Lorsqu’on pense à la Suisse, on pense Ferrari dans les rues, compte en banque bien fourni, exil fiscal, chocolat, stations de ski, et éventuellement, si la musique fait partie de vos passions, et le Metal par procuration, CELTIC FROST, THE YOUNG GODS, KROKUS, CORONER, MESSIAH, ALASTIS, 69 CHAMBERS, KRUGER, CREMATION, SAMAEL, SYBREED, et quelques autres évidemment puisque la référence Encyclopedia Metallum recense plus de mille ensembles nationaux, ce qui laisse un choix assez conséquent au moment de se plonger dans l’histoire du pays. A cette liste, en constante progression, vous avez certainement du ajouter un nom depuis le début des années 2010, celui des barges de CALCINED, qui avec deux longue-durée à son compteur commence à s’imposer sur la scène nationale comme une icône de la brutalité en devenir. Je l’avoue sans détour, avant de m’occuper du cas de ce Discipline, je n’avais jamais entendu parler de ces originaires de Bulle, ce qui peut se justifier par une production de plus en plus pléthorique. Ainsi, Tormenting Attractions m’était passé au-dessus de la tête, et ce sympathique quatuor stagnait dans les limbes de mon underground dont ils n’ont pas mis longtemps à s’extirper au vu du barouf qu’ils pratiquent sans discontinuer. Sans se placer sous l’égide d’influences trop envahissantes, nos amis suisses du jour avouent une passion sans faille pour la scène extrême contemporaine, et déclarent sans ambages vouloir faire le plus de dégâts possibles à vos oreilles. Tâche dont ils s’acquittent avec une foi indéfectible, via neuf morceaux qui ne font pas dans la dentelle ni dans le carré de chocolat au lait…Et si vous avez besoin de quelques pistes pour situer la démarche des marsouins, dites-vous qu’ils ont ouvert le rideau pour des formations telles qu’INVERACITY, CARNAL DECAY, INTERNAL SUFFERING, STILLBIRTH, CAUCHEMAR, PUTRIDITY, PERVERSE DEPENDANCE ou PIGHEAD, liste non exhaustive qui sera à même de vous fournir les indications idoines.

Dans les faits, comment se retranscrit ce besoin de bruit et d’horreur ? Dans le bruit et l’horreur évidemment, puisque nos amis suisses ne s’embarrassent pas de principes, et utilisent divers codes pour parvenir à leurs fins. C’est ainsi que nous tanguons entre Death vraiment féroce et Grind rosse, pour un ballet d’outrance qui n’accepte d’autre limite que celle du chaos, abyme que les CALCINED approchent en plus d’une occasion. En traitant la violence de façon pure mais plurielle, et en transcendant les canons de SUFFOCATION pour les rendre encore plus étouffants, ce quatuor de malfaisants (Lionel - batterie, Piffeux - basse/chœurs, Magnus - chant et Jack - guitare) se rapproche d’une forme très concentrée de Brutal Death, sans en adopter les travers répétitifs ou les démonstrations de cacophonie irritantes. Du coup, l’accroche stylistique n’en est que plus difficile à définir, puisque les suisses prennent un malin plaisir à tout vandaliser, et à souiller le Thrash, opacifier le Death et enfumer le Grind, pour finalement, nous étouffer d’effluves nocives généralistes, mais qui en même temps restent très personnelles. Ne comptez pas sur moi pour vous aiguiller sur une voie particulière, puisque le barouf du quatuor est assez indéfinissable, et renforcé dans son unicité par une pratique instrumentale prônant à égales parts la débauche la plus triviale et la précision instrumentale la plus implacable. Techno-Bestial Death ? C’est un concept qui me plait, et renforcé dans son optique par une osmose collégiale assez effarante, car même dans les moments où le foutoir le plus total règne en maître, on sent en filigrane un peaufinage qui en dit long sur l’amour que portent ces musiciens à la cruauté musicale amenée avec intelligence et sadisme. Alors évidemment, certains riffs sentent bon le Death ricain, et portent même la patte d’un MORBID ANGEL en cure de folie augmentée (« Crown of Mercy », et ses petits pitchs de vibrato si facilement reconnaissables), et l’ensemble sait rester classique dans sa démence, mais l’exubérance dont font preuve ces tarés est complètement contagieuse, et vous oblige à reconsidérer la place immuable du nord et du sud, tant vous risquez de perdre tout sens de l’orientation à son écoute. Alors qu’un riff vous oblige à écouter à gauche, un hurlement strident vous fait soudainement loucher vers la droite, avant qu’une rythmique acrobatique ne vous force à diverger complètement. C’est donc à une somme conséquente d’idées à laquelle nous faisons face, et qui permet à Discipline de prendre corps et de se dessiner comme la chambre capitonnée qu’il incarne.

