On a souvent tendance à croire qu’en France, on suit les tendances. Vieux reste d’un mode de pensée passéiste qui, il est vrai, était un courant artistique et philosophique fiable depuis les 60’ et son déferlement de reprises sans aucune imagination ou culot…Les années 70 changèrent heureusement la donne, et l’inversa même totalement, au point que l’on prit nos artistes nationaux pour des sortes d’autistes créatifs incapables de s’ouvrir aux marchés qui les entouraient, préférant de fait se plonger dans une culture alternative faite de métissage entre le populisme national et l’élitisme intellectuel faisant de notre beau pays un fleuron à part entière. A l’époque, et quelques années après, il était devenu un jeu d’interroger des groupes étrangers en les sommant de nommer des alter-ego français, ce qui tournait vite à une partie de dupes de laquelle personne ne sortait indemne. Sauf que depuis le temps, l’écurie française ne s’est plus contentée d’admirer ses propres chevaux, pas forcément les plus compétitifs, mais les plus beaux. On se faisait à l’idée que la compétitivité n’était pas un critère à prendre en compte, lui préférant celui de l’originalité décalée, qui nous permettait d’affirmer notre identité. Heureusement, depuis, ce genre de querelles n’a plus lieu d’être tant nos créatifs ont compris que s’adapter n’est pas se renier, mais bien survivre et s’adapter, et ont donc décidé de ne plus se poser de questions et de ne plus se dissimuler derrière le paravent de l’exception culturelle pour justifier le peu d’intérêt qu’ils étaient censés susciter. Car la musique française, populaire mais pas populiste intéresse. Et pas qu’un peu. Je n’irai pas jouer le jeu de nos Inrocks chéris ou de Gonzaï, toujours prompts à dénicher la fameuse perle dont ils sont les seuls à être éblouis par la nacre, mais autant avouer que parfois, certains groupes ont le don de parler à un petit dénominateur commun, alors que leur art mérite une exposition internationale. Parce que justement, ils sont d’envergure, et qu’ils s’en donnent les moyens. Et c’est peu ou prou la leçon à tirer de ce troisième album des Grenoblois d’HOLOPHONICS, qui après une très longue absence discographique de presque dix ans, nous en reviennent avec l’album le plus probant de leur carrière…

HOLOPHONICS, c’est plus qu’un nom, c’est presque une trademark, une AOC, celle d’un Rock à tendance Metal décomplexé, parfaitement au fait des us et coutume de la scène, mais délibérément décidé à y imprimer sa patte pour se faire remarquer. Les amateurs n’ont certainement pas oublié leurs deux premiers pamphlets, A Land to End my Flight en 2007 et Travel Diary from Inner Landscape en 2009, qui leur avaient permis de décrocher des signatures intéressantes (Gofannon Records), mais surtout, de conquérir un public séduit par ces mélodies amères et cette énergie de stade, qui les plaçait sur le même échiquier que les SIDILARSEN, et leur faisait parfois tutoyer les cimes du Post Metal alternatif le plus pointu, bien qu’à l’époque le terme ne signifiait pas grand-chose…Et alors qu’on les pensait étendus pour le compte, mis K.O par des aléas de vie un peu trop durs à gérer, les voilà qui nous en reviennent plus gonflés à bloc que jamais, au volant d’une mécanique rutilante aux chromes polis et brillants, ce Fast Forward qui semble se vouloir pouce sur la touche avance rapide, pour oublier ces années de disette et d’ignorance les ayant enterrés prématurément. Mais je vous rassure, et si l’état de leur cœur et de leur moteur vous concerne toujours, ils vont très bien, vraiment très bien, et même mieux que jamais. A tel point que ce terrible troisième LP censé négocier un virage en épingle pourrait bien être leur meilleur, sans renier tous les préceptes du passé. Bien au contraire. Car ces onze morceaux semblent synthétiser tout le début du parcours tout en sifflant le départ d’un avenir qu’on pressent méchamment radieux. Et pas seulement en France, soyez heureux…

