Fracmont

Messiah

11/09/2020

High Roller Records

Le retour d’un des anciens outsiders les plus sérieux de la scène Death/Thrash européenne est toujours une bonne nouvelle, à condition que le groupe concerné ne tombe pas dans les travers actuels de surproduction et de standardisation à outrance, qui font perdre aux plus grands leur identité. Il est désormais de notoriété publique que les productions modernes font passer toutes les plus grandes têtes d’affiche pour des visages refaits au collagène et au botox, avec des batteries toujours plus massives, des guitares anonymes, et un mixage aplanissant le tout au point de rendre toutes les nouveautés majeures similaires. EXODUS, TESTAMENT, HEATHEN, DESTRUCTION, KREATOR, tous sont concernés par cette gangrène qui ronge leur ADN, mais heureusement pour nous, certains artistes, par manque de moyens ou par désir de crédibilité résistent à cette tendance, et c’est ainsi que j’ai éclaté de joie en écoutant le comeback inespéré des suisses de MESSIAH. Son purement nostalgique, avec une batterie qui ne bouffe pas tout l’espace, guitare volubile, chant mixé légèrement en arrière, la sensation était agréable et l’écoute plus souple, les tympans n’étant pas fatigués au bout de trois morceaux. Mais ce comeback, aussi appréciable soit-il, n’en reste pas moins l’une des grandes surprises de 2020, malgré son annonce l’année dernière et la parution d’un EP avant-coureur. Fatal Grotesque Symbols - Darken Universe qui proposait enfin du matériel original après des années de compilations et de coffrets de luxe, et présentait le visage renouvelé d’un groupe qui a toujours évolué dans son coin sur la scène extrême. Je ne vais pas vous refaire l’historique du groupe depuis ses débuts, mais pour ceux ayant manqué un pan d’histoire, sachez que les MESSIAH se sont formés à Baar en 1984, et qu’ils ont sorti leur premier LP Hymn to Abramelin deux ans plus tard. Le groupe n’a jamais vraiment attiré l‘attention des masses, seule une poignée d’initiés s’étant intéressés à leur cas, mais avec des albums aussi solides que Choir of Horrors et Rotten Perish, le combo a connu un succès certain dans les années 90.

Ceux ayant commencé leur apprentissage par la face live du légendaire Extreme Cold Weather ont dû en ravaler leur VENOM à l’époque. Son ignoble rendant les compositions aussi brouillonnes qu’une répétition du MAYHEM de 1987, tout était fait pour prendre le public à rebrousse-poil et lui faire comprendre qu’à l’instar de CELTIC FROST, MESSIAH n’était pas là pour offrir le confort, mais bien la réflexion extrême. Certes, l’ensemble s’est calmé par la suite, délivrant des LPs plus classiques, et Fracmont confirme la direction prise dans les nineties, en se posant comme suite logique du chapitre final Underground, publié en 1994. Depuis cette date, seul Brögi tient la barre en tant que membre originel, mais le line-up qu’on retrouve sur ce nouvel effort est le même que celui évoluant dans les années 90, avec toujours le chant rauque et immédiatement reconnaissable d’Andy Kaina, et la section rythmique efficace du tandem Patrick "Frugi" Hersche (basse) et Steve Karrer (batterie). C’est donc la formation responsable de l’enregistrement de Psychomorphia, Rotten Perish et Choir of Horrors que nous retrouvons sur Fracmont, et autant dire que les albums ont bien des points en commun. Leur brutalité sourde en premier lieu, mais aussi cette façon de brouiller les pistes entre Death et Thrash pour accoucher d’un Death/Thrash exceptionnel de fermeté et de solidité. Et avec un retour de cette trempe, MESSIAH s’offre ce que bon nombre de groupes ne peuvent plus miroiter depuis leurs grandes années : la crédibilité. Suivant toujours sa piste personnelle, le groupe se concentre sur son passé, mais injecte une bonne dose de mélodies et de grandiloquence à ses structures anciennes. C’est ainsi qu’il pérennise son héritage sans le trahir, mais sans non plus n’être QUE passéiste, puisque ce sixième album s’inscrit aussi dans son époque, en abordant la nostalgie sous l’angle du vécu. La phrase est peut-être difficile à comprendre, mais vous en saisirez le sens dès que vous écouterez le monstrueux « Fracmont », pavé de neuf minutes qui résume à merveille la démarche du MESSIAH 2020. Grosse basse qui ondule, guitare de Brögi qui lâche les meilleurs riffs de son répertoire, voix à la MORGOTH de Kaina, et ambiance méchamment progressive qui renvoie la concurrence dans les cordes. Et de biais, ce LP pourrait bien représenter la quintessence du Death historique des années 90, par son refus des compromis, et son ouverture « interne ». 

