Warrior

Soleil Moon

09/08/2019

Frontiers Records

A regarder cette sémillante pochette avec cette magnifique guerrière au visage superbe, semblant prête à affronter les pires dangers cachés derrière cette porte gardée par un sorcier du futur, n’importe quel chaland serait en droit de se dire sans en savoir plus que SOLEIL MOON propose un Power Metal de bon aloi, à tendance symphonico-gothique, et pourtant, rien ne pourrait être plus faux. S’il est certain que cet artwork réussi entraîne sur une mauvaise piste, difficile toutefois d’extrapoler sur les chances de tomber sur un groupe de pur Melodic Rock tirant vers l’AOR, mais les connaisseurs savent très bien que SOLEIL MOON, créé il y a déjà quelques années en est l’un des plus ardents défenseurs et des plus nobles représentants. Pas grand-chose à voir donc avec la frimousse de Soleil Moon Frye, puisque le souhait de Larry King (chant, claviers) et de John Blasucci (claviers) était dès le départ d’enregistrer une musique personnelle, hautement émotive, qui avec les années s’est transformée en véhicule pour histoires intimes et mélodies toutes plus pures les unes que les autres. Seul reproche que l’on puisse adresser au tandem, son manque cruel de régularité, puisque depuis la création du groupe, seuls deux longue-durée sont venus nous réchauffer, World Apart en 1999 et On The Way To Everything en 2011. Pas vraiment constant donc ce tandem, qui huit ans après sa dernière trace en studio signe un deal avec les infatigables italiens de Frontiers, distribuant donc ce troisième LP que plus personne n’attendait, et qui va pourtant réjouir tous les amateurs d’harmonies ciselées et de riffs contrôlés. On constate que le glissement opéré vers un AOR de plus en plus prononcé s’est encore accentué, certains morceaux franchissant même le Rubicon de la Pop musclée, ce qui ne doit surtout pas vous inhiber. Car le talent des musiciens et des composteurs est tellement flagrant, que ces quelques instants de douceur assumée sont parfaitement délicieux et admirablement bien tournés.

D’autant plus que ce versant romantique est abordé avec la plus grande intelligence. Malgré la présence de deux claviers, inutile de craindre des débordements sirupeux à la REO SPEEWAGON ou ASIA, puisque la guitare, maniée par les mains expertes de Chris Siebold n’est jamais laissée pour compte ou considérée comme un parent pauvre. C’est une chose que l’on comprend d’ailleurs dès « ’72 Camaro », qui célèbre la mécanique galbée de la Chevrolet de la même façon que Bryan Adams nous racontait son été 69, et qui à l’origine fut conçue comme un single du MICHAEL THOMPSON BAND (le groupe de Larry) en préparation du Frontiers Rock Festival de Milan l’année dernière. Petit brulot ciselé comme un joyau, ce premier morceau met dans le bain et permet de comprendre la philosophie d’un groupe mené par un leader qui n’a toujours fait que ce qu’il voulait, « sans menottes » comme il se plaît à le dire. L’album lui aussi est empreint de liberté, et cette guerrière séduisante mais menaçante n’est rien de moins qu’une métaphore sur la jungle du business, qui oblige les musiciens à se comporter plus en combattants qu’en artistes la plupart du temps, histoire de garder leur libre arbitre et de continuer à composer la musique qu’ils aiment. Et cette musique ici est absolument sublime, recherchée, fouillée dans les moindres détails, au point de sonner parfois comme l’acmé d’un style né à la fin des années 70 et perfectionné par des légendes comme JOURNEY. Ainsi, le terriblement dansant et sautillant « You And I » pourra bien évidemment faire frémir d’horreur les fans de distorsion extrême, mais les plus sensibles y reconnaîtront une démarcation des thèmes de HAYWIRE, lorsque le groupe squattait les charts avec « Black and Blue ».

