Third Impression

3.2

12/02/2021

Frontiers Records

Trois ans ou presque après le premier album du reboot de l’aventure 3, sous une version 2.0 (ou 0.2 selon les points de vue), Robert Berry revient avec 3.2 et un second longue-durée. Si vous avez suivi l’affaire de près, vous savez qu’en 2015, Robert Berry et Serafino de Frontiers avaient décidé de continuer un partenariat lucratif en remettant 3 sur les rails, avec l’aval de Keith Emerson. Mais alors que le concept était déjà largement dessiné pour offrir au public une continuité digne de ce nom, la tragédie frappa de plein fouet Robert, qui perdit son comparse Emerson. Triste comme les pierres, mais peu décidé à tout laisser tomber, Berry décida de continuer l’aventure en doublette avec le souvenir de son partenaire, utilisant les idées glanées au téléphone et échangées de vive voix, pour mettre en route 3.2. Grand bien lui en prit, puisque The Rules Have Changed, et son titre assez réaliste fut une réussite grandiose, renouant avec le Pomp Rock des années 80 tout en restant au contact du Progressif moderne tel qu’il fut défini par les légendes SPOCK’S BEARD et PORCUPINE TREE. Et trois ans plus tard, en utilisant la même méthode, Robert Berry nous propose donc le troisième tome des aventures de 3, qui une fois encore, entérine post-mortem le partenariat entre lui-même et Keith Emerson, qui de son au-delà s’implique toujours dans la création.

On peut trouver le procédé étrange, comme on trouvait bizarre et légèrement incommodante la collaboration entre McCartney, Harisson et Starr sur les deux morceaux laissés à l’état de démo par John Lennon sur les volumes Anthology, mais il n’empêche que le résultat est encore une fois à la hauteur de la légende des musiciens. Là où The Rules Have Changed représentait peu ou prou une reprise de contact avec un public abandonné dans les années 80 (…To The Power of Three date de 1988 quand même), ce Third Impression incarne la confirmation que nous attendions tous, même si le talent de Berry n’a plus besoin d’être prouvé depuis le temps.

Une fois encore, Robert a largement construit ce nouveau tome par lui-même, utilisant quelques idées restantes d’Emerson pour justifier du nom du projet. Les deux hommes ont donc encore une fois travaillé ensemble par procuration, et Third Impression, fonctionne donc sur plusieurs niveaux. D’abord, en tant que second album du reboot 3.2, puisque son éthique colle de près à la réalisation précédente, mais aussi en tant que troisième étape indirecte de 3, dans lequel il puise ses racines musicales. L’orientation n’a pas changé, avec ces inflexions Pop très prononcées, intégrées dans un ensemble purement 80’s progressive, et si l’album propose de longues pistes largement développées et riches comme l’ensemble de la discographie d’un MARILLION, l’œuvre reste encadrée par deux chansons à la luxuriance frappante, dont une clôture à laquelle Emerson a participé de très près.

Je sais pertinemment que lorsqu’on aborde le cas épineux du Pomp Rock, les portes commencent à se fermer, comme les visages. Pourtant, vous feriez une grande erreur en tournant le dos à ce Third Impression tant sa musique est puissante, et assez proche du Progressif dont vous vous sevrez à longueur d’année. Les morceaux ne sont pas de simples excuses démonstratives, mais bien de véritables chansons qui témoignent du potentiel toujours intact de Robert Berry, ce multi-instrumentiste de génie doublé d’un compositeur hors-pair. Le guitariste à cette fois-ci sorti l’argenterie et la porcelaine de Limoges, et nous offre une démonstration de force et d’émotion qui force le respect. Et avec une entame aussi ambitieuse que « Top of the World », impossible de se tromper sur la marchandise. En moins de neuf minutes, Robert nous prouve que la source des idées ne s’est pas tarie avec le temps, et nous déroule le tapis rouge d’une pièce progressive classique de toute beauté. On est immédiatement saisi par le son, ample, rond et gigantesque, qui offre à cette introduction toute la grandiloquence dont elle avait besoin.       

