La nuance, la subtilité, les allusions discrètes, les métaphores bien amenées, les chemins de traverse pour décrire, tout le monde n’est pas adepte de ces figures de style qui définissent à merveille le second degré, et certains préfèrent même l’attaque de front histoire d’aplatir celui de leur voisin qui fait mine de ne pas comprendre. On pourrait évoquer évidemment le cas du Heavy Metal, qui n’est pas style avare de clichés, spécialement dans son versant 80’s, qui n’hésitait jamais à en rajouter niveau cartouchières, clous effilés, et textes magnifiquement dédiés à une cause enflammée. Nul n’a pu oublier ces pantalons serrés et zébrés, ces t-shirts sans manche et ces dévaleurs de manche, enflammant des soli histoire de se mettre à la hauteur d’une légende qu’ils avaient eux-mêmes contribuée à forger, dans l’acier le plus trempé. Mais bon, qui ici peut se targuer de n’avoir jamais singé les interventions en solo de son héros préféré, devant la glace, en s’affublant de foulards, fanfreluches, ou de vestes en jean à dossard au goût sûr ? Pas moi c’est certain, puisque comme beaucoup d’entre vous, j’ai joué le jeu du mimétisme, serrant le poing en hurlant des « Metal for life !! » de bon matin. Et en découvrant ce premier album des allemands/néerlandais de STEEL SHOCK, j’eus l’impression de me retrouver happé dans le passé, tant les morceaux de ce combo de passionnés ont réveillé en moi un enthousiasme de fer qui me faisait défaut depuis mes plus tendres années. Il faut dire que les chevaliers du Metal épuré n’ont pas fait les choses à moitié, ni dans la dentelle, puisque leur premier album For Metal To Battle ne cache en rien ses aspirations nostalgiques puristes, de son titre, de son nom, et de sa pochette de bon ton, qui suggère des regrets quant aux trait grossier de covers qu’on n’a jamais pu oublier.

Ne faisons pas la fine bouche, et rangeons nos scrupules esthétiques au placard. Car For Metal To Battle, sous des atours de festival des lieux communs, et en fait l’un des albums les plus lyriques et emphatiques qu’il m’a été donné d’écouter depuis des années, au moins depuis le dernier MANOWAR que j’ai chantonné, ou le dernier RHAPSODY que j’ai occulté. Fondé par l’ex-STORMWITCH Sasch Machyne à la basse et Nima MetalHeart, vocaliste des non moins courageux GLORIA VICTIS, STEEL SHOCK se veut tribute au gros Heavy Metal d’antan, celui qui faisait les beaux jours d’une Allemagne en manque de sidérurgie, et qui attirait des milliers de pèlerins en concert, certains d’avoir affaire aux groupes les plus intègres du genre. Et il faut avouer que dans le créneau du Heavy Metal non dilué, les germano-bataves font feu de tout bois, en évoquant les références les plus évidentes du genre. Et histoire de faire tomber le suspens, je vous le dis tout de go, leur musique résonne d’un héroïsme commun à MANOWAR et SCANNER, puisque la voix opératique et dramatique de Nima évoque en tout point celle de Michael "M.A.J.O.R." Knoblich, qui transcendait il y a une trentaine d’années un album aussi foncièrement essentiel qu’Hypertrace. Non que ce nouveau quintette (outre les deux susmentionnés, on retrouve Martjo Whirlewolf et Lijon Knight aux guitares et E.Klipse à la batterie) tergiverse entre Heavy viril et Speed civil, mais il est certain que les similitudes frappent aux oreilles dès l’entame tonitruante de « Shockwave of Steel », évoluant sur un tempo que le ACCEPT de « Fast As a Shark » aurait dynamité avec conviction. La conviction, c’est aussi ce qui frappe chez ces trublions, qui au-delà de toutes les casseroles qu’ils traînent délibérément, assument parfaitement leur amour d’un Metal incandescent, et tous les clichés qui incombent à sa pratique. Mais on reste admiratif devant une telle débauche d’énergie, qui se moque complètement du qu’en dira-t-on, et qui avance au rythme d’un marteau-pilon pourfendant le crâne des hérétiques réfractaires à la cause héroïque. De là, tout y passe, des titres qui énumèrent tous les alliages possibles au look impossible, en passant par les figures instrumentales imposées, les tierces régurgitées, les soli de damné, et les envolées vocales aiguisées. Mais le tout fait preuve d’un tel enthousiasme qu’on se laisse happer par cette tranche de traditionalisme non édulcoré, apte à séduire les plus évolutionnistes, certainement hébétés par tant de franchise et de folie déclarée.

