Avant toute chose, j’aimerais d’ores et déjà décerner la palme de la pochette de l’année à ces furieux. Ce POV d’une cash machine débitant ses billets à des individus zombifiés par une consommation imposée est absolument génial, et son trait comics donne salement envie de se pencher sur le cas de ce nouvel album qui s’annonce prometteur avant même qu’on ait posé une oreille dessus. Ou les deux. Mais c’est à vos risques et périls, parce que les zigues sont plutôt du genre agressif. Mais pas gratuitement non, finement, techniquement, et intelligemment. Ce qui ne les empêche nullement de répandre leurs décibels vers nos tympans sans se demander s’ils vont rester intacts toute la journée. L’histoire de ces stéphanois remonte à 2012, l’année de leur formation, et leur premier méfait lui date de 2014, emballé dans un titre rigolard dissimulant avec peine un contenu plus que professionnel, Barback Attack. Car certes, dans un ordre d’idée très TANKARD et MUNICIPAL WASTE, ces originaires de Saint-Etienne sont plutôt portés sur l’humour potache, mais artistiquement, ils ne sont pas là pour rigoler, mais plutôt propager une conception du Thrash datant des années 80, finement adaptée à un contexte plus moderne, mais en tout point respectueuse des codes en vigueur il y a trente années. Beaucoup de groove sans tomber dans le piège à loup du Groove Metal mécanique et robotique, mais largement assez puissant pour terrasser leurs quelques ennemis, les FURYENS jouent donc la carte du classicisme outrancier et furieusement rebelle, pour nous convaincre de leur potentiel de destruction assez conséquent au demeurant. Définissant leur art comme du Belet Area Thrash Metal, et se cachant derrière le paravent rassurant de la dérision, ces musiciens au foie sans loi sont plutôt du genre pas farouche et plutôt louche, mais distillent un Metal hautement corrosif et assez mélodique, qui prouve qu’on peut débiter de la victime à la machette sans négliger un petit câlin en cachette.

Enregistré et mixé en 2017 par Ludovic Dupont au DLM Studio, masterisé par Mobo au Conkrete Studio, et décoré d’une cover signée Slo Sombrebizarre, Plug and Plague est un album qu’on branche direct sur notre système nerveux, et qui y répand son virus sans avoir besoin d’installer des drivers. Le quatuor (Larry - chant / basse / bandana, Nico - batterie / chaussures / doigts d'honneur, Benjamin - guitare / growls / triangle et Olivier - guitare / screams / bière) nous avait donc promis un retour placé sous le signe de la technique, et ont tenu parole, sans pour autant verser dans la démonstration de potentiel chiante et redondante. Ils ont beau jouer le jeu d’une dérision tout à fait dans le ton, ce second LP est aussi sérieux que James Hetfield quittant une répète de St Anger pour aller chercher sa fille à son cours de claquettes, et aligne les standards, en prenant bien soin de les adapter à un caractère rebelle et comico-troupier, sans sacrifier à l’humour la pertinence du propos. Au secours, les chevaliers du calembour deviennent sérieux, mais rassurez-vous, ils n’en ont pas pour autant perdu leurs sales habitudes, mais les ont adaptées à des exigences un poil plus relevées, pour accoucher d’un album de Thrash tout à fait compétitif. En citant des références génériques et éprouvées (SODOM, DESTRUCTION, MEGADETH, METALLICA, LAMB OF GOD, ANTHRAX, HAVOK, PANTERA, GRIP INC, ARTILLERY, DEATH, REVOCATION, NEVERMORE, OPETH), ces sales gosses ne prennent aucun risque, mais leur musique va bien plus loin qu’un simple assemblage d’influences séculaires, et osent la rythmique impaire, les riffs taillés à l’envers, et l’enfer sur terre. Et autant admettre que Plug and Plague est aussi puissant que franc, aussi précis que flagrant, humant bon le TESTAMENT mélangé au GRIP INC le plus solide, tout en reniflant les aisselles encore trempées d’un MEGADETH qui se souviendrait soudain de ses velléités Techno-Thrash de début de carrière, avant que Mustaine ne sombre dans la facilité d’un Heavy réchauffé.

