« Could a dangerous toy be infallible? An assembly in a state of suspense. »  

La question se pose ce matin. Un jouet dangereux peut-il être infaillible ? Mais est-ce qu’un jouet infaillible peut être dangereux ? Prenons donc la question à l’envers, et pour y répondre, replongeons-nous dans le passé, pas si lointain que ça, mais pas franchement à la porte d’hier.

Les années 80, 1982 formation d’un groupe, gestation, répétitions, première démo en 1984, premier album un an plus tard, Energetic Disassembly (avec un certain Jason McMaster au chant), deux autres démos, et…

…un deuxième album, qui lui, allait marquer les esprits. Control and Resistance fut en 1989 l’impasse ultime dans laquelle le Techno-Thrash allait se retrouver.

Il fallait bien que ça arrive un jour, que personne ne puisse. Personne ne puisse aller plus loin, jouer plus fin, plus longtemps, d’une manière plus complexe. Il fallait pour ça réunir le bon line-up, assembler des musiciens désireux d’aller « trop loin », et de rebuter les plus complaisants des moins exigeants. Dont acte, et Alan Tecchio (chant, ex HADES), Ron Jarzombek (guitare, ex S.A. SLAYER), Doug Keiser (basse) et Rick Colaluca (pieds et main, comme le laissait supposer la pochette) qui unirent leur force et leur science de composition pour ciseler des joyaux capables de faire passer le Thrash dans une autre dimension.

Intellectuelle diriez-vous ? C’est une option, mais viscérale aussi, suivant les traces d’UZEB, du MARAVISHNU ORCHESTRA, des compositeurs Russes du 18ème, et puis des références classiques, METALLICA, etc…

Impasse donc, et pour tout le monde. On pensait l’affaire terminée et le grillage trop haut pour être escaladé, malgré quelques rumeurs d’ascension régulièrement. Et puis cette annonce qui tombe. WATCHTOWER revient, dans la même configuration que son album le plus culte.

Je le concède, j’ai tremblé sur mes fondations en apprenant la nouvelle. Vingt-sept ans plus tard, tout ça ne me semblait pas opportun. J’avais trop aimé et disséqué les « Instruments Of Random Muder », « Life Cycles », « Mayday In Kiev », « The Fall of Reason » et autres « The Eldritch » pour pouvoir supporter un comeback manqué, un rendez-vous gâché.

Mais pour ne pas trop faire monter la sauce et susciter des espoirs déplacés, Alan, Ron, Doug et Rick ont eu l’intelligence de presque tout lâcher avant de révéler le gros morceau, ce premier volet d’une suite de EPs, qui finalement ne contient qu’un seul véritable inédit, le reste ayant été communiqué en single digital bien en amont. Les plus investis connaissent donc déjà « M Theory Overture », « Arguments Against Design », « Technology Inaction » et « The Size of Matter », et découvriront comme moi la surprise « Mathematica Calculis », caché en fin de EP. Le groupe a tout prévu et a dévoilé son lifting qui n’en est pas vraiment un petit à petit, pour nous habituer à leur retour.

  

« Nous reprendrons les choses là où nous les avions laissées avec Control and Resistance »

Dont acte, une fois de plus. Il est vrai que les débats ayant stoppé net, les choix étaient restreints. WATCHTOWER disposant d’une réputation sans tâche, il eut été impensable de tenter le coup du chapeau sans respecter un cahier des charges très précis. Et le choix d’intituler cette série de EP Concepts Of Math est tout sauf anodin, puisque la science de composition du quatuor répond en effet à un certain nombre d’équations à inconnues variables et multiples.

Des plans rythmiques Jazz, des parties de guitare Thrash et Techno, et des lignes vocales tentant de cimenter le tout d’intonations lunaires.

Alors non Ron n’a rien perdu de son talent qu’il a fait fructifier dans SPASTIC INK et BLOTTED SCIENCE, Alan n’a rien oublié de HADES ou NON FICTION, Doug Keyser fait une fois de plus le point sur son refus de rejoindre METALLICA et Rick justifie le respect qu’il a inspiré à des instrumentistes comme Gene Hoglan ou Mike Portnoy. Avec une telle dream team, qu’attendre d’autre que de nouveaux chapitres à l’histoire de la science du Thrash influencé par le Jazz Rock, RUSH, et autres TRIBAL TECH ? Ceci justement.

Tout commence par un instrumental qui vous met les pieds dans l’eau, et « M Theory Overture » de fonctionner comme une reprise de contact brutale avec ses sextolets qui débarquent sans prévenir, annonçant de façon tonitruante les amoncèlements de parties arythmiques à suivre. Sauf que…La démonstration ne tuant pas les sensations, WATCHTOWER se rappelle au bon souvenir de l’équilibre entre précision et émotion, et trouve une fois de plus le juste milieu entre l’épate et la retape, et va trop loin sans se dénaturer.

