Rosecrans - batterie/chœurs) est le genre d’association de bienfaiteurs que vous pourrez croiser au bar du coin, sur une petite scène mal éclairée, et qui vous séduiront en moins de temps qu’il ne vous en faudra pour réciter de mémoire la discographie de CCR ou de Springsteen. Sauf qu’ils ne doivent pas grand-chose à ces grands anciens, même si leur inconscient a depuis longtemps intégré leurs enseignements. Et ce nouvel album, sobrement intitulé Clear, est plus qu’un disque, c’est un aveu, une déclaration d’intention. Mieux, une déclaration d’amour dédiée à quarante ans de musique américaine populaire, celle du sud des Etats-Unis, qui a toujours préféré le feeling à la retape, et qui a patiemment construit sa légende sur les routes et les estrades de salles de concert de fortune. Et pourtant, il y a dans ces accords et cette rage de quoi remplir des stades, et enchanter des milliers de fans potentiels. Parce qu’en optant pour une honnêteté de ton et de son, ces trois-là ne vous mentent pas, et ne se vendent pas sur des arguments fallacieux, étudiés dans un bureau de marketing aux tarifs surfacturés. Non, on y sent des réminiscences multiples, mais surtout, un gigantesque talent dans l’immédiateté, et une séduction dans la spontanéité. Et à dire vrai, il est difficile de situer ce LP dans une production pléthorique qui depuis la fin des années 60 peaufine sa vision pour la rendre plus radicale, et rattachée à des racines solidement plantées. Mais il est parfois assez facile de se lancer dans des comparaisons plus ou moins heureuses, en découvrant par exemple la tonitruante entrée en matière « For The Weary », qui emprunte les chemins 90’s de groupes délicatement alternatifs comme les STONE TEMPLE PILOTS ou SOUL ASYLUM. On croirait même parfois entendre chanter Dave Pirner, et découvrir ses intonations délicieusement fragiles dans le timbre un peu éraillé de Joey, qui en tant que frontman assume son costume de séducteur en chef. Boulot qu’il accomplit à merveille, d’autant plus qu’il est secondé dans sa tâche par une section rythmique au rendement sans tâche justement. C’est direct, in your face, mais aussi étoffé, décoré, et agrémenté d’un riff incroyablement redondant qui vous donne envie de faire valser tout ce qui se trouve dans la pièce sans rien regretter.

AMERICAN SWINDLE place donc en avant ce qui le mérite. A savoir des chansons humbles, qui picorent les graines de la culture Rock sudiste, les digérant avec une facilité typiquement californienne. Il est tout à fait possible aussi de les situer près de l’état de Washington, dans ce nord-ouest des Etats-Unis qui a toujours privilégié le ressenti sur le réfléchi. Pourtant, ces musiciens sont tout sauf de gentils amuseurs publics tout juste bons à balancer deux accords pour faire illusion. Et si « Maybelline » évoque plus volontiers le LYNYRD que le pas de canard de Chuck « Duck » Berry, grâce à ces arrangements sortis de nulle part, ou cette batterie qui soudainement se prend pour une pulsion cardiaque, mais ce sont surtout ses parties de guitare et ses chœurs qui prouvent l’allégeance à la cause des maîtres. Ces trois musiciens-là ne sont pas du genre obtus, et acceptent que leur Amérique s’est un jour ouverte à des impulsions plus électriques et éclectiques que la moyenne, et assument tout autant l’héritage southern des années 70 que l’adaptation indie et alternative des nineties. On le sent particulièrement sur une composition comme « No Big… » qui pourrait à contrario les rendre encore plus gros et grands qu’ils ne le sont déjà dans le cœur de leurs fans. Et en cumulant les faux hits single à chaque intervention, les originaires de Houston se font et nous font plaisir, à tel point qu’on peut presque ressentir la chaleur du Texas en écoutant « Riptide », au riff gigantesque mais à l’émotion palpable, de celle qui unit des anonymes à des stars d’un soir, occupant la scène comme on vient boire un verre, en bonne compagnie, sans chichis, et sans se prendre pour des héros. Pourtant, ils pourraient en être, pour le bonheur qu’ils nous communiquent, et de coups de foudre Rock en syncopes presque Boogie (« Redeye »), en passant par la force brute d’un burner qui décoiffe (« W D W G W »), tous les tics sont là, mais personnalisés, et sublimés par une inspiration plurielle et une énergie rebelle.

Ils appellent ça du Texas Rock, et vous pouvez y voir une coquetterie de leur part, mais ça semble pourtant être la vérité. Et qu’ils chantent la gloire des femmes du coin avec la malice d’une guitare qui fait du rentre-dedans bluesy plein d’entrain (« Mary Annette »), ou qu’ils pratiquent la dualité en opposant un couplet délicat et un refrain americana (« Medicate », qu’on aurait pu retrouver sur le magnifique Richards/Crane), tout sonne comme une répète entre potes qui ne cherchent rien d’autre que le bonheur de partager quelques notes…

On aurait beau jeu d’arguer que ce genre de musique a déjà été pratiquée plus que de raison, et qu’elle n’a plus grand-chose à dire…Et s’il est certain que les AMERICAN SWINDLE ne proposent rien de réellement neuf dans le paysage musical international, ils sont si attachés à leurs propres valeurs qu’il est impossible de ne pas les apprécier pour ce qu’ils sont. Et que celui capable de résister à l’urgence d’un final aussi teigneux que « Hangman », qui réconcilie le Grunge et LED ZEP me jette la première pierre pour avoir craqué avant même que le rideau ne soit tiré…Un excellent groupe, qui joue une musique d’usage, simple et efficace, avec un maximum d’envie. Nous sommes en plein dans le créneau, et Clear l’est tout autant que ses chansons qu’on fredonne bien après que les lumières se soient rallumées. Tout ici est respectueux, sauvage mais heureux, et finalement, ce disque est tout sauf une escroquerie américaine. C’est un peu du sud des Etats-Unis apporté sur un plateau, et qui confirme que le temps là-bas passe différemment. Il parait que dans le sud, le temps dure longtemps. Des années surement. Espérons que le son des AMERICAN SWINDLE y trouve écho plus d’un million d’années. Et pas seulement en été.


Titres de l'album:

  1. For The Weary
  2. Maybelline
  3. No Big...
  4. Riptide
  5. Redeye
  6. W D W G W
  7. Mary Annette
  8. Medicate
  9. Glimmer
  10. Hangman

Site officiel


par mortne2001 le 08/03/2018 à 18:28
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