On pense évidemment aussi à la chirurgie guitaristique d’un Waters en pleine possession de ses moyens, quoique les FURYENS sont plus Thrash que n’importe quel épisode de la saga ANNIHILATOR, à EXODUS pour cette faculté à nous entrainer sur un terrain accidenté en prenant soin de ne pas huiler des freins déjà usés, mais leurs mid tempi et leur aptitude à capter l’air du temps d’avant via des riffs carrés et bien poncés ne doit rien à personne, si ce n’est à leur propre talent. Alors évidemment, dans un style aussi calibré, on n’évite jamais l’accident du thème un peu trop mièvre et redondant, et malgré son envie qui déborde des sillons, ce second LP n’est pas toujours dans le ton. On y sent des idées placées pour boucher, mais globalement, la pertinence est d’actualité, spécialement grâce à des soli redoutablement bien agencés qui mettent le feu à des breaks impressionnants de fluidité. Fluidité, c’est le mot juste pour qualifier les qualités d’interprétation et de composition des stéphanois, qui montrent qu’ils ont du métier et une bonne culture underground, même si le chant souffre parfois dans ses intonations les plus mélodiques d’une mièvrerie de ton pas vraiment digeste. Mais lorsque Larry et ses comparses se décident à hurler de concert, sur fond de concassage rythmique en règle, l’euphorie est totale et le pied pris (« Rape Meat »). Les vilains semblent même avoir des prétentions progressives, ce que prouve sans détour « Carnal N°5 », qui du haut de ses six minutes passe en revue tout le catalogue de fournitures du Heavy et du Thrash, troussant même pour l’occasion une ambiance pesante de premier ordre. Le travail de complémentarité des guitares est en tout point exemplaire, tout comme la cohésion globale qui démontre tout le professionnalisme de jeunes branleurs en mal de sensations orbitales, et l’un dans l’autre, Plug and Plague pourrait incarner le plus bel hommage à la Bay Area disponible sur le marché.

Optant pour des formats de morceaux assez peu concentrés, les stéphanois ont pris le risque de s’exposer, mais le coup de poker s’avère payant, puisque la plupart du temps, les musiciens parviennent toujours à trouver un plan pour rebondir, même si certains ne sont pas toujours pertinents (« Dead Brain Market », un peu trop linéaire pour être honnête). Mais en option brève, la sauvagerie pointe souvent son inspiration du côté de la grève, et « Genitals Crusher » de nous les briser menues de son horlogerie en sauvagerie, suggérant dans l’ombre tapie le fantôme d’un « Human Insecticide » de qui-vous-savez, tout en caressant dans le sens du poil toute la clique des nostalgiques de l’école sidérurgique ouest-allemande. La fin du LP se révèle d’ailleurs toute en tension progressive, avec un barré « Into The Void » qui laisse enfin l’euphorie éclater, un « Ulthrash » saccadé au possible et aux BPM affolés, et un « Oblivion » qui nous laisse sur une impression de plénitude instrumentale, avec des musiciens qui oublient toute mesure pour donner un aperçu de l’ampleur de leurs possibilités, qui semblent assez prononcées. Finalement donc, cette superbe pochette n’était qu’un excellent résumé de ce qu’elle dissimulait…Avec Plug and Plague, les FURYENS jouent franc jeu, et prouvent qu’ils savent s’amuser avec sérieux, et rester concentré tout en adorant se poiler. Un album qui laisse augurer d’une suite de carrière qu’on sent prête à exploser, et surtout, des concerts qui vont tout incendier. Bon, certes, avant de pouvoir l’acheter, il vous faudra faire un détour par un distributeur de billets. Mais ça n’est pas parce que vous consommez que vous devez devenir un zombie docile et résigné…


Titres de l'album:

  1. Hell Alone
  2. The Fantastic Epidemic
  3. Faceing The Threat
  4. Dead Brain Market
  5. Genitals Crusher
  6. Rape Meat
  7. Carnal N°5
  8. Into The Void
  9. Ulthrash
  10. Oblivion

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par mortne2001 le 26/12/2017 à 14:46
80 %    487

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Larry
@165.225.76.65
02/01/2018 à 11:08:58
Waw. Sacrée chronique, ca fait chaud partout. Merci à l'auteur!

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