Il y a quasiment trois ans, à trois mois près, j’étais assis à la même place, devant le même écran, pour parler du premier LP des américains de…

 

(bla, bla, bla…)

 

Bon, la formule étant déjà utilisée hier, il va falloir que j’évite le recyclage facile. Mais n’empêche. Il y a trois ans, je chroniquais le premier et choquant album des COUCH SLUT, attiré tel un gros pervers par la pochette lubrique, griffant une splendide fin de fellation très concrète, avec jet de sperme facial et tous les fantasmes masculins que cette symbolique trimbale. Certes, le graphisme m’avait attiré, je ne vais pas le nier, mais pas pour les raisons que vous croyez. Je savais simplement qu’avec une pochette pareille, ce groupe ne pouvait pas se contenter d’une provoc’ black and white pour attirer les oreilles, et qu’il y avait capote sous oreiller. Le cheap, ça ne paraissait pas vraiment être leur truc, ils devaient certainement aller plus en profondeur dans les sens sans risquer la panne d’essence. Et j’avais raison, tant leur Noise Rock raclait les conduits comme un énorme dard vinylique enfoncé sans vaseline entre un marteau et une enclume un peu secs d’une année trop douce.

My Life As A Woman était le genre de debut LP qui marque à vie, de ceux qui osent franchir les limites, comme le faisaient les UNSANE, les JESUS LIZARD, les SWANS, ou même NIRVANA, lorsque le Rock était encore un tant soit peu dangereux dans l’underground. Non qu’il ne le soit plus, mais il a tendance à rentrer le ventre pour qu’on ne voit pas les bourrelets. Ce que My Life As A Woman ne faisait assurément pas. Au contraire, il exhibait ses défauts et ainsi, exposait ses qualités néfastes, sans aucune arrière-pensée, mais avec beaucoup de malice et un peu d’intelligence. Ou l’inverse.

J’écrivais à l’époque, « COUCH SLUT et son vinyle introductif ne reculent devant aucune provocation pour arriver à leurs fins. ». Mais ce que j’ignorais, c’est que nos routes allaient se croiser de nouveau après ce premier rendez-vous assez abrupt, et que j’allais adorer ça. Je suis un peu maso il faut le concéder, mais je sais aussi reconnaître mon instinct, qui souvent me guide dans le bon giron. Et celui de Megan Osztrosits est toujours aussi confortable dans la décadence et dans l’horreur des sens. Elle n’a pas changé, et hurle toujours autant le mal-être, la souffrance, l’inégalité, mais a toujours le mérite de le faire sur une bande son d’enfer, qui triture les riffs comme un abruti non vacciné tripote son vermicelle sur des fils barbelés rouillés. Le ton n’a pas changé en trois années, et se veut toujours écho des nuits chaudes de New-York City, celles qui souillent la mémoire et les sous-vêtements, et qui rappellent au bon souvenir de la 42ème et de ses cinémas pornos aux sièges maculés de liquides séminaux séchés. La progression est dure à mesurer, puisque le quatuor (Megan Osztrosits – chant,  

Kevin Wunderlich – guitare, Kevin Hall – basse, Theo Nobel – batterie) est quand même parti de très haut dans les bas-fonds, et si le style se reconnaît à la première dissonance, la marge de manœuvre est quand même assez conséquente pour que l’auditeur lambda note des efforts dans l’ignominie. Oui, on frise même parfois la démence UNSANE qui nous proposait en hors d’œuvre de carrière un homme décapité par un train, sauf qu’ici le train est passé sur tout le monde, y compris le conducteur. Et aussi étrange que cela puisse paraître, en dépit de l’irrégularité du voyage qui se heurte aux dos d’âne et cassis d’une rythmique qui ne se stabilise jamais, nous arrivons quand même à bon porc, et ce, malgré un final homérique de près de dix minutes.