Folie et démonstration, furie et démolition, telles sont les mamelles de cette œuvre unique, qui sous couvert d’une violence exacerbée se montre beaucoup plus futée qu’elle n’y parait. Il est toujours possible de l’envisager comme un exutoire ultime, mais ne pas y reconnaitre le travail d’orfèvres de la cruauté serait d’une injustice crasse. Car sous des atours peu flatteurs, les quatre musiciens prouvent pendant presque quarante minutes qu’ils sont des instrumentistes fameux, qui n’ont pas peur de mettre leur technique au service d’une brutalité excessive, mais terriblement jouissive. Certes, on est parfois bousculé au point de se demander si le soleil se lève toujours à l’est (« Tormenting Attractions », sorte de mélange improbable entre GOROD, IMMOLATION, DEATHSPELL OMEGA et les KRUGER), mais cette sensation d’abandon est réellement plaisante, et rares sont les albums du cru à faire preuve de suffisamment d’audace pour s’extirper de la masse grouillante des bruitistes en mal de purgatoire. Et comme en sus, les suisses basent leurs interventions sur une dualité vocale schizophrénique terriblement efficace, on se laisse dériver le long des courants de l’extrême, sans vraiment avoir le temps de se demander dans quelle caserne ranger cette armée. Ultraviolent, mais jamais gratuitement, CALCINED est une sorte de backfire qui vous saute à la gueule une fois la porte de la cave ouverte, un feu couvant qui attendait désespérément un peu d’oxygène pour exploser, et qui se déchaîne dans un déferlement constant de pirouettes rythmiques, de hurlements hystériques, et de riffs cycliques (« Sit on the Mount of Fire »), histoire de bien vous brûler la face et le reste. Alors, bien sûr, les plus modérés fuiront à toutes jambes dans une combinaison ignifugée, mais les plus tarés y verront une excellente occasion de se défouler, d’autant plus que l’intensité ne retombe jamais.

On trouve des similitudes flagrantes entre les morceaux, mais le parti-pris choisi ne pouvait éviter une certaine redite, même si le tempo accélère parfois de façon drastique pour incarner une sorte de pinacle Death/Grind de première bourre (« Capricornus »). Et ces malotrus n’hésitent pas à agrémenter leur apocalypse sonore de quelques astuces en forme de samples, histoire de transformer leur second LP en bande originale de l’horreur la plus absolue (« McBeth (Act.V SC.1) », c’est ce pauvre William qui doit être content). Et si la bestialité revendiquée ne vous incite toujours pas à prendre la poudre d’escampette, c’est certainement que vous faites partie de la même catégorie de psychopathes que ces dégénérés, et que vous avez donc trouvé une nouvelle famille d’adoption. Et vous m’en voyez fort satisfait, moi qui aime unir les bargeots de tous pays.     


Titres de l’album :

                           1. Sit on the Mount of Fire

                           2. Capricornus

                           3. McBeth (Act.V SC.1)

                           4. The Long Horn

                           5. Nod

                           6. Morbid Pulse

                           7. Crown of Mercy

                           8. Children into the Furnace

                           9. Tormenting Attractions

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 11/01/2019 à 17:07
78 %    96