« Arguments Against Design » débute avec une envolée en solo de Doug, qui doit certainement rappeler quelques enchaînements connus à un certain John Myung, et la vitesse en moins, singe les tics outranciers de « Instruments Of Random Murder », pics lyriques d’Alan disparus, et dont la voix a gagné en maturité ce qu’elle a perdu en excès.

La méthode est la même, étouffement de la mélodie dans des parties de puzzle inextricable, patterns à rendre fou un premier prix de conservatoire, et rien d’aléatoire, mais beaucoup de spontanéité malgré les millimètres mesurés. Le jeu de guitare de Ron n’a pas changé d’un iota, et Doug s’amuse beaucoup de ses arabesques qui tournent comme des arrangements électroniques humains. Rick suit sans problème dans son rôle de poulpe frappeur, et la farandole tourne avec une régularité métronomique.

« Technology Inaction », ou comment réhabiliter CORONER en quelques secondes, sans renier son identité. Cette fois ci, c’est « The Fall Of Reason » qui sert de fonction de base, et l’hyperbole monte à des sommets incroyables, le groupe lâchant tout dans une mesure et une pondération qui peuvent en effet agacer de facilité. Pont symptomatique de l’école Techno Thrash 80’s, mélodies oniriques fracassées par des récifs rythmiques pointus, et un savoir-faire intact qui vous apprend sans vous obliger à relire.

« The Size Of Matter » se permet un énorme riff purement Métal en intro et surprend de sa franchise, un peu comme si l’époque du premier LP n’était pas si révolue que ça, jusqu’à ce qu’une toile d’araignée vous prenne dans ses filets. De quoi donner quelques suées à DREAM THEATER et leur dessiner une tour de Babel dont ils ne verront jamais le sommet, tout en gardant le cap sur un Heavy/Thrash direct qui synthétise METAL CHURCH et S.A. SLAYER. Et peu importe que les derniers instants renouent avec la complexité harmonique ET sensible. Drôle ? Non, mais surprenant. Et surtout, un coup de boost avant le final feu d’artifice.

« We soon find that reality is war, war of the senses, war of emotion »

Seul véritable inédit de Concepts Of Math - Book One, « Mathematica Calculis » est d’importance, par sa durée mais aussi par la liberté dont il fait preuve. Non que l’on y trouve des idées vraiment nouvelles, mais au moins quelques pistes pour un avenir qui prend la forme d’un album complet. Ce phrasé de chant grave et syncopé d’Alan, ce déluge de guitare, ces fréquentes interruptions, ces progressions qui rappellent le meilleur du passé Control and Resistance pour les confronter à la réalité contemporaine, cette façon de moderniser les thématiques d’antan sans les dénaturer…C’est bien sûr le point fort de cet EP, qui se permet même quelques chœurs très Allemands dans l’approche, sans se départir de ses propres tics. Evolution progressive qui n’en fait jamais trop, c’est un épilogue qui laisse clairement sur sa faim, mais qui rassérène en même temps. Quelques gouttes d’eau bues dans un désert, qui donnent la force d’avancer, sans permettre à l’esprit de trouver le repos. Presque dix minutes qui prouvent une fois pour toutes que WATCHTOWER en fera toujours plus que les autres, sans donner le sentiment d’en faire trop. Etre à l’aise, se concentrer, mais rêver en même temps. Et ça, ça n’est pas donné à tout le monde…

« Season come, seasons go, as we helplessly watch them fly by, but life has cycles we can control »

Les saisons ont passé, mais le contrôle reste le même. Nous avons observé le cycle des années accomplir son rituel sans penser qu’un jour, un phœnix d’Austin renaîtrait de ses cendres encore fumantes.

Mais WATCHTOWER est bien de retour, aussi dense, attachant, irritant, fascinant qu’à l’époque de son accomplissement le plus absolu.

Et si finalement, plus qu’une fin, Control And Resistance n’avait été qu’une étape, tout sauf finale ? Car tout grand tour de magie comporte trois actes.

Le premier s’appelle « La Promesse », le magicien vous présente quelque chose d’ordinaire, qui est bien sûr loin de l’être.

Le deuxième acte s’appelle « le Tour ». Le magicien a le don de transformer quelque chose d’ordinaire en quelque chose d’extraordinaire. Alors vous cherchez le secret…

Mais il existe un troisième acte, « Le Prestige ». C’est celui des rebondissements imprévus.

 Et si finalement, WATCHTOWER nous avait emmenés dans une autre direction pour détourner notre attention ? C’est ce que Concepts Of Math - Book One semble prouver. Il convient donc de s’attendre à un troisième acte de prestige…


Titres de l'album:

  1. M Theory Overture
  2. Arguments Against Design
  3. Technology Inaction
  4. The Size Of Matter
  5. Mathematica Calculis

Site officiel



par mortne2001 le 25/10/2016 à 16:24
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