Discipline

Calcined

23/11/2018

Great Dane Records

Lorsqu’on pense à la Suisse, on pense Ferrari dans les rues, compte en banque bien fourni, exil fiscal, chocolat, stations de ski, et éventuellement, si la musique fait partie de vos passions, et le Metal par procuration, CELTIC FROST, THE YOUNG GODS, KROKUS, CORONER, MESSIAH, ALASTIS, 69 CHAMBERS, KRUGER, CREMATION, SAMAEL, SYBREED, et quelques autres évidemment puisque la référence Encyclopedia Metallum recense plus de mille ensembles nationaux, ce qui laisse un choix assez conséquent au moment de se plonger dans l’histoire du pays. A cette liste, en constante progression, vous avez certainement du ajouter un nom depuis le début des années 2010, celui des barges de CALCINED, qui avec deux longue-durée à son compteur commence à s’imposer sur la scène nationale comme une icône de la brutalité en devenir. Je l’avoue sans détour, avant de m’occuper du cas de ce Discipline, je n’avais jamais entendu parler de ces originaires de Bulle, ce qui peut se justifier par une production de plus en plus pléthorique. Ainsi, Tormenting Attractions m’était passé au-dessus de la tête, et ce sympathique quatuor stagnait dans les limbes de mon underground dont ils n’ont pas mis longtemps à s’extirper au vu du barouf qu’ils pratiquent sans discontinuer. Sans se placer sous l’égide d’influences trop envahissantes, nos amis suisses du jour avouent une passion sans faille pour la scène extrême contemporaine, et déclarent sans ambages vouloir faire le plus de dégâts possibles à vos oreilles. Tâche dont ils s’acquittent avec une foi indéfectible, via neuf morceaux qui ne font pas dans la dentelle ni dans le carré de chocolat au lait…Et si vous avez besoin de quelques pistes pour situer la démarche des marsouins, dites-vous qu’ils ont ouvert le rideau pour des formations telles qu’INVERACITY, CARNAL DECAY, INTERNAL SUFFERING, STILLBIRTH, CAUCHEMAR, PUTRIDITY, PERVERSE DEPENDANCE ou PIGHEAD, liste non exhaustive qui sera à même de vous fournir les indications idoines.

Dans les faits, comment se retranscrit ce besoin de bruit et d’horreur ? Dans le bruit et l’horreur évidemment, puisque nos amis suisses ne s’embarrassent pas de principes, et utilisent divers codes pour parvenir à leurs fins. C’est ainsi que nous tanguons entre Death vraiment féroce et Grind rosse, pour un ballet d’outrance qui n’accepte d’autre limite que celle du chaos, abyme que les CALCINED approchent en plus d’une occasion. En traitant la violence de façon pure mais plurielle, et en transcendant les canons de SUFFOCATION pour les rendre encore plus étouffants, ce quatuor de malfaisants (Lionel - batterie, Piffeux - basse/chœurs, Magnus - chant et Jack - guitare) se rapproche d’une forme très concentrée de Brutal Death, sans en adopter les travers répétitifs ou les démonstrations de cacophonie irritantes. Du coup, l’accroche stylistique n’en est que plus difficile à définir, puisque les suisses prennent un malin plaisir à tout vandaliser, et à souiller le Thrash, opacifier le Death et enfumer le Grind, pour finalement, nous étouffer d’effluves nocives généralistes, mais qui en même temps restent très personnelles. Ne comptez pas sur moi pour vous aiguiller sur une voie particulière, puisque le barouf du quatuor est assez indéfinissable, et renforcé dans son unicité par une pratique instrumentale prônant à égales parts la débauche la plus triviale et la précision instrumentale la plus implacable. Techno-Bestial Death ? C’est un concept qui me plait, et renforcé dans son optique par une osmose collégiale assez effarante, car même dans les moments où le foutoir le plus total règne en maître, on sent en filigrane un peaufinage qui en dit long sur l’amour que portent ces musiciens à la cruauté musicale amenée avec intelligence et sadisme. Alors évidemment, certains riffs sentent bon le Death ricain, et portent même la patte d’un MORBID ANGEL en cure de folie augmentée (« Crown of Mercy », et ses petits pitchs de vibrato si facilement reconnaissables), et l’ensemble sait rester classique dans sa démence, mais l’exubérance dont font preuve ces tarés est complètement contagieuse, et vous oblige à reconsidérer la place immuable du nord et du sud, tant vous risquez de perdre tout sens de l’orientation à son écoute. Alors qu’un riff vous oblige à écouter à gauche, un hurlement strident vous fait soudainement loucher vers la droite, avant qu’une rythmique acrobatique ne vous force à diverger complètement. C’est donc à une somme conséquente d’idées à laquelle nous faisons face, et qui permet à Discipline de prendre corps et de se dessiner comme la chambre capitonnée qu’il incarne.