« Top of the World », passe par toutes les atmosphères, jouant l’acoustique pour nous électrifier d’une distorsion soudainement incontrôlable, osant le Folk pour mieux appuyer sur le Rock, et nous ramène à l’époque bénie des ELP et 3 évidemment, balises de qualité que le musicien respecte. On pense même à du Peter Gabriel des années 80 revu et corrigé par les souvenirs de GENESIS, à du IQ bien plus bombé, et lorsque la guitare du maître entre en lice, la caution Rock ne peut être réfutée.

Preuve s’il en fallait de la validité du projet, même en quasi solitaire, ce premier titre place la barre très haute et nous emmène au paradis, pour saluer la grâce et l’héritage de Keith Emerson, qui de son nuage doit être méchamment fier de son collègue. Tous les ingrédients sont immédiatement en place pour faire de cette suite la réussite qu’elle se devait d’être, et l’enchevêtrement des riffs, la complexité des parties, et la beauté des mélodies créent un vortex émotionnel dont on ne ressort pas indemne. Robert a pris grand soin pour cet album de varier ses thématiques et ses approches, et enchaîne les morceaux en prenant bien garde de jouer la diversité, lâchant soudainement un humble mais puissant « What Side You’re On » de moins de trois minutes. Et si Berry se demande dans quel camp se situent ses fans, il n’a pas de crainte à avoir : nous sommes dans le sien, et nous allons y rester.

L’album est d’une unité incroyable, d’une cohésion diabolique, tout en se montrant allusif au parcours historique de son leader. Ce mélange entre Hard-Rock vraiment dur et cette Pop méchamment séduisante est toujours aussi prépondérant (« Black of Night »), et l’instrumentation au-dessus de tout soupçon laisse émerveillé. Alors, de piste en piste, de voyage en voyage, l’âme se promène dans les couloirs d’une amitié musicale que même la mort n’a pas réussi à briser, et la magie de Third Impression opère à plein régime. On apprécie ces moments de calme (« Missing Piece », que Steven Wilson aurait pu adouber il y a quelques années), et ce single à la thématique ancrée dans son époque, qui nous rappelle l’union sacrée entre les synthés et la guitare (« A Fond Farewell »).

Mais si l’album est entamé par une pièce conséquente, il est aussi clôt par une autre pièce importante. « Never », et ses neuf minutes aurait déjà dû figurer sur The Rules Have Changed, mais n’avait pu être incluse pour des raisons de durée. Il s’agissait en effet du dernier morceau sur lequel Robert et Keith avaient collaboré, et porte donc une immense charge émotionnelle, que la musique retranscrit avec acuité. On pense à Neal Morse, certains aspects de DREAM THEATER, mais on réalise surtout que la collaboration entre deux géants de la musique peut défier la mort et ramener l’un d’entre eux à la vie, le temps d’une chanson.

Second tome des aventures uniques de 3.2, Third Impression en laisse une durable, mais sonne aussi comme le testament d’un projet que l’on voit mal continuer sous cette forme. Sans doute Robert se concentrera sur d’autres désirs à l’avenir, à moins qu’il n’enrôle de nouveaux camarades pour continuer d’écrire cette histoire fascinante.

.         

                                                                                              

Titres de l’album:

01. Top of the World

02. What Side You’re On

03. Black of Night

04. Killer of Hope

05. Missing Piece

06. A Bond of Union

07. The Devil of Liverpool

08. Emotional Trigger

09. A Fond Farewell

10. Never


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par mortne2001 le 11/03/2021 à 18:24
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@humu : tu cliques sur le tag "Druid Lord", ça te proposera cette chronique et également celle-ci : http://www.metalnews.fr/chroniques/grotesque-offerings 

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