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Religious Observance

Utter Discomfort

Visavis

War Machine

Cemetery Urn

Barbaric Retribution

Nekrofilth

Worm Ritual

Of Hatred Spawn

Of Hatred Spawn

Wyrms

Altuus Kronhorr - La Monarchie Purificatrice

Barshasketh

Barshasketh

Ravenface

Breathe Again

Blosse

Era Noire

Perversor

Umbravorous

Calcined

Discipline

Devil On Earth

Kill The Trends

Skald

Le Chant des Vikings

Cosmic Atrophy

The Void Engineers

Pissgrave

Suicide Euphoria

Blood Feast

Chopped, Sliced and Diced

The Intersphere

The Grand Delusion

Nachtmystium

Resilient

Billy Bio

Feed the Fire

Sacrosanct

Necropolis

Powerwolf + Amaranthe + Kissin' Dynamite

JérémBVL / 18/01/2019
Powerwolf

Klone unplugged

RBD / 17/12/2018
Acoustique

Brutal Metal DTP Gig

Simony / 12/12/2018
Black Metal

LIVE REPORT - TYRANT FEST 2018 - JOUR 2

Mold_Putrefaction / 05/12/2018
Black Metal

Concerts à 7 jours

+ Venefixion + Defenestration

19/01 : Brasserie Bleizi Du, Morlaix ()

Photo Stream

Derniers coms

Oui mercato réussi.


Ça ressemble à un record de coms ça !


Oui je trouve aussi. Fiable quoi.


Cela semble être une bonne idée...


Je n'ai pas lu le livre de Moynihan qui est, paraît-il, plutôt complaisant avec tout l'ensemble y compris ce qu'il y a de plus inacceptable. Au-delà de ce que je rejette très fermement les meurtres et incendies de lieux de culte, je ne me suis jamais reconnu dans le Black Metal même sous un sim(...)


On a vraiment lu tout et son contraire sur ces histoires, sans compter le mystère entretenu par les protagonistes de l'époque. J'ai beau essayé de faire le blasé, de me dire que c'était que des "petits cons", des abrutis, que le bouquin n'est qu'un torchon un peu trop orienté, il n'empêche qu(...)


Excellente chronique... j'avais découvert avec l'album précédent sans approfondir plus que ça. Tu viens de réanimer ma curiosité Mortne2001 !
C'est d'une saleté indécemment propre au niveau de la production là où la concurrence balance des riffs lambda avec une production crasseuse p(...)


J'espère juste que le film dira clairement que les protagonistes n'étaient que des petits cons paumés... Mais sinon, oui, rien qu'avec l'attention portée aux détails, ça donne envie, clairement.


Trailer bien plus convaincant que les précédents. Et oui le " Based on truth and lies " est bien pensé.
Ça fait envie.


En tout cas beau job de l'ensemble de l'équipe de ce site, avec une chouette ergonomie. Bon, j'ai pas pigé comment on fait pour aller directement suivre un fil de discussions/commentaires sans passer par le titre du thème concerné, mais pas grave.


Sans conteste, ce qui précède est en lice pour être la meilleure discussion dans le futur top 2019...


Putain, ça donne envie tout de même hein...
Pis le "Based on truth and lies" est tellement bien trouvé bon dieu de dieu !


Vive le Méan !


Lemmy disait : "Tant qu'il y aura 2 ou 3 mecs pour jouer et 2 ou 3 autres pour les écouter, le rock se portera bien".
Donc tant qu'il y a aura 2 ou 3 personnes pour écrire et 2 ou 3 autres pour les lire, Metalnews se portera bien ! :-D
Lemmy disait aussi : "C'est pas ta soeur qui m'i(...)


Putain, vla l'équipe :D ! Entre un promoteur de boxe véreux, moi qui pète une durite pour rien et un Bernard Pivot sous je ne sais quelle(s) substance(s) ! Les gens vont se barrer !


Pas eu le temps d'appeler le docteur... je m'excuse ! :-)


... et de consulter... oui, de consulter... vite !


Alors non, une bonne fois pour toutes, on ne s'excuse pas ! C'est bien trop facile !!! On demande pardon, on présente ses excuses, on prie de bien vouloir nous excuser mais tout ! L'excuse est à présenter à l'autre et non à soi même !

"Salut M'dame, je viens de m'introduire chez t(...)


Enfoiré :D Mais c'est ça, lu (beaucoup) trop vite donc compris de travers et je m'en excuse ;).
Rien à voir mais j'en profite, y'a du monde qui va à Morlaix pour la date la plus bestiale de l'année ce samedi ?


On a lu le même livre Grinder92 !!