Personne n’est innocent. Tout le monde est donc coupable, ou les deux notions permettent-elles un entre-deux en forme de purgatoire ? Nul n’est tout blanc ou tout noir, même pas ceux pour qui la couleur de peau n’est pas la même, du Grand Canyon au Yémen. Mais il est toutefois difficile d’entrevoir une quelconque grisaille dans l’histoire des NO ONE IS INNOCENT, même si leur carrière a été émaillée d’évènement plus ou moins gênants, pour leur progression au moins, qui connut soudain une brisure, séparant les années 90 et 2000 en épisodes, entre discrétion, solitude, et silence assourdissant. Des albums parfois un peu maladroits, des accusations de démagogie, des ressemblances trop frappantes pour certains, mais pas mal de certitudes entre les doutes, et des hésitations dans la franchise, jusqu’à ce Propaganda salvateur, au titre sans équivoque, et au feeling emprunt des origines, celles de l’éponyme, qui en 1994 en avait pris quelques-uns à contrepied. Et en cette fin mars, le groupe nous en revient une fois encore, après trois ans de pause/conception/création pour nous présenter officiellement sa troisième créature, ce Frankenstein tout sauf disparate, qui semble pourtant assemblé des membres de toutes les époques, et dont le regard est furieusement tourné vers un avenir qui tient compte du passé. Ou pas, selon les points de vue. La charge est toujours aussi virulente, comme la musique est puissante, et ceux que le LP précédent avait rassurés seront confortés dans leur opinion, puisque les options de ce septième long sont les bonnes. Et peut-être même les meilleures depuis la naissance. Alors, partageons ce faire-part entre initiés, puisque nous sommes plus ou moins les parrains du bébé, qui crie plus fort que les autres, mais ne pleure jamais la bouche pleine pour ne rien dire.

Produit une fois de plus par Fred Duquesnes des MASS, Frankenstein a le son. Ce son si sec et tranchant qui ne laisse pas les graves sombrer dans l’écho du vide, et qui permet aux guitares de lacérer sans trop faire saigner. Avec toujours ce choix de laisser la voix de Kemar dans un flux un peu en retrait, comme pour donner à son chant une discrétion que ses mots contredisent, et de colmater les brèches d’une batterie qui sonne aussi matte qu’un slogan asséné aux masses, les morceaux prennent une ampleur maximale, qui rappelle un peu celle de The Battle Of Los Angeles des qui-vous-savez, ceux-là même à qui les NO ONE ont trop souvent été comparés. Et alors que le monde s’enthousiasmait à tort il y a peu pour la réunion un peu préfabriquée des PROPHETS OF RAGE, on finit par se dire que la véritable rage est là, tapie dans les trente-sept minutes de résumé de ces onze nouveaux titres, qui frappent fort, bien, et qui repartent avant qu’on ait pu les mettre en cage, ou les imprimer sur un t-shirt. Les textes de Kemar sont toujours aussi pertinents, entre fustigation de la classe politique française, hommage à quelques figures internationales, et dénonciation d’une Amérique du Nord qui court à sa propre perte d’avoir laissé la porte de la Maison Blanche ouverte aux idées rances, mais autant dire que l’instrumental tricoté dans son dos est impressionnant de maîtrise et de maturité, et à de faux airs d’un best-of de vingt-cinq ans de carrière qui est pourtant loin d’être finie…