Folie et démonstration, furie et démolition, telles sont les mamelles de cette œuvre unique, qui sous couvert d’une violence exacerbée se montre beaucoup plus futée qu’elle n’y parait. Il est toujours possible de l’envisager comme un exutoire ultime, mais ne pas y reconnaitre le travail d’orfèvres de la cruauté serait d’une injustice crasse. Car sous des atours peu flatteurs, les quatre musiciens prouvent pendant presque quarante minutes qu’ils sont des instrumentistes fameux, qui n’ont pas peur de mettre leur technique au service d’une brutalité excessive, mais terriblement jouissive. Certes, on est parfois bousculé au point de se demander si le soleil se lève toujours à l’est (« Tormenting Attractions », sorte de mélange improbable entre GOROD, IMMOLATION, DEATHSPELL OMEGA et les KRUGER), mais cette sensation d’abandon est réellement plaisante, et rares sont les albums du cru à faire preuve de suffisamment d’audace pour s’extirper de la masse grouillante des bruitistes en mal de purgatoire. Et comme en sus, les suisses basent leurs interventions sur une dualité vocale schizophrénique terriblement efficace, on se laisse dériver le long des courants de l’extrême, sans vraiment avoir le temps de se demander dans quelle caserne ranger cette armée. Ultraviolent, mais jamais gratuitement, CALCINED est une sorte de backfire qui vous saute à la gueule une fois la porte de la cave ouverte, un feu couvant qui attendait désespérément un peu d’oxygène pour exploser, et qui se déchaîne dans un déferlement constant de pirouettes rythmiques, de hurlements hystériques, et de riffs cycliques (« Sit on the Mount of Fire »), histoire de bien vous brûler la face et le reste. Alors, bien sûr, les plus modérés fuiront à toutes jambes dans une combinaison ignifugée, mais les plus tarés y verront une excellente occasion de se défouler, d’autant plus que l’intensité ne retombe jamais.

On trouve des similitudes flagrantes entre les morceaux, mais le parti-pris choisi ne pouvait éviter une certaine redite, même si le tempo accélère parfois de façon drastique pour incarner une sorte de pinacle Death/Grind de première bourre (« Capricornus »). Et ces malotrus n’hésitent pas à agrémenter leur apocalypse sonore de quelques astuces en forme de samples, histoire de transformer leur second LP en bande originale de l’horreur la plus absolue (« McBeth (Act.V SC.1) », c’est ce pauvre William qui doit être content). Et si la bestialité revendiquée ne vous incite toujours pas à prendre la poudre d’escampette, c’est certainement que vous faites partie de la même catégorie de psychopathes que ces dégénérés, et que vous avez donc trouvé une nouvelle famille d’adoption. Et vous m’en voyez fort satisfait, moi qui aime unir les bargeots de tous pays.     


Titres de l’album :

                           1. Sit on the Mount of Fire

                           2. Capricornus

                           3. McBeth (Act.V SC.1)

                           4. The Long Horn

                           5. Nod

                           6. Morbid Pulse

                           7. Crown of Mercy

                           8. Children into the Furnace

                           9. Tormenting Attractions

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 11/01/2019 à 17:07
78 %    571

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jefflonger

Très sympa à regarder cette vidéo, merci. De mon côté j'ai vu plusieurs fois le groupe en concert sans posséder les albums. L'erreur est réparée  et je les écoute maintenant régulièrement sauf sign of the d(...)