Car en 2018, Steph Picot, Ludo Chabert, Mike Pastorelli, Yann Bojon et Greg Loviton ont les crocs, des crocs qui dépassent de lèvres bavant d’écume de devoir encore une fois faire ses preuves alors qu’on pensait le chemin balisé de pierres d’or. On retrouve bien sûr sur ce nouveau chapitre tout ce qui avait rendu les grenoblois si attachants, ces mélodies héritées du Post Grunge des 90’s, cette énergie typiquement 2K qui les faisaient rentrer de plein pied dans le Stadium alternative, mais le tout est tellement décuplé par une envie qu’on sent palpable au détour du moindre riff (et ils sont efficaces) qu’on en sent les effets corporels à la moindre intervention de basse et au moindre hit de caisse claire. Doté d’un son à décoiffer une audience permanentée, Fast Forward est plus qu’un bilan, c’est un vent qui emporte les derniers doutes, c’est un regard plongé dans le présent qui entrevoit déjà le futur de tournées à guichets fermés, et qui rode le répertoire de scène sur disque avant de tout cramer. En faisant le lien entre la scène arty des TOOL, la régence par défaut des SIDILARSEN et en acceptant le legs des cadors de la fin des 90’s (STAIND, et pas mal d’autres moins putassiers), les HOLOPHONICS signent les chansons les plus rondes et imperfectibles de leur carrière, d’une homogénéité exemplaire, et d’une efficacité rayonnante. Certes, on aimerait parfois que le quintette s’aventure sur des chemins un peu moins bien tracés, et certains morceaux jouent encore la facilité, mais globalement, entre professionnalisme et rage, le combo se situe sur une moyenne large, mais « Fault Line » en ouverture, nous rassure d’un riff énorme à la Billy Corgan, adoubant de fait le respect dû à tout leader intemporel. Le chant plaintif, mais vraiment émotionnel, les guitares assassines mais pas forcément cruelles, la rythmique élastique et moderne tout en regardant dans le rétro, les composantes sont formidablement dosées, et le choc est frontal, d’autant qu’il est confirmé par le second coup de boutoir « Last Breathing » qui chantonne les DEFTONES pour mieux se rappeler des FURY IN THE SLAUGHTERHOUSE. Bien vu, surtout après ce temps passé dans l’inconnu.

A partir de là, les hits s’alignent, en mode mineur parce que les héros ont le triomphe humble sous les couches de magma sonore. « Fast Forward (And No Rewind ) » et son refus de nostalgie en arpèges majeurs, « The Call » qui effectue le rappel des troupes et compte les rangs pour n’oublier personne au passage en jetant en pâture un des licks les plus dodus du parcours, « Cluster A » qui fouille dans le disque dur de la mémoire de quoi énerver les plus agités, « All Erasing » qui efface tout pour solde de tout compte et qui s’offre enfin un mid tempo plus appuyé sur déluge de guitares en fluidité, « Blowing The Embers », une basse qui ose et s’impose, des saccades moins allusives et un chant en ellipse mélodique, pour finir sur « As You Well Know » qui en effet, nous rappelle que nous nous souvenons, et que personne n’a pu oublier le groupe pour de bon. Un peu comme si U2 mettait sa facilité de côté en acceptant l’électricité comme seule échappatoire à l’ennui. Tout sonne, tout cartonne, parfois de façon détournée, mais toujours avec franchise et honnêteté. Ne pas vendre ce que l’on n’est pas, ne pas tenter de refourguer ce qu’on n’a jamais été, mais juste accepter le temps qui passe, sans essayer de le rattraper. En vain. Epater sans faire dans la retape, et frapper, la porte du destin, puis entrer. En optant pour l’option la plus raisonnable, mais sans devenir trop sérieux, les HOLOPHONICS joignent leurs jeunes années et leur futur sans regretter le passer, et signent avec Fast Forward ce fameux album « de la maturité ». En restant les adolescents fans de Rock US que l’on a toujours aimés.


Titres de l'album:

  1. Fault Line
  2. Last Breathing
  3. Fast Forward (And No Rewind)
  4. Fire Inside
  5. The Call
  6. In The Wild
  7. Cluster A
  8. All Erasing
  9. My Afterglow
  10. Blowing the Embers
  11. As You Well Know

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par mortne2001 le 11/02/2018 à 17:53
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