Hollow

Untitled With Drums

06/03/2020

Atypeek Music, Araki Records

A force de se fader des entêtés collés sur le strass des eighties et des alunis encore persuadés que la face sombre de la lune des seventies n’a pas révélé tous ses secrets, on en vient à occulter toutes les autres périodes ayant précédé ou succédé. Mais avant tout ça, il y eut les sixties, débordantes de vitalité, nous faisant passer du noir et blanc de la chaîne unique au multicolore culturel des rues, et puis après, il y eut les nineties, avec ses clips au contraste excessif et ses couleurs sursaturées. Mais étrangement, malgré l’aspect bigarré des clips tournant en heavy rotation sur la sacro-sainte MTV, le fond de l’humeur était plutôt sombre. Oh, certes, la Brit-Pop éclatait et brillait de mille feux, la Dance, la Techno peignaient les pistes de danse en fluo, mais le Rock lui n’était pas des plus joyeux. Après les excès de la décennie précédente, il souhaitait revenir vers des perspectives plus concrètes, vers des tonalités plus neutres, vers des ambitions plus réalistes et modestes. Inutile encore une fois de pointer Seattle du doigt ou de blâmer Sub Pop pour le comportement neurasthénique et à la fois désabusé de ses poulains, mais quand même. L’importance des années 90 est souvent passée sous silence, eu égard au côté cyclique de la mode qui laisse des intervalles de quelques décennies avant de remettre sur les mannequins les frusques qu’ils ont arboré plus en amont. Et puis, avec les obsessions actuelles de la scène scandinave pour le Soft Rock et la Pop smooth, et l’obnubilation du reste de l’Europe pour la Power-Pop, le Hard-Rock des anciens et l’Alternatif naissant, il y a peu de chances que cette décennie parvienne à se tracer une route jusqu’à la production. C’est dommage, parce qu’un peu de nostalgie pertinente ne ferait pas de mal. Remettons au goût d’un jour pas si nouveau les tracas d’une génération un peu blasée d’avance. Avouons notre passion pour le SONIC YOUTH post Goo, avouons un intérêt certain pour les GIRLS AGAINST BOYS, JESUS LIZARD, SOUNDGARDEN, ALICE IN CHAINS, qui comme leurs faux modèles des DOORS, de CREEDENCE, de SUICIDE, KRAFTWERK et tant d’autres méritent réhabilitation.

Une réhabilitation localisée, qui vient de Clermont-Ferrand, et qui date de 2014. C’est à cette époque-là que les initiales LD, RSK, MLB, MP, NZ émergent pour mettre en branle l’un des projets au nom des plus cryptiques, UNTITLED WITH DRUMS. Tout ça ressemble à un titre de travail pour ne pas trop faire chauffer l’imagination, mais c’est presque la vérité. Ce nom, les clermontois l’ont emprunté à l’une de leurs idoles, les SHIPPING NEWS, dont ils empruntent pas mal de codes et d’astuces pour mettre leur inventivité old-school en valeur. Et après un premier EP éponyme, publié en 2017, le quintet s’en revient avec un premier long, de durée raisonnable, mais d’inspiration magique, et fertile. L’inspiration d’ailleurs est portée comme un étendard, comme un t-shirt un peu délavé, qui mentionnerait en son dos une tournée fictive des FAILURE, SLINT, CAVE IN, TRUE WIDOW et bien évidemment SHIPPING NEWS. Mais ce t-shirt ne suffirait pas à baliser les passions adolescentes de ces musiciens, ni les chemins qu’ils foulent pour rejoindre leur propre route. Tiens, pour exemple, en écoutant « Silver », on pense à des DEFTONES récents repris par un TENGIL moins innocent. On sent aussi des effluves d’ALICE IN CHAINS lorsque le rétro est bien calé sur le passé. On sent un peu de tout, même les STP, pour peu que votre esprit se laisse porter. Mais on sent avant tout un énorme Rock abrasif, qui rappelle les MILK et l’écurie Sub Pop des premières années, un gros Rock qui se veut Noisy pour garder l’esprit, mais qui n’oublie pas les mélodies dans les recoins de la mémoire. Une musique viscérale, immédiate, instinctive, et urgente pourquoi pas, un truc qui vous fait jouer avec le feu de riffs simplissimes mais toujours aussi efficaces sur le bien nommé « Play With Fire », impeccable début qui explose comme l’hymne qu’on attendait après la génération Glam de trop. On se souvient bien sûr des SMASHING PUMPKINS, on se souvient de JESUS LIZARD, on se souvient de ces énormes basses distordues et des MELVINS, mais surtout de cette propension à croire que le Rock se devait d’être honnête et dangereux, et pas emballé dans un joli papier cadeau pailleté.    