L’écueil majeur de ce genre de réalisation étant toujours une trop grande homogénéité le confinant à la reproduction un peu trop fidèle, les amateurs seront ravis d’apprendre que la variété a été privilégiée, et que chaque morceau possède son identité propre. « Chaque chanson vous emmène dans son propre morceau d’espace-temps, créant une sorte de petit film pour les oreilles ». C’est ce que déclare King, et personne n’ira le contredire, spécialement lorsque les dites chansons vous font effectivement voyager aux confins d’un Melodic Rock de grande classe (« Just So You Know »). Depuis le début de sa carrière, Larry a toujours su s’entourer, et il n’est pas étonnant de constater que la liste de ses parrains/collaborateurs/amis comprend des noms aussi prestigieux que John Blasucci, Khari Parker, Alan Berliant, Chris Siebold, Lee Sklar, Vinnie Colaiuta, Joie Scott, Opal Staples, Mike Harvey, Kelly Keagy (NIGHT RANGER), Jeff Morrow, Cheryl Wilson, Craig Bauer, Jeff Breakey, et bien sûr, Michael Thompson, qui peuvent être fiers du soutien qu’ils ont apporté à ce vocaliste/compositeur aussi sincère qu’il n’est talentueux. Constamment sur la brèche d’un Hard Rock adouci de Pop et de mélodies Folk, Warrior est le genre de disque qu’on écoute avec attention et le cœur ouvert, et qui se révèle par touches fugaces après nous avoir éclairés de sa lumière dès la première écoute. Disposant d’un son très vintage, très proche des standards des années 80 (c’est très frappant au regard de la batterie, sur des titres nuancés mais appuyés comme « Can’t Go On » ou « Here For You »), ce troisième LP est donc aussi proche de la perfection qu’un ascète l’est de ses convictions, et les chansons s’enchaînent, imperfectibles, sincères, parfois syncopées et souples (« How Long », difficile de résister à ces harmonies vocales), et parfois dramatiques comme un blockbuster des eighties décidant de tirer quelques larmes des paupières (« Halfway To Nowhere »).

Rarement album d’AOR/Melodic Rock n’aura sonné aussi sincère, et il n’est pas surprenant de constater pourquoi Larry et les siens (on retrouve au tandem rythmique Khari Parker au kit et Alan Berliant à la basse, discrets, mais en soutien total) préfèrent attendre le bon moment pour écrire un nouveau chapitre à leur histoire. Quelques rapprochements peuvent se faire, éventuellement, en pensant au LITTLE RIVER BAND, mais la beauté formelle et gracile de la ballade « Before The Rainbow » démontre que SOLEIL MOON ne peut être comparé qu’à lui-même, son talent n’ayant d’égal que le pragmatisme dont il fait preuve au moment de composer de véritables morceaux, et non pas des hymnes prétextes pour affoler les foules. Du début à la fin, on attend en vain le moindre faux-pas, nous réjouissant lorsque « Warrior » débute comme un faux inédit de BON JOVI période Keep The Faith, mais ces quelques astuces de citation ne sont que des anecdotes au regard de l’incroyable somme de travail personnel dégagé. Beaucoup de claviers donc, mais qui sonnent vrai et pas pomp, des finesses rythmiques et mélodiques, et un résultat qui vient combler une absence de huit ans, liant la puissance à l’émotion avec un équilibre fascinant. La vie est en effet une lutte constante, chacun se devant de rester sur ses gardes, mais il est bon parfois de s’abandonner au bonheur d’un instant volé, quiétude passagère qui s’accompagne d’une bande son de rêve, celle de ce troisième album qui risque fort de souligner les instants les plus heureux de votre existence.

   

Titres de l’album :

                      1. ’72 Camaro

                      2. Here For You

                      3. You And I

                      4. Just So You Know

                      5. Can’t Go On

                      6. Halfway To Nowhere

                      7. How Long

                      8. Nothing Matters

                      9. When I’m With You

                      10. Before The Rainbow

                      11. Warrior

                      12. 420 (Hidden Track)

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 09/08/2019 à 18:03
90 %    334

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

Concerts à 7 jours
Freedom Call + Primal Fear 23/09 : Machine, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

Pas emballé à la première écoute, notamment a cause du chant, j'apprécie maintenant de plus en plus. Curieux d'écouter le reste. 

