Replongeons-nous dans les abysses infernaux du Death le plus puriste et intègre, et abordons ce point de vue d’un angle austral. C’est en tout cas ce que nous propose le label espagnol Memento Mori en livrant en pâture aux fans le premier album des maniaques de VILE APPARITION, qui avec leur première offrande frappent fort en termes de brutalité excessive augmentée de prétentions techniques poussées. Nouveau projet mis sur pied par Oliver Ballantyne (batterie) et Jamie Colic (guitare, basse, chant), et tous deux ex-SEWERCIDE, qui n’avait eu le temps à l’époque de sortir qu’un unique LP, Immortalized in Suffering, qui finalement trouve un écho certain dans les ténèbres de ce Depravity Ordained, perpétrant une obsession pour les rythmiques bestiales de origines et les coups de boutoir légendaires de la scène Death US de l’orée des années 90. C’est donc une fois de plus à un dossier vintage auquel nous avons affaire, mais autant dire qu’il a été rondement mené par une équipe sûre de son fait, et disposant des armes adéquates pour convaincre les psychopathes les plus pointus sur la question de la débauche sonore. Dépravé comme pouvaient l’être les manifestes les plus crus d’il y a vingt ans, ce premier album ne se veut pas uniquement exagération ultime en termes de violence et de crudité, et aménage de jolis espaces sonores positifs pour aérer la négativité ambiante. Et outre les deux fondateurs déjà cités, le combo peut s’appuyer sur l’adjonction de deux autres nuisibles, D. Harris à la guitare et D.Kearns à la basse, pour offrir une prestation en bloc de béton qui vous tombe sur la gueule au coin d’une rue de Melbourne. La chaleur australe aurait-elle accéléré le processus de décomposition de compositions déjà bien faisandées à la base ? C’est en tout cas le constat dressé par ce premier album ne faisant guère preuve d’empathie et ruant dans les brancards à la façon d’un razorback s’en prenant à une jeep un peu trop curieuse.

Pour autant, ne vous attendez pas à une ruade genre autochtones consanguins ne maîtrisant le langage qu’au travers de borborygmes incompréhensibles et censés faire fuir. VILE APPARITION s’exprime de façon intelligible, et traduit son discours dans un vocable Death parfaitement clair, permettant à ses morceaux de toucher au but d’un rapprochement originel, sans nier son éventuel attachement à son époque. Emballé dans une pochette à l’artwork superbe se cache donc un LP aux multiples dimensions, capable de passer d’une outrance symptomatique de la vague technique des années 90 (CRYPTOPSY et SUFFOCATION en tête de liste), à une finesse toute relative se reposant parfois sur des inserts Ambient malsains comme des regards de bête de foire prête à vous faire subir les pires sévices. Le tout est donc placé sous l’égide d’une volonté putride de choquer, tout en provoquant une légère admiration face à la dextérité instrumentale globale. Aussi old-school que peuvent l’être des cris de David Vincent perdus dans les limbes du purgatoire, ce premier album témoigne d’un désir d’immédiateté, nuancée d’ambitions concrètes, qui provoquent la lourdeur pour mieux stimuler la vélocité. D’un son gras et compact aux médiums légèrement irritants émane donc une créature des marais maudits, qui joue vite, très vite même, mais qui dose son effort sur la durée pour lui apporter une variété fort appréciable. En gros, on morfle, mais on ne s’ennuie guère, d’autant plus que les morceaux se suivent sans se ressembler, et portent parfois en eux les germes d’une volonté d’accrocher l’oreille, comme en témoignent les motifs hautement mémorisables de l’infernal « Malevolent Aphanatasia ». Et avec un niveau individuel assez notable permettant une osmose collégiale remarquable, les VILE APPARITION ne se contentent pas de refourguer des idées déjà largement exploitées par leurs prédécesseurs, et prolongent les élaborations amorcées par leur projet précédent, tout comme ceux de leur première démo publiée l’année dernière (Atrocious Captivity), que l’on retrouve ici en guise de bonus fort apprécié, qui permet d’ailleurs de constater le chemin accompli. Et celui-ci, loin de mener à une impasse, ouvre le champ des possibles et nous prouve que les australiens en ont encore sous le coude, eux qui manient l’art du contrepied avec un certain flair, et qui alternent les moments de débauche avec les instants de réflexion sadique pour mieux nous faire mal et donc nous faire du bien.

