Un groupe qui cite les STOLEN BABIES et Tim Burton comme références sait sans le savoir qu’il a déjà gagné toute mon attention. Sauf qu’en se plaçant sous ces égides, il se met lui-même le couteau sous la gorge…En effet, les artistes se revendiquant d’un univers horrificonirique jouent un jeu dangereux, tant les modèles auxquels ils se confrontent ont déjà défriché tant de terrain qu’il apparaît assez difficile d’innover sans tomber dans la parodie, la paraphrase maladroite, ou la redite mal réchauffée. Pas facile en effet de se placer au même niveau que ces créatifs qui un jour ont décidé de retranscrire leurs cauchemars en musique, et il faut une bonne dose de talent pour se mesurer à leur démence, sans même parler de leur tenir la dragée haute. Et au risque de passer pour un vieux chroniqueur cacochyme, j’en ai déjà entendu suffisamment pour savoir jauger d’un potentiel sans avoir à devenir un archéologue du bizarre, le grimoire à la main…Alors autant dire que la tâche des montpelliérains de FUNERAL PARADE était rude, eux qui m’ont fait penser après une ou deux écoutes préliminaires aux divins DIABLO SWING ORCHESTRA et à Devin TOWNSEND (celui de « Bad Devil » et de Ziltoïd dans une moindre mesure). Mais pas question de les contenir à une ligne éditoriale bien définie, puisque ce quatuor de l’étrange a voulu sa musique suffisamment décalée et orchestrée pour échapper à toute catégorisation trop restrictive, même si la grande cohésion de leur album permet de les ancrer dans une mouvance de Circus Metal et d’Horror Rock. Un peu d’histoire pour situer les débats, et tenter de percer le mystère de cet ensemble entièrement dévoué au macabre light et au gothique de foire, en parcourant une bio qui elle aussi, donne envie d’en savoir un peu plus.

FUNERAL PARADE est né en 2010 de la rencontre de la créativité de Mr. J et de la voix singulière de Lenny, très vite rejoints par le fougueux Djiibii, suivi de près par Oliv, bassiste aux multiples facettes. C'est la fusion de ces 4 personnalités et surtout leurs imaginations débordantes qui font naître l'univers de FUNERAL PARADE.

 

Voilà qui en dit peu mais qui en donne quand même pas mal, bien que ces quelques lignes sibyllines autant qu’opaques dans leur manque de détails laissent trainer quelques indices. On parle de personnalités, d’un univers, de facettes, d’imagination débordante, et ce sont finalement ces quelques mots lâchés (tout sauf) innocemment qui dévoilent partiellement la piste qui va accueillir les numéros de funambule. Ce qu’on note en premier lieu, c’est évidemment cette empreinte gentiment sombre qui recouvre des pistes somme toute assez simples, aussi fascinées par le cabaret que par le burlesque abordable. Véritable boîte de Pandore sans la plupart des effets secondaires, Funeral Parade, l’album, éveille la curiosité, même si son homogénéité n’empêche pas quelques redites, qui éloignent le projet d’une perfection déjà atteinte par leurs aînés. On y sent des influences diverses, la plupart métallisées bien sûr, mais pas que, puisque notre quatuor (Lenny: chant, Djibii: batterie, Mr J: guitare et Oliv: basse) ose des inserts presque Ragga, des mouvements funky, et des glissements purement Rock, un peu comme si les mondes biscornus de NOTRE DAME et des STOLEN BABIES entraient en collision grand public pour nous entraîner dans une farandole de déraison mélodique. Mais toutes ces qualités ne doivent pas occulter les quelques défauts qui constellent cette première réalisation longue-durée, et qui la plupart du temps s’incarnent dans une retenue un peu déplacée, alors que nous étions en droit d’attendre des crises de folie complètement assumées. Cette mesure gâche un peu le plaisir, alors qu’on sent que les intervenants ont largement le potentiel pour tomber dans la démesure la plus totale, au moins le temps de quelques interventions. Mais à l’instar d’un MALEMORT, ils ont le mérite de garder leur langue natale pour s’exprimer, ce qui permet de comprendre les textes assez facilement, d’autant que la diction impeccable de Lenny ne fait aucun mystère de ses mots et rimes amères…

Pour évacuer presque d’emblée toute caractéristique technique, disons que ce Funeral Parade bénéficie d’une production tout à fait honnête, un peu trop claire justement au regard du style pratiqué, et que les instrumentistes disposent tous d’un bagage technique assez confortable. La voix de Lenny est gravement envoutante, juste ce qu’il faut, mais manque un peu des tics hystériques de la belle et déjantée Dominique Lenore Persi (sans parler de son petit accordéon maléfique), ou de la superbe des envolées lyriques de la diva de cour des miracles Annlouice Loegdlund. Néanmoins, ses accents profonds, qui savent aussi se montrer sensibles s’incrustent à merveille dans le canevas du tissu sonore tendu par ses collègues qui ne sont pas en reste. Et si la première partie de l’album à tendance à tomber dans un systématisme qui fait craindre le pire niveau absence de variations, la seconde se permet de moduler un peu plus les plaisirs, quitte à sortir du créneau Metal sans craindre de se voir jeter l’opprobre. C’est peut-être dans ces moments-là que les FUNERAL PARADE se montrent les plus convaincants, lorsqu’ils refusent les obligations de volume sonore pour s’échapper dans un univers parallèle légèrement plus troublant (« Mrs Hyde » en est peut-être l’exemple le plus probant d ‘ailleurs), ou qu’ils osent un peu plus de sensibilité pour dessiner les contours d’un glamour létal sur fond de constat cruellement objectif (« Corrompue » et sa montée en puissance intéressante). Il est toutefois difficile de se montrer réaliste au sujet d’un album qui s’écoute comme un spectacle se regarde, mais entre des riffs de guitare qui ont tendance à s’inviter un peu trop souvent au même banquet, et des lignes de chant qui semblent se dédoubler d’un morceau à l’autre, on a parfois l’étrange sentiment de déambuler dans les couloirs d’une galerie des glaces, croisant souvent le chemin des mêmes créatures pas si effrayantes que ça finalement.

Mais heureusement, l’enthousiasme l’emporte sur la mesquinerie, et le chroniqueur que je suis de succomber aux arabesques de Lenny, qui déroule le tapis rouge de sa narration avec un sarcasme évident figeant son visage. Beaucoup de progrès accomplis depuis le premier EP, et surtout, la garantie de pénétrer les arcanes d’un monde aux velours rouge sang et aux ors rutilants, pour une sorte d’American Horror Story musical à la française, mais pas celui de l’imbuvable Freak Show, plutôt celui plus dérangeant d’Asylum, dans lequel on imagine bien nos musiciens enfermés à vie. Une sorte de guinguette à guitare qui se termine en massacre, mais qui ne tue personne, sinon de plaisir. On attendra juste du quatuor une prise de risques plus conséquente à l’avenir, histoire de s’échapper de ces figures imposées qui gâchent encore la surprise.


Titres de l'album:

  1. Préquel
  2. Funeral Parade
  3. Ce Que Je Vois
  4. Taxidermiste
  5. L'Emeute
  6. Culpabilité
  7. Osez!
  8. Corrompue
  9. 3 Temps
  10. Mrs Hyde
  11. Mon Venin
  12. Mr. J
  13. Funeral Boogie

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par mortne2001 le 30/03/2018 à 14:45
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