Il faut dire qu’avec des instrumentistes d’un tel calibre, le massacre (dans le bon sens sanglant du terme) était annoncé. Et que le format soit modéré, que le rythme soit contrôlé, ou que la durée se laisse étaler comme du sang sur des tartines, tous les secteurs de jeu sont calibrés, mais pas aseptisés. Ainsi, en version longue les STEEL SHOCK sont aussi convaincants qu’un PRIMAL FEAR soudainement obsédé par le répertoire d’un MANOWAR (« Stand Tall »), et en version courte, l’allègement très patent ne les empêche nullement de rocker comme des déments (« All Hail To Metal », cornes du diable non fournies, mais air revêche offert par la maison garanti). D’ailleurs ils l’affirment eux-mêmes, ils ne sont que Metal et Hard-Rock en fièvre (« Ready To Rock », mid tempo qui mise tout sur le headbanging de héros), et adoptent en héritage la guerre menée contre le Metal tiède et mal réchauffé, via des litanies d’amour débitées d’un ton assuré et d’un riff écrémé (« Night Of Steel »). On peut trouver ça un tantinet exagéré, mais comme ce genre d’entreprise ne peut fonctionner que si les musiciens s’y adonnent corps et armes, celle montée par les allemands et les hollandais s’envole vers des hauteurs insoupçonnées, adaptant un vocable passé sans en moduler les accents les plus prononcés. Il faut dire que les mecs connaissent leur métier, et qu’ils savent toujours trouver le lick qui va vous fédérer, en l’agrémentant de cœurs investis et guerriers, et en substituant des arrangements inutiles par des élans fertiles. Mais que tout ceci ne vous empêche pas de noter les quelques subtilités disséminées de çà et là, comme cette intro étonnement bluesy sur « Eyes of Fire », qui dégénère vite en énorme Heavy plombé qui fait vraiment craquer.

Mais entre des percussions à faire trembler le grand et regretté moustachu Scott Columbus himself (« Axe of Hatred »), et une propension à faire chuter les murs qui séparent le médium du plombé (« Break Down The Walls »), For Metal To Battle se présente comme une quête rondement menée, qu’il est impossible de critiquer, même si ce Metal maintes fois rebattu et répété n’offre que peu de compensations de nouveauté. Ici, la nouveauté, ce sont ces dix morceaux, qui sont autant d’hymnes à la cause, et à titre indicatif, dites-vous que l’album est vendu avec un patch en cadeau, ce qui en dit long sur l’amour des traditions. Des traditions qui de temps à autres font du bien au moral Metal, et avouons quand même que ces cinq-là ne font pas semblant, et ne nous prennent pas pour des cons en recyclant des plans déjà périmés depuis longtemps. Des chansons qui en sont vraiment, bien interprétées et vraiment possédées, et un réel amour du genre qui transforme des bourrins potentiels en esthètes existentiels.  

So, are you ready to Metaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal ??? Eux oui, certainement, et ils ne font pas semblant.


Titres de l'album:

  1. Shockwave of Steel
  2. Under The Sign
  3. Metal Fire
  4. Eyes Of Fire
  5. Night Of Steel
  6. Stand Tall
  7. Break Down the Walls
  8. Ready To Rock
  9. Axe of Hatred
  10. All Hail to Metal

Site officiel


par mortne2001 le 09/01/2018 à 17:28
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chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


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Cet album est absolument fantastique !!!


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J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


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Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !