Si d’aventure vous trouviez les éclaircies matinales un peu trop joyeuses et annonciatrices d’une journée à la gaieté fort peu à propos, j’ai une solution toute faite pour vous.

Pour chasser les bonnes ondes et les pensées positives de votre cerveau embrumé par les mauvaises nouvelles, il vous suffit de vous coller entre les oreilles le dernier LP des Italiens de NEBRUS. Vous retrouverez en quelques secondes votre misanthropie naturelle et les rais du soleil ne seront plus qu’un mauvais souvenir…Car après tout, personne n’a forcément envie de voir la vie du bon côté, et loucher vers les ténèbres est parfois la mise en abime dont notre psyché abimée a besoin.

Je dissertais récemment sur l’ouverture dont le Black Metal fait preuve depuis quelques années, me réjouissant du caractère novateur de certains ensembles bien décidés à repousser les limites du mal. Mais je constate aussi avec délectation que certains n’ont cure de ce désir d’expansion, et continuent de s’abreuver à la fontaine diabolique de l’esprit d’origine.

On le sait, le Black Italien peut se montrer aussi aventureux que conservateur. Des artistes sombres comme NEFARIUM, KULT, NOX ILLUNIS et ARCANUM INFERI sont là pour prouver qu’après tout, les règles telles qu’elles ont été établies aux origines sont toujours d’actualité, et que le chemin traversant les forêts les plus inextricables peut être suivi sans craindre l’opprobre d’un jugement dit « moderniste ».

A cette liste de noms bien évidemment tout sauf exhaustive (la scène Black étant une des plus fertiles de l’extrême, et particulièrement chez nos amis transalpins), vient s’ajouter celui déjà connu de NEBRUS, qui avec le terrifiant Exta Malorvm nous rappelle à quel point les sons les plus élémentaires et les arrangements les plus caverneux sont à même de satisfaire notre appétit de violence sourde et luciférienne.

Si Noctuaria et Mortifero avaient débuté leur carrière sous l’égide d’un Doom funèbre délicatement teinté de Black basique, leur marge de progression a évolué de façon exponentielle pour aujourd’hui atteindre une sorte d’apogée dans l’horreur, sans qu’ils n’aient renié aucun de leurs préceptes antérieurs.

On retrouve sur ce deuxième LP (quatre ans après l’initial From The Black Ashes) tous les ingrédients d’un Black caverneux et ultime, qui n’hésite jamais à aller trop loin dans la pesanteur, à creuser au plus profond d’une terre fétide et stérile, pour en extirper les sonorités les plus maladives et oppressantes.

Et après une courte intro tremblante d’outre-tombe (« Exta Malorvm I »), la réalité crue et occulte de « Dismal Omen » nous tombe sur l’âme comme une chape de croix inversées en plomb fondu, chute lente et cruelle presque Doom qui rappelle le MAYHEM le plus obsédé par le trépas de la mélodie.

Lourdeur, emphase, et construction évolutive presque symphonique dans l’esprit alors même que l’instrumentation basique se pose en contrepoint de tout désir superflu d’orchestration, ce premier morceau pose les bases d’une cathédrale sonore érigée en l’honneur d’un mal musical absolu, faisant même passer les pires exactions morbides de PROFEZIA pour d’aimables gentilhommières à la chaleur humaine rassurante.

On pourrait à la rigueur voir tout ceci -  à un stade avancé -  comme une combinaison des ornementations luxuriantes d’EMPEROR, intégrées à une structure délabrée à la DARKTHRONE des premiers jours, pour cette façon de donner le sentiment au visiteur de passage que la richesse n’est qu’illusoire, et simple conséquence d’une recherche d’ascétisme qui aurait dérapé de ses ambitions nihilistes.

Dans la démesure, NEBRUS sait aussi se montrer inexplicablement accrocheur, comme le démontrent les premières minutes de « Relaying On Madness », qui osent un riff catchy en mid tempo avant de verser dans une pluie de blasts battant le rythme d’un chant écorché franchissant les limites de l’inhumanité. L’alternance de tempi, les breaks réfléchis et imposés dans la logique, les brutales reprises de violence contribuent à conférer à la première partie d’Exta Malorvm une ambiance glaciale mais viscérale, coulante mais heurtée, et nous incitent à aller plus loin dans l’aventure noire sans nous forcer la main sur la bible satanique.

D’ailleurs, cette hypnose bruitiste tourne à la fascination lors de l’épisode « Havoc Emissary », qui continue de poser pierre sur pierre et fait s’élever cette tour de malséance à des hauteurs faramineuses, sans jamais changer d’un iota la direction choisie. Grandiloquence brutale, polyrythmie incessante, et nappes de couches vocales comme autant d’incantations synthétisant le meilleur du BM d’hier et celui de toujours. Le chant de Noctuaria se fait de plus en plus profond, tandis que les parties instrumentales s’imbriquent avec malice, sans jamais sombrer dans le chaos ni l’inextricable, et en évoquant par petites touches le Doom d’antan, que les deux musiciens mâtinent avec beaucoup de finesse de passages en mid toujours aussi pénétrants.

Et après le second interlude Ambient «Exta Malorvm II », digne d’un LUSTMORD salement caverneux, le Doom/Black du début de carrière trouve sa tribune sur un traumatique « Aphotic Path » qui se traîne d’un riff diatonique, mais qui loin de peser sur la balance, la fait pencher du côté de la variété de ton.

NEBRUS choisit de terminer son entreprise sur un diptyque gigantesque, et impose un majestueusement glauque « Death Parade », qui en effet, évoque des images de mort, de procession funèbre, de son pas Doom une fois de plus très appuyé. Si les riffs ne cherchent pas l’originalité à tout prix, ils savent se concentrer sur une atmosphère déliquescente, et s’accorder d’un choix de climat oppressant, sans vouloir placer des effets inutiles.

Et l’opéra à la gloire du malin de refermer ses lourdes évocations sur un dernier intermède « Exta Malorum III », qui cette fois-ci risque quelques vocaux pour ne pas ressasser les astuces précédentes.

Le chant plaintif et la guitare acide ramènent à la surface une onirique collaboration entre le MAYHEM de Grand Declaration of War et le HELLHAMMER de Satanic Rites, avant que les arrangements pluvieux ne nous laissent sur une impression de désolation absolue.

Oui, le Black Metal peut et doit évoluer. Il peut le faire en s’ouvrant à des éléments externes et en métissant ses propres influences mais il peut aussi avancer en restant dans des balises rassurantes.

C’est un peu ce que démontre Exta Malorvm des Italiens de NEBRUS, album étape d’une carrière discrète qui avance à son rythme, mais qui fait progresser le genre sans en renier les fondements. Une gigantesque messe de l’occulte, flirtant constamment entre l’Ambient, le Raw Black, le Doom et le Black progressif, pour une homélie fatale qui ne cherche jamais ses mots ni ne balbutie son message.

 Et plus concrètement, un des meilleurs albums de Black de l’année, pourtant déjà bien chargée en sorties d’importance.


Titres de l'album:

  1. Exta Malorvm I
  2. Dismal Omen
  3. Relaying on Madness
  4. Havoc Emissary
  5. Exta Malorvm II
  6. Aphotic Path
  7. Psalm of Abhorrence
  8. Death Parade
  9. Exta Malorvm III

Site officiel


par mortne2001 le 21/11/2016 à 15:59
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Pareil, excellent bouquin !


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