NO ONE IS INNOCENT, à l’inverse de beaucoup de ses collègues/amis, a toujours fait le bon choix de la parcimonie. Inutile de gloser pendant plus d’une heure pour dire et jouer ce qu’une grosse demi-heure peut supporter. Ainsi, l’ennui ne le cède jamais à la lassitude, puisqu’en plus, les musiciens jouent la carte de la variation, évitant de s’en remettre systématiquement au gros riff qui aplatit, ou au refrain qui crucifie. Alors, on s’envoie une grosse dose de révolte de corps adulte dans un esprit encore adolescent, et on savoure le Rock au délicieux parfum Punk de « Teenage Demo », qui réconcilie les STARSHOOTERS et les NAAST, sans citer l’un ou l’autre, mais on se délecte aussi de la lourdeur purement US de « Frankenstein », qui ne manquera pas une fois de plus de nous ramener au bon souvenir de la bande à Tom et Zach, la pénombre et les arrangements en plus (une basse en sonar, une guitare en traquenard), mais la fausse musculature urbaine en moins. Et entre allusions, citations, précisions, et digressions sur des thèmes différents, on aborde l’esprit vierge les nouveaux pamphlets, qui capitalisent sur une wah-wah blindé de réverb’ (« Les Revenants »), ou qui grillent la politesse au stop des générations pour ne pas laisser la pseudo locomotive TRUST leur piquer l’attention (« Hold-up au Nom du peuple »). Pas plus de trois minutes et des poussières, c’est presque un crédo Pop pour un Rock de plus en plus lourd parfois, mais qui ose des accalmies en son clair nous guider au bout de la nuit (« Nous Sommes la Nuit », et puis demain aussi, mais surtout aujourd’hui, pour une adaptation Heavy Metal qui ne craint pas de sonner comme telle), ou qui se souvient des automatismes rigides des années No One Is Innocent (« Ali (King of the Ring) », pour une relecture des années de jeunesse en rendant hommage à Mohamed lui-même, sans passer par la case Cassius Clay).

Ali, le roi du ring, mais NO ONE, le king de l’anti-bling, qui laisse éclater sa colère en multipliant les références au contexte de leur éclosion et de leur floraison (« Desperado », ou le trait d’union fantôme entre la génération NOIR DESIR et celle des MASS et d’eux-mêmes), et qui se demande ce qui a bien pu causer un tel bordel, via un binaire presque dansant mais réellement bandant (« What The Fuck », rythmique élastique, chant ludique, pour une guitare qui sait se faire discrète avant de s’unir à la voix pour un refrain de bon aloi, qui pourrait instrumentaliser quelques manifestations, le riff au détour du pavé). Un king a l’allure humble, qui n’a pas oublié l’électronique, mais qui l’intègre à l’analogique à parts égales, grâce aux doigts de fée de Fred, mais aussi à une maturité équilibrée (« Mad King », entre le VOÏVOD psychédélique et le Stoner magique), mais surtout un king qui sait reconnaitre le sien, et l’honorer juste comme il faut, en s’appropriant son plus gros hit sans faire défaut à son propre style (« Paranoid », SABBATH, il fallait bien qu’ils nous l’offrent un jour en studio, après s’être fait les dents dessus en live tout ce temps)…Et finalement, entre les RATM, BLACK SABBATH, NOIR DESIR, TRUST, il n’en reste qu’un, NO ONE IS INNOCENT, qui d’année en année continue son chemin sans s’en laver les mains, vilipendant le système tout en enrichissant ses anathèmes, sans trahir sa musique, mais en l’adaptant aux époques, toutes différentes, mais pas tant que ça. S’il est encore un peu trop tôt pour parler de « meilleur album », ce qui est toujours délicat, il est évident que Frankenstein est sans doute le plus versatile et cohérent, et qu’il présente une photo de groupe qui fait honneur à la route parcourue. Un album méchamment en colère, qui met sereinement la misère, et qui présente un quintette sûr de son fait. D’aucuns diraient qu’il pourrait se vouloir dernière estocade dégonflant la baudruche TRUST, dont le comeback sent déjà le faisandé, et ils ne seraient pas si loin de la vérité. Mais personne n’est innocent après tout. Jusqu’à ce qu’il soit désigné coupable.


Titres de l'album:

  1. À la Gloire du Marché
  2. Ali (King of the Ring)
  3. Desperado
  4. Frankenstein
  5. Les Revenants
  6. Hold-up au Nom du Peuple
  7. Nous Sommes la Nuit
  8. Teenage Demo
  9. What The Fuck
  10. Mad King
  11. Paranoid (BLACK SABBATH cover)

Site officiel


par mortne2001 le 22/04/2018 à 17:38
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