C’est évidemment assez classique dans le fond, mais riche dans la forme. En lâchant des riffs titillant le vibrato pour sonner plus hystérique, et en s’appuyant sur la polyvalence ultrarapide d’un percussionniste complètement déchainé (on pense même parfois au légendaire Pete Sandoval pour cette fluidité dans la puissance), Depravity Ordained fascine de son refus des facilités les plus éculées et des figures imposées encore un peu trop figées. Le chant légèrement Gore de Jamie Colic n’en rajoute pas dans le pathos saignant, et l’élan collectif dont fait preuve le quatuor permet de classer ce premier album aux premiers rangs d’une vague nostalgique qui parfois oublie d’en être créative autant qu’efficace. Ici, les deux notions priment, et les petites trouvailles rythmiques apportent un dynamisme incroyable à certaines pistes, les catapultant dans une dimension non passéiste, mais plus portée sur l’hommage, comme en témoigne le jet de bile incroyable de densité « Repulsive Desire ». Mais dès « Mauled and Nameless », les axes majeurs sont exposés, et les digressions peuvent commencer, bien que les quatre musiciens refusent de se cantonner au simple rôle de brutes épaisses. Ainsi, les soli presque space jazz de « The Gate » évoquent CYNIC, mais aussi PESTILENCE, alors que la trame de fond se plaît à célébrer l’esprit mystique des SUFFOCATION en plongeant dans un océan de gravité poisseux. Juxtaposant la pertinence cruelle et la finesse d’interprétation, les australiens s’extirpent donc du marasme de la globalité, sans négliger le fait qu’un bon album de Death doit permettre de headbanguer à s’en arracher la tête (« Aeon of Impalement »). Blasts efficaces et tombant toujours pile, guitares qui cherchent à intriguer et pas seulement à découper, instinct primaire mais beaucoup plus roublard qu’il n’en a l’air, et résultat global de haute tenue, qui appose le sceau de la tradition sur l’enveloppe de la transition, pour assurer le leadership à une nouvelle génération qui commence enfin à s’extirper de son immobilisme vintage pour faire progresser le passéisme et le transformer en recyclage.

Et en bonus, vous trouverez donc les quatre morceaux de la démo de 2017, qui offrent une conclusion assez étrange à l’affaire, le son étant évidemment beaucoup plus fluet, mais les capacités déjà flagrantes. Mais en substance, Depravity Ordained est une solide entrée en matière, qui place en avant-scène les VILE APPARITION, qui loin d’être une vilaine incarnation, ressemblent plutôt à une infernale INCANTATION…

 

Titres de l’album :

                         01 Mauled and Nameless      

                         02 Depravity Ordained          

                         03 Dissect to Enucleate         

                         04 Aeon of Impalement         

                         05 The Cursed Path

                         06 Malevolent Aphanatasia

                         07 Repulsive Desire

                         08 The Gate

                         09 Window of the Grotesque

                         10 The Abyssal Plain (demo 2017)

                         11 Anatomized Remnants (demo 2017)

                         12 Atrocious Captivity (demo 2017)                         

                         13 Featureless Deity (demo 2017)

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par mortne2001 le 21/01/2019 à 15:32
80 %    356

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
23/01/2019 à 13:11:39
C'est pas mal, pas technique "démonstration" quoi. J'y trouve un petit coté Dying Fetus à ce groupe...

RBD
membre enregistré
27/01/2019 à 13:59:11
En mode tontons flingueurs : "Y'en a"...

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Houff... bien que je sois beaucoup plus fan de Death que de Cynic, ça fait un choc. Je l'avais vu en 2008 avec Cynic quand ils tournaient avec Opeth, le premier album après reformation venait de sortir.


Oui très impressionnant sur scène, il faisait tous les backing vocals en plus. Il n'avait que 20 ans à l'époque. Un tueur.


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Pas particulièrement convaincu. Peut-être à ré écouter...


J'ai pas tenue plus d'une minute, pourtant comme bien d'autres parmi nous je suis plutôt éclectique et assez bon public, mais là je suis comme les mecs dans le clip, c'est ennuyeux...


"le premier vecteur d’appréciation d’une œuvre, c’est sa capacité à déranger et à bousculer."
Ah bon ?
Si Bach avait su ça il se serait pas fait chier avec ses contrepoints


C'est effectivement très court, mais ça semble bien sonner à mes oreilles de néo-amateur du groupe. J'attends la suite !