En toute simplicité, mais en suivant son instinct et ses ambitions, le quatuor signe donc le retour le plus probant qui soit. A la limite, on penserait même que ce nouvel album a été enregistré circa 1996, deux ans après Underground, par des musiciens alors au pic de leur créativité. Et entre la lourdeur de « Urbi Et Orbi », qui rappelle MERCILESS et la scène allemande de la même époque, et la rudesse incroyable du lapidaire « Singularity », MESSIAH prouve qu’il est toujours aussi souple dans ses grands écarts, et louvoie une fois encore dans les couloirs de la violence avec une dextérité rare. En se montrant toujours aussi à l’aise avec son style unique, le concept suisse valide donc toutes ces années de progression entre le séminal mais brut Hymn to Abramelin et le plus peaufiné mais étrange Underground, et propose donc une suite logique, toujours parrainée par CELTIC FROST, CORONER, DEATH, PROTECTOR, KREATOR, MORGOTH et PESTILENCE. Et malgré ses cinquante minutes, Fracmont ne manque jamais d’arguments, même si certains de ses titres sentent un peu la facilité et la redondance. Mais le groupe, et surtout Brögi, sait toujours comment se sortir de situations délicates, transformant un exercice de style factuel en décalque de CELTIC FROST agrémenté d’une touche de complexité à la MEKONG DELTA (« Miracle Far Beyond Disaster »). Longs morceaux à ambiance, intros intéressantes et courtes, et surtout riffs énormes et complexité instrumentale discrète, mais effective, ce retour des suisses enragés et chafouins passe par tous les climats et décors, mais aménage des espaces de violence incroyables d’intensité, en faisant appel à des astuces simples : roulements de grosse caisse, chœurs diaboliques et épars, changement de rythme opportun, pour élaborer de véritables petites œuvres d’art brutales, à l’image de l’irrésistible « My Flesh - Your Soul ».

Et avec un final aussi efficace MAIS roublard que « Throne of Diabolic Heretics », MESSIAH s’assure une sortie en grandes pompes, certain du travail accompli, et confiant en ses propres moyens. Et il est certain qu’en faisant profil bas, en restant cet outsider qu’il a toujours été, le groupe nous offre un album miraculeux, qui ridiculise d’autres cadors plus établis, et qui nous transporte à une époque un peu indéfinie. Purement Thrash et radicalement Death, Fracmont est une énorme surprise, et un disque qui fait honneur à cette légende de l’underground.                                                                        

                                                                                                                                                                                                          

Titres de l’album:

01. Sacrosanctus Primitivus

02. Fracmont

03. Morte Al Dente

04. Urbi Et Orbi

05. Singularity

06. Children Of Faith

07. Dein Wille Geschehe

08. Miracle Far Beyond Disaster

09. My Flesh - Your Soul

10. Throne of Diabolic Heretics


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par mortne2001 le 04/10/2020 à 14:52
90 %    222

Commentaires (10) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
membre enregistré
04/10/2020, 19:03:52

Surprenant, leur son est resté vraiment à l'identique (enfin, presque). Du coup, ça donne envie de découvrir leur come-back.


Humungus
membre enregistré
05/10/2020, 09:24:43

Clairement un des albums de l'année !!!

Grand fan des deux premières galettes du groupe, je suis super heureux de ce retour ça c'est clair !

Pour le coup, ce qui me fait juter dans le calbute ici, c'est la voix d'Andy : Crade et grasse à mort ! Super travail de prod' donc !


LeMoustre
@93.4.16.166
05/10/2020, 11:10:22

Pas convaincu par un titre posté en avant première, et fan de leurs disques principaux (Choir, Extreme), j'étais circonspect devant cette "reformation" à la Possessed (1 seul membre d'origine, mais la formation plus purement death est très solide, comme souligné dans la chronique). Mais ces deux titres, beaucoup plus ambitieux, donnent clairement envie (on sent une vraie diversité), d'autant que le son m'a l'air tout à fait cohérent avec le style. Et, au passage, tout à fait d'accord avec l'intro de cette chronique. Voilà sans doute un achat en prévision. Suis je le sel à trouver quelques accointances de style avec le miraculeux album de Possessed ? 


pierre2
@185.249.189.225
05/10/2020, 14:36:29

Hé bien, je ne suis pas aussi fan que ça de ce nouvel album.

Pour moi il penche vraiment du côté Rotten perish mais la magie en moins et est à des années lumières de mon préféré qu'est Choir of horrors. 

Je le trouve pas super inspiré et surtout, très peu rentre dedans. Et que dire de la voix ? comme en live, je ne l'aime pas (plus..) du tout.

Bref, suis comme la fosse... je reste sceptique et oui,... c'était mieux avant. (mais bon j'avoue qu'à 20 ans, je courais aussi plus vite que maintenant et j'avais aussi + de cheveux... :-)  ). Pas facile d'avoir été et de ne plus être.....


Humungus
membre enregistré
06/10/2020, 06:12:45

1) "Suis je le seul à trouver quelques accointances de style avec le miraculeux album de Possessed ?"

Non, non... Tu n'es pas le seul...

2) Seul bémol pour moi au fait : La pochette.

Bien trop lambda. Des jaquette comme celle-ci, on en croise des dizaines actuellement, constamment, tous styles de Metal confondus.

Celle du dernier EP en date était bien plus inspirante.

Dommage...



LeMoustre
@93.4.16.166
06/10/2020, 07:49:31

Oui, ils nous avaient habitués à plus original (Extreme Cold Weather), ou plus réussi (les petits détails de Choir)


domaz
@91.132.136.99
13/10/2020, 20:26:57

Ultra boring mid tempo. Un album pour l'argent en somme... Pourquoi pas !


Humungus
membre enregistré
13/10/2020, 22:34:55

"Un album pour l'argent" ?

Ah ah ah !!!

Ils doivent être multimillionnaires c'est vrai les gars de MESSIAH avec leurs différentes réalisations...


LeMoustre
@93.4.16.166
14/10/2020, 18:31:32

Ah oui alors là elle est bonne celle-ci : Domaz, quelle clairvoyance ! C'est bien connu. A 55 balais, tu fais ça pour gagner ta vie, surtout en ce moment, avec ce genre de style. N'importe quoi.


Simony
membre enregistré
14/10/2020, 18:40:03

En tout cas peu importe que ce soit pour l'argent, j'ai commandé l'album... J'avais adoré Rotten Perish sans jamais creusé ce qu'ils avaient fait sur d'autres albums, je pense qu'il va falloir que je rattrape cela d'après certains commentaires ici-même. 

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