On le sait, les albums de reprises sont souvent un jeu de dupes, une récréation, une petite pause dans une carrière permettant à un groupe de reprendre son souffle. Une façon de ne pas avoir à piocher dans l’arrière-catalogue, ou de boucher les trous par un EP quelconque avant de repartir en tournée. Mais parfois, en quelques occurrences choisies, il arrive que cet exercice devienne un art et produise une œuvre digne d’intérêt, s’adressant tout autant aux fans des artistes honorés qu’aux fidèles du groupe qui les a admirés. Les plus grands s’y sont exercé, avec plus ou moins de bonheur, et dès lors que le choix se porte sur des réappropriations, deux options sont possibles. Rester fidèle aux originaux, pour ne pas les dénaturer, au risque de balancer une sauce fade et sans pertinence, ou se les approprier pour les transcender, du moins les transformer. C’est cette seconde option que les grecs alternatifs d’INK ont privilégiée avec leur troisième longue durée, ce Whispers Of Calliope au titre cryptique, mais au contenu connu. Fondé en 1999 du côté d’Alexandroupolis, ce quatuor étrange et fascinant (Tsantalis Chris - chant, Apostolopoulos Kostas - guitare, Tsantalis Stavros - batterie et Ketseris Kostas - basse) a dû se roder pendant une décennie avant de pouvoir sortir son premier longue durée, Diary. Sept années supplémentaires furent nécessaires pour accoucher de la suite Loom, qui trouve aujourd’hui son prolongement dans cette réalisation, bizarrement aussi personnelle que les créations du combo. Oui, puisqu’il faut bien le dire, les grecs abattent une joli carte pour remporter la mise et graver leur nom sur les marches du Post Rock alternatif moderne, en proposant onze morceaux complètement reliftés, qui portent indéniablement la signature de leurs repreneurs…Et pourtant, au jugé du choix des titres piochés tout sauf au hasard, le risque était grand de ne pas soutenir la comparaison, et nous pouvions craindre une méchante défiguration au vitriol de ces chansons que tout un chacun se doit d’avoir écoutées au moins une fois…

Mais en partant du principe que tous ces morceaux font partie de l’ADN des musiciens impliqués, qui les ont usés depuis leur prime jeunesse, on pouvait s’attendre à de la délicatesse, du soin, et du respect. Pour autant, et malgré cet amour, il n’est pas donné à tout le monde de passer après des références comme Léonard COHEN, NINE INCH NAILS, TOOL ou INXS sans paraître outrecuidant ou légèrement prétentieux. Si certaines entrées ne surprendront nullement les fans des INK, se revendiquant eux-mêmes aficionados de TOOL ou des SMASHING PUMPKINS, il est beaucoup plus étonnant de retrouver dans leur playlist les noms de COHEN, de Melissa ETHERIDGE, d’INXS ou de Billy IDOL…Pourtant, au final et après une petite heure d’écoute, il s’avère que l’unité a été privilégiée, et d’une façon très intelligente. Car si on attendait plus ou moins le quatuor sur le terrain de l’électricité balancée plein régime, c’est dans le placard feutré de l’acoustique qu’on les retrouve, s’éclairant à la chandelle de cordes subtiles et se réchauffant à la chaleur de lignes vocales graves et profondes. Arrangements classiques ciselés, intimisme puissant, une combinaison qui permet à certains titres archi-connus de retrouver une seconde jeunesse, et une nouvelle profondeur dans le cas de certains. Ainsi, l’imputrescible scie Pop-Punk de Billy « trouty mouth » IDOL « Rebel Yell » se voit dramatisée sans perdre de son impact Rock, et devient une jolie introspection à deux voix qui se complètent à merveille. Un haut-fait de l’album, avoir réussi à donner à cet hymne viril au premier degré une sensibilité inédite, pour le faire glisser de la testostérone MTV au conte gothico-crépusculaire tout à fait crédible…