Ce qui en langage Noise, et pour les non-initiés, signifie une bonne demi-heure d’horreur palpable à toute heure…

Horreur, larsen, lourdeur, motifs qu’on assène, pesanteur, oppression malsaine, on serait presque tenté de dire que les FETISH 69 ne furent que de sales clones des MIDDLE OF THE ROAD, tant les thématiques traitées par Contempt frisent l’indécence absolue, en sombrant dans le bruit blanc le plus mat, à faire passer les SWANS des débuts pour des mélodistes ténus. L’épilogue en question, « Won’t Come », relèguerait presque les efforts les plus Indus de Filth au rang de douces symphonies d’enfance, lorsque le chocolat chaud soufflait la fin d’une journée plaisante. Itérations irritantes, guitare qui ne cherche même plus les accords mais les stridences, batterie pilon qui martèle ses pauvres blanches sans conviction, et chant qui se perd dans l’écho d’un hier qui ne vaut pas plus cher qu’après demain. C’est un cauchemar sans fin, qui ne laisse personne sur sa faim, et nous ramène aux temps révolus d’un Post Rock qui savait encore nous torturer velu. Mais j’en ai peut-être déjà trop dit pour ne plus rebuter les indécis.

Pis. Dites-vous que là n’est pas le pire, mais qu’il se cache dans la complétude.

D’ailleurs, l’ironie déplacée est poussée à la fièvre en amont par un « Summer Smiles » qui sourit de son humour sarcastique et de sa basse fracassée. Distorsion maladive, sifflantes qui irritent la peau, et lancinance, beaucoup de lancinance. Le genre de malaise que les UNSANE et le LIZARD auraient pu instaurer de concert un soir d’hiver, en n’ayant rien de mieux à faire. On savoure le dialogue intérieur de Megan qui finit par laisser parler ses démons en un cri primal, alors que Kevin lâche enfin des accords majeurs qui minorent encore plus la joie d’un désespoir lourd de conséquences Sludge.

Hardcore, Sludge, Grind, tout est là, bousculé, réarrangé, et motivé par un sens aigu de l’observation lucide, qui ne désespère pas de faire revenir le Rock du côté nocif de la barrière. Alors on y va, et on désacralise le respecté up tempo pour le faire exploser un riff glacé, qui doit autant aux MEAT PUPPETS qu’à FLIPPER, tandis que les lignes vocales se brisent encore plus sur un pas vraiment cathartique « Penalty Scar »…Ce serait presque entraînant et charmant si l’on ne sentait pas en arrière-plan cette sale intention de faire mal, tout comme « Snake In The Grass » agace dès son premier feedback incontrôlé, avant de nous saturer de Doom épuré de ses penchants les plus redondants. Et si BLACK SABBATH avait connu plus tôt la douce douleur d’un CONVERGE en état de dégénérescence avancée ? Le résultat eut-il été le même ?

Nous ne le saurons probablement jamais, mais les indices sont là, tapis dans l’ombre d’une lourdeur qui finit quand même par s’extirper de sa torpeur. Et alors que « Folk Song » se fout autant de notre gueule qu’un Michael Gira nous promettant une dernière harmonie avant le trépas, l’ouverture explosive de « Funeral Dyke » se pose en conclusintroduction hâtive d’un album qui ne se révèle que par touches, sans vraiment nous en dire plus…Admettons-le, My Life As A Woman était vraiment très dur à écouter, encore plus à supporter, mais si facile à apprécier. Contempt est très dur à supporter, encore plus à écouter, mais s’avale d’un trait, comme un alcool qui libère provisoirement d’une existence sans importance, mais encombrée de problèmes. C’est un genre de visite en tour-bus délabré et sans amortisseurs d’un New York d’anti cartes postales, de ses rues sombres et de ses immeubles décatis, qui n’ont pas oublié les résonances des répétitions d’antan. Celles qui faisaient trembler les murs et laissaient les meubles chancelants.

Parfois, on se regarde dans le miroir le matin, en se demandant bien pourquoi on se bat encore. Contre quoi ? Ça aussi c’est sans importance. La seule chose qui compte, c’est que le Rock redevienne dangereux. Comme une groupie prise sans latex qui vous refile une saloperie. Du mépris. Toujours du mépris. Au point de jouer avec sa propre vie.


Titres de l'album:

  1. Funeral Dyke
  2. Company Picnic With Dust Off
  3. Penalty Scar
  4. Snake In The Grass
  5. Summer Smiles
  6. Folk Song
  7. Won't Come

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 27/08/2017 à 17:44
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