24/02/2021, 17:41

POMAH

C'est pas mal du tout. Cela manque un poil d'agressivité, mais y'a du bon la dedans.Cela me rappel Betray my secrets - Shamanic dreams. 

24/02/2021, 17:15

Gargan

Vraiment hâte d'écouter, en espérant un mix entre nostalgie et des riffs de qualité de l'époque plus récente.

24/02/2021, 13:02

RBD

En voilà qui ont mangé du Slayer quand ils étaient petits. On dirait du The Haunted.

24/02/2021, 12:10

Gargan

Vidéo sympa, bien que j'ai du mal avec le rythme et la lecture de notes. ça viendra.Scène découverte sur le tard, avec comme favoris le contamination rises de No return et le sublime dementia des Louds, symposium d'Agressor et signs of the decline vena(...)

23/02/2021, 18:42

Buck Dancer

Une petite mise en bouche avant la sortie d'un EP de nouvelles compos.... dans 4 ou 5 ans ? 

23/02/2021, 13:41

Arioch91

Massacra, un pote de bahut achetait des CD par palettes entières tous les mois.Il m'en passait quelques uns. J'en copiais certains sur K7 mais j'avais trop d'un coup. Aussi le premier Massacra fut vite passé aux oubliettes, comme malheureusement plein d&a(...)

23/02/2021, 09:17

Humungus

Je ne connais pas le groupe mais il est toujours triste que des fans de BLACK FLAG et de Suze se sépare...

23/02/2021, 09:10

Humungus

AAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!! !!! !!!J'en rêvais !!! Ils l'ont fait !!!En souhaitant effectivement que la légende perdure putain !

23/02/2021, 08:58

POMAH

Si c,est aussi bon qu'Iron Man, achat direct.

23/02/2021, 08:50

Solo Necrozis

Hâte d'entendre ça... Iron Man, c'était quelque chose.

23/02/2021, 08:06

Bones

Exact, encore du Thrash vendu au mètre. Maîtrise, codes bien présents... mais la magie n'opère pas non plus chez moi.

23/02/2021, 07:47

Bones

Ah merdum, dommage qu'ils cèdent à cette facilité là.  J'y jetterai forcément une oreille mais ça fera forcément moins tripper que des compos personnelles.   Manque d'inspiration ? Paresse ?Je suis en plein retour no(...)

23/02/2021, 07:44

Bones

Pardon.   Final Holocaust - Enjoy - Signs.Donc je voulais parler d'un 4ème album dans la même veine.  ;-)

23/02/2021, 07:34

Buck Dancer

Encore un très bon morceau de Baest. L'album s'annonce bien. 

23/02/2021, 02:16

Buck Dancer

Pour moi Massacra c'est surtout Signs of the Decline. J'ai moins écouté et accroché aux deux premiers albums, mais celui-ci a tourné en boucle pendant longtemps. Comme le Abject Offerings de qui vous savez.... 

23/02/2021, 02:12

Bones

Après réécoute de Sign of the Decline depuis 2 jours, je me demande comment le groupe aurait pu maintenir de l'intérêt et faire un 3ème album dans la même veine sans risquer l'auto-plagiat, à moins de ralentir complètement leu(...)

22/02/2021, 23:32

RBD

Intéressant. J'étais passé à côté de Massacra du fait de ce que mon intérêt pour le Metal extrême s'est manifesté alors qu'ils venaient d'arrêter, et comme j'ai dû m'initier au Death Metal(...)

22/02/2021, 19:13

Arioch91

"Certes, c'est bien fait, rien à dire, mais ça m'interpelle pas plus que 90% des sorties thrash du moment"Rien à ajouter.L'impression d'avoir entendu ça tellement de fois et par tellement de groupes différents(...)

22/02/2021, 16:01

LeMoustre

Voilà quelque chose qui attire le regard : logo à lettres pointues et fluos, texte de la chronique avec de bien belles références (Living Death !!) et quelques instants après le lancement du titre ci-dessus, ben le soufflet retombe un peu, car rien de comparable(...)

22/02/2021, 14:19