22/09/2020, 16:00

Chemikill

Euh...donc pardon, pour répondre à ta question,  non je n'ai pas joué dans Mercyless,  on avait partagé l'affiche avec mon groupe sur une paire de dates en Bretagne. 

22/09/2020, 13:22

Chemikill

Yyrkoon. De Picardie.

22/09/2020, 13:01

Jus de cadavre

Eh beh... merci beaucoup pour les coms plus haut ! Ça fait rudement plaisir on va pas se mentir ! Ça motive carrément pour continuer ! Concernant le "bouton like" des news, Raumsog à tout résumé : "Perso j'y vois en fait un(...)

22/09/2020, 12:53

Humungus

"Les emojis (...) permettent de nuancer un propos, sachant que la perception que chacun peut avoir de la lecture d'un commentaire est très variable"J'ai bien compris le truc cher grinder92...Et c'est bien ce que je regrette (en plus du look "chou(...)

22/09/2020, 12:39

Arioch91

Anéfé :)

22/09/2020, 12:00

grinder92

Certes, sauf que j'aime bien maîtriser les choses et que j'héberge également le forum... Ca permet aussi d'avoir un forum avec notre nom de domaine plutôt qu'un domaine externe. Et de plus les inscriptions sur le forum se repor(...)

22/09/2020, 11:59

Arioch91

Concernant le forum, pour en avoir un moi-même, je ne me suis pas pris le chou : solution gratuite et complète chez forumactif.com.C'est du PHPbb derrière, maintenu par ForumActif qui propose templates et autres outils pour le personnaliser à sa convenance.(...)

22/09/2020, 11:48

grinder92

Salut à tous, merci pour vos retours... c'est aussi pour ça qu'on bosse !   Concernant les li(...)

22/09/2020, 11:13

LeMoustre

En effet, je pense être l'auteur de la chronique plus mesurée sue un autre site. Assez d'accord avec ce papier du coup. 

22/09/2020, 10:29

Arioch91

@Raumsog : "Et je rejoins les comms ci-dessus, metalnews est devenu un passage journalier incontournable et c'est très agréable donc continuez comme ça!"Carrément !Je me régale à lire les chroniques, les news, Metal News est(...)

22/09/2020, 10:17

Raumsog

@grinder92 : hahahaha LET THE FIGHT BEGIN   @humungus : en tant que vieux con en devenir, je me suis aussi(...)

22/09/2020, 09:58

Arioch91

Suis pas très Napalm Death d'habitude mais j'adore le fait qu'en écoutant cet album, la plupart des morceaux s'insinuent rapidement dans la tronche et je me surprend à en avoir en tête certains toute la journée.A côté, j&a(...)

22/09/2020, 08:56

coquerelle

J,  aime. Beaucoup ce. Titre de ce groupe. Cà. Me rapeelle rammstein. Et fear factory

22/09/2020, 07:56

Living Monstrosity

Un bon petit riffing et une vidéo... pfouuuu !  impeccable ! 

22/09/2020, 07:55

Eliminator

De Metallica je ne connaissais que le Black album et Master, à l'époque j'écoutais  surtout Pantera, Sepultura, Fear Factory, Machine head et puis ensuite le metal extrème autant black que death. Metallica c'était pour moi trop mainstream. Pl(...)

22/09/2020, 03:20

Simony

Bien d'accord avec toi Saddam Mustaine, un homme de l'ombre mais dont l'apport à la scène Rock est juste énorme.

21/09/2020, 21:52

metalrunner

C est brutal haineux malsain du vrai Death.Monsieur Otero beau boulot et félicitation au batteur il défonce tout..Pour les actions chez Mercyless vous allez pas être millionnaire

21/09/2020, 20:34

Saddam Mustaine

@Chemikill.Tu étais membre du groupe ?

21/09/2020, 20:24

Saddam Mustaine

Une légende.

21/09/2020, 20:21