Enregistré à Genève par Serge Morattel (KNUT, VENTURA, YEAR OF NO LIGHT, IMPURE WILHELMINA…), Hollow est un peu plus qu’un simple trip nostalgique entamé après avoir léché un buvard Grunge un peu corsé. C’est une transposition personnelle d’un Post Rock un peu trop contemplatif depuis quelques années dans un langage plus rude, des mots plus durs, des frôlements de peau plus rêches. Mais la béatitude des harmonies acides est toujours là, confiée comme un secret qu’on se passe entre initiés, à demi-mots, avec peu de notes, mais beaucoup de puissance (« Passing On »). L’astuce des contretemps, de ce chant qui plane longtemps au-dessus de la tête comme un Chino en transe, de cette rythmique qui refuse le quatre-quatre classique et qui se relaxe un demi-temps pour jouer la bourre (« Stasis »). Rien de vraiment nouveau, mais rien de vraiment daté non plus, même si l’amertume de Staley revient dans la gorge comme une perte incroyable que le temps ne guérira pas (« Amazed »). Les clermontois ne sont pas américains, ils ne sont pas nés dans l’état de Washington, mais dans le Puy-de-Dôme, ce qui ne les empêche nullement de chanter la noirceur d’un avenir qu’on voit se dessiner en pointillés, et qu’on appréhende d’un pas relativement peu sûr, pas certain de se relever en cas de chute (« Hex », le Post Rock d’aujourd’hui joué comme le Rock Indie d’hier)…En considérant l’œuvre avec un minimum de recul, l’influence de SHIPPING NEWS crève évidemment les tympans, mais n’est pas le genre d’étiquette qu’on porte avec regrets. Les mecs assument leur passion, mais la recyclent intelligemment, pour se présenter en prolongement, et non en suiveurs. Alors certes, every move you make, i’ll be watching you, mais ces percussions étrange sur delay fantôme avec « Consider », c’est plein de flair et de bile à la fois, et puis cette diversité dans la cohésion à largement de quoi séduire au-delà des cercles…d’initiés.

Pas besoin d’être nostalgique pour apprécier les UNTITLED WITH DRUMS. Il faut juste aimer la musique d’une façon générale, et d’aimer son Rock légèrement âpre, mais généreux. On peut l’aimer parce qu’il évoque la route qu’il reste à faire pour réconcilier le pré et le Post-Rock (« Revolve »), mais on peut aussi l’aimer parce qu’il formalise un mal-être ambiant qui commence à méchamment s’incruster (« Strangers », modèle de crescendo lourd et hypnotique à la « I Want You (She’s so Heavy) »). Et puis on peut l’aimer tout court en fait parce qu’il est joué honnêtement, parce qu’il est joué puissamment, parce qu’il est joué…sans détours. Et puis ça change un peu les nineties, c’est moins roots ou clinquant, mais ça reste important. Au moins autant qu’une génération entière ne sachant pas ce qui l’attendait au tournant. Comme maintenant en fait…    

                                                                                              

Titres de l’album :

                         01. Play With Fire

                         02. Passing On

                         03. Stasis

                         04. Amazed

                         05. Silver

                         06. Hex

                         07. Consider

                         08. Revolve

                         09. Heirs

                         10. Strangers

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 23/05/2020 à 17:40
82 %    431

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Hanger Abortion

RBD 30/09/2020

Night Of The Masks

Simony 26/09/2020

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Kerry King

Ah ouais ok j'avais zappé, mais bon ACDC était au point mort depuis 2016 donc il a rien manqué.

30/09/2020, 22:32

Jus de cadavre

Si, Cliff avait annoncé prendre sa retraite en septembre 2016, quelque temps après le départ de Brian.

30/09/2020, 21:36

Kerry King

Cliff Williams n'avait jamais quitté le groupe me semble, c'est juste Axl Rose et Chris Slade qui était en plus lors du dernier tour il y a deja 4 ans.Sinon super nouvelle de revoir les boys !

30/09/2020, 20:34

Raumsog

Ils ont quand même été capables de sortir 2 bons albums comme Mechanize et The Industrialist 15 ans après leur âge d'or, et malgré tout leurs gros bordels en interne (merci Baxter pour les précisions). C'est déjà une petite pe(...)

30/09/2020, 16:09

Humungus

Hé hé hé...

30/09/2020, 14:17

Raumsog

La pochette est magnifique en tout cas - l'album sort sur Sega Megadrive?

30/09/2020, 14:03

KaneIsBack

En gros fan de Deeds of Flesh, cette nouvelle me fait très plaisir ! Surtout que, d'après ce que j'ai compris, Erik avait déjà écrit la grande majorité de l'album avant son décès. Et la liste d'invités est plus qu&(...)

30/09/2020, 10:32

Gargan

Dernier achat du groupe, digi de demanufacture acheté en 95, en même temps que la box de draconian times. Qui on écoute encore ? Je ne connaissais pas AOTW, j'aurais mieux fait de rester dans mon ignorance...

30/09/2020, 10:25

Simony

Totalement d'accord avec L'anonyme.

30/09/2020, 09:25

L'anonyme

Perso, j'ai lâché l'affaire à partir de Digimortal que j'ai détesté. J'avais trouvé à l'époque que le groupe s'inspirait trop de la scène néo-metal que j'avais du mal à écouter (e(...)

30/09/2020, 09:21

Oliv

C’est reparti comme en quarante ! 

29/09/2020, 19:05

mortne2001

@Humungus : Il y a toujours un historien qui connaît le fils du neveu du facteur du biographe d'EXODUS et qui SAIT. Honorons leur présence sur ce site. ;)

29/09/2020, 17:42

Buck Dancer

Ce groupe n'en est plus un depuis bien trop longtemps (le retour de Cazares?) et pourtant comme RBD, j'ai jamais lâché. Même si les deux derniers albums m'ont déçu je voulais continuer a y croire. Cazares va t'il continuer à (...)

29/09/2020, 15:31

Bones

"There is a Fric Factor in the system"  

29/09/2020, 15:23

RBD

Burton ayant été de toutes les incarnations du groupe au fil des intrigues, j'imagine mal que FF puisse continuer maintenant avec les uns ou les autres. La réconciliation avec Christian et Raymond ne me paraît pas possible, d'autant qu'eux aussi sont pass(...)

29/09/2020, 12:57

licks0re

Santa barbara...

29/09/2020, 11:51

Baxter

Le mec n'est pas blanc non plus c'est encore une crise comme en 2002 ou son détachement en 2008. D'ailleurs Burton avait en 2008 vendu des parts à Raymond et Christian (puis virant la femme de ce dernier étant manageuse de F