Problématique. Comment parler de vingt-sept morceaux de Grind s’étalant sur trente-sept minutes, sans tomber dans la redite, et employer des images usées, éculées, et connues par cœur de tous les fans de bruit et de fureur ? La réponse est simple et inexistante, puisqu’il convient de céder à la passion sans se poser de question. Et les fans de Grind, qu’ils soient français, américains, allemands, australiens ou brésiliens savent très bien à quoi s’attendre lorsqu’ils s’apprêtent à poser leurs délicates oreilles sur un LP teinté d’old-school assumé et de violence exacerbée. De la même façon, les initiés connaissant leurs classiques, ne seront pas surpris par la haute teneur en brutalité du dernier-né des lusophones d’EXPURGO, l’une des plus anciennes figures du circuit sud-américain. Fondé en 2003, mais sevré de Grind depuis la fin des années 90 via l’implication de deux de ses membres (Egon et Phil, toujours à la barre), le groupe a depuis près d’une vingtaine d’années multiplié les apparitions, les implications, pour finalement se bâtir une discographie à la hauteur de sa légende. Une multitude de formats, dont une grande majorité de splits qui les a fait partager des faces avec les EXUTORY, SUBMERSED CADAVER, DEAD FETUS COLLECTION, BLUE HOLOCAUST et encore d’autres aux noms plus fleuris, mais surtout, un énorme premier LP qui fait encore date et référence dans le milieu, le trépidant et excitant Burial Ground, publié en 2010, et qui jusqu’à aujourd’hui n’avait connu aucune suite conséquente. Le mal est donc réparé, et l’élan retrouvé, puisque c’est par l’entremise d’un infernal Deformed By Law que nous retrouvons les musiciens de Belo Horizonte, plus en colère que jamais.

Mais en colère contre quoi au juste ? Toujours un peu la même chose, collant de près à l’éthique sociale du Grind. D’ailleurs, tout est plus ou moins exposé sur cette superbe pochette, qui se propose d’illustrer le propos. La façon dont la loi nous manipule et nous déforme pour épouser les contours dociles souhaités, laissant en suspens cette interrogation très légitime. Qui fait les lois, qui fabrique les institutions, et l’appareil économique et légal qui en découle ? Désirant autant provoquer et choquer qu’éveiller les consciences, cette cover superbe n’est pas sans rappeler certains graphismes de BRUTAL TRUTH et PUNGENT STENCH, pour un résultat qui dépasse toutes les espérances en termes de Grind/Death intense. Car le ramage est parfaitement adapté au plumage, et Deformed By Law représente à peu de choses près la quintessence d’un style qui sait allier brutalité excessive et efficience jouissive. Enregistré aux Engenho Estúdio Multimídia de Belo Horizonte entre septembre 2015 et avril 2016, et produit/mixé/masterisé aux ClintWorks Arts de Hamburg par Dennis Clint en mai 2017, ce second longue-durée des brésiliens est plus qu’une simple suite, il est un tour de force dans l’exercice difficile de capter l’essence même du Grind de tradition, celui des NAPALM DEATH, CARCASS, REGURGITATE, DEAD INFECTION, NASUM, EXTREME NOISE TERROR, GENERAL SURGERY, WARSORE, et AGATHOCLES. Utilisant toutes les armes de dissuasion/persuasion à sa disposition, ce LP fait montre des extraordinaires qualités de composition et d’interprétation d’un quatuor qui n’a laissé aucun détail traîner. Disposant d’un son gigantesque ridiculisant n’importe quelle tentative des THE KILL (qui font pourtant partie de mes tarés préférés), EXPURGO en profite pour passer en revue toutes les figures imposées du genre en y apposant sa griffe, qui entaille les consciences comme un rasoir méchamment effilé.

Oscillant constamment entre épaisseur Death et vélocité Grind, Deformed By Law juxtapose des fulgurances Grind et des concassages Death, histoire de faire le lien entre les origines anglaises et les déformations du nouveau millénaire, sans trahir l’un ou l’autre camp. Les riffs sont massifs, la rythmique écrasante et concassante, et le double chant traditionnel permet d’apporter ce petit plus de férocité qui transforme les tentatives les plus classiques en classiques du genre. Pas plus d’une poignée de minutes dans les instants les plus développés, pour une giclée de secondes dans les cas les plus lapidaires, ce désormais incontournable qui aura exigé un soin particulier au travers de longues années peaufine la sauvagerie pour la rendre tangible, et nous bouscule sans discontinuer, mais sans non plus nous exploser les tympans. Ce qui explose par contre, ce sont les conventions et les craintes, de devoir faire face une énième fois à un gymkhana de violence non contenue. Car la violence ici, aussi débridée est exubérante soit-elle est toujours justifiée, et mise en exergue par un sens aigu du riff qui tue, à tel point qu’on se voit bien incapable d’en recenser les plus efficaces. Et si le tandem basse/batterie usine comme aux plus grandes heures du Taylorisme, la guitare n’est jamais en reste et turbine aussi intense que le duo Harris/Pintado, faisant même le lien avec les derniers chefs d’œuvre des NAPALM. Ce constat peut sembler excessif et lapidaire, mais il décrit pourtant une réalité tangible, que n’importe quel morceau vous fera éclater au visage. Et finalement, on se retrouve peu ou prou dans le même état que le pauvre bougre dépeint sur cette magnifique pochette, la tête à l’envers, mais les idées plus claires.

Alors certes, parler de Grind n’est jamais chose facile, puisque c’est une musique instinctive, viscérale et immédiate. Mais finalement, on trouve toujours les mots pour peu que le chaos nous stimule l’imagination, ce qui est indubitablement le cas du second LP d’EXPURGO. Une façon d’expurger le trop plein de frustration, tout en se rattachant au ressenti le plus épidermique d’une musique qui refusera à jamais de plier genou face à l’autorité artistique et politique. Se révolter oui, conspuer oui, mais le faire de façon brutale et constructive. Ce qui est exactement le cas de Deformed By Law qui contourne la loi harmonique pour provoquer une révolte bruitiste.


Titres de l'album:

1. Silence

2. Victimized

3. Inhale Radiation Fumes

4. Carnivorous Eyes

5. Dead as Fuck

6. Xenon Pieces Swallowed

7. Interlude

8. The Taste of Human Toxicity

9. Discurso Do Cadafalso

10. Nasty Gut Feast

11. Classic Utopia of a Junkie Ambience

12. All Substances Are Toxic Under the Right Conditions

13. Habemus Cannis

14. Deviled Mind

15. Morgue Despair

16. Lungs Decay

17. Devil Variation

18. Sadistic Executioner

19. Harmless Scares

20. Agateophobia

21. Atmosphere of Horror

22. Deploring Connections

23. Global Suppuration

24. Grey Waste III – Malebolge

25. Walk Among the Dead

26. On the Edge

 27. Obsolescence

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par mortne2001 le 07/05/2018 à 14:14
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Cet artwork très "old-school death metal" !


La musique me replonge directement dans les années 90' cassage de nuques et headbanging, mais j'ai plus de mal avec le chant.


L'intro de "Hell Awaits" sur Decade... M. A marqué à vie !


Gros respect pour Slayer même si j'ai seulement 2 mauvais souvenirs de concert (sur plus d'une quinzaine) Pour moi aussi decade reste le meilleur live , ne serait ce que pour l'intro de hell awaits qui plante le décor pour tout le reste de l'album.