Sans tomber dans un listing exhaustif des réussites, il convient de noter de toute façon que toutes les reprises présentes ici sont d’intérêt. Certaines évidemment plus que d’autres, mais uniquement parce que le choix global de privilégier une approche unique n’apporte pas forcément le petit plus que nous étions en droit d’attendre de temps à autres. Ainsi, le séminal « Hurt » de Trent REZNOR est abordé sous le point de vue du Johnny CASH d’American Recordings, et donc respecte le choix de l’homme en noir d’opter pour la fragilité plus que pour la résignation. Mais il est évident que TOOL se satisferait très bien de cette version unique de « Sober », qui ronge l’os pour n’en retirer que la substantifique moelle, et se concentrer sur la superbe ligne de chant plutôt que sur les heurts rythmiques, que la guitare souligne quand même de ses accords francs. Le constat vaut aussi, et sans doute encore plus pour le surprenant « Knife Party » des DEFTONES, qui loin de la déflagration Néo-Metal ressemble à un inédit de PORCUPINE TREE repris par les CIVIL WAR. Pour rester dans notre domaine de prédilection Metal, précisons que le sublime « Hunger Strike » est presque plus émouvant que l’original, et qu’Andrew Wood doit certainement sourire de se voir ramené à la vie encore une fois. Quiétude, harmonie en dentelle, arpèges en rivière de rêve, pour un final apothéose d’émotion. Et si l’exhaustivité reste de mise, saluons le petit plaisir sucré du « Disarm » de Corgan qui coule le long des oreilles comme du jus de bonbon acidulé.

Peu d’entre vous se reconnaitront sans doute dans le miroir « In a Manner of Speaking » des sombres et Cold-Wave TUXEDOMOON, ce qui n’empêche nullement cette version de faire honneur à ses créateurs et de les ramener dans la lumière. De même, le torturé et anthémique « First We Take Manhattan » de COHEN se voit catapulté dans une dimension parallèle, dans laquelle la basse rebondit sur les trottoirs et la guitare sinue entre les passants trop occupés à passer pour sentir le temps passer… Melissa ETHERIDGE et MASSIVE ATTACK se voient mis au premier plan en gardant leur patine d’origine, légèrement atténuée par un coup de chiffon acoustique du plus bel effet, mais c’est véritablement « Never Tear Us Apart » d’INXS qui mérite la palme de la sensibilité, la voix du beau Michael se voyant sublimée par le timbre profond de Tsantalis Chris qui porte l’émotion à son comble. Sublime appropriation d’un morceau déjà fabuleux à la base, cette cover incarne sans conteste avec « Hunger Strike » et « Rebel Yell » les fondations les plus solides de ce Whispers Of Calliope, qui comme souvent, s’incarne le plus fidèlement autour des sentiers les moins battus. Mais entre une osmose instrumentale qui atteste de longues années passées les uns à côté des autres, une véritable passion qui conchie le mercantilisme pour lui préférer la sincérité risquée, et le résultat final qui a de sérieuses allures de collier de diamant au milieu d’un étal de boucher, ce troisième faux album des grecs d’INK est un triomphe, qui prouve que ce genre de pratique peut être pertinente, pour peu qu’elle soit employée par de véritables artistes, et non de simples enrichisseurs de catalogue. Bravo messieurs pour ce délectable moment, et gageons que la suite des évènements, plus personnelle, saura vous attirer de nouveaux fans en masse. Vous les méritez.

 

Titres de l'album :

                        1.Sober (TOOL)

                        2.In a Manner of Speaking (TUXEDOMOON)

                        3.First We Take Manhattan (Léonard COHEN)

                        4.Rebel Yell (Billy IDOL)

                        5.Like The Way I Do (Melissa ETHERIDGE)

                        6.Hurt (NIN)

                        7.Disarm (SMASHING PUMPKINS)

                        8.Knife Party (DEFTONES)

                        9.Never Tear Us Apart (INXS)

                       10.Come Live With Me (MASSIVE ATTACK)

                       11.Hunger Strike (TEMPLE OF THE DOG)

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par mortne2001 le 04/10/2018 à 16:13
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OVERKILL : "Comme si le fait qu'ils n'aient pas suivi les modes lui avait jouer des tours ou bien tout simplement, pas au bon endroit au bon moment"
Tout est dit... Et c'est d'ailleurs bien pour ça que j'adore ce groupe !
"WE DON'T CARE WHAT YOU SAY !!!"


Moi j'aime bien, mieux que le précédent album : le groupe joue bien, batteur excellent . J'attends la suite.


Arioch91 +1.
Il ne suffit pas de jouer (pathétiquement d'ailleurs) le mec énervé à l'image pour que la musique le soit également.
Je laisse décidément ce groupe au moins de 25 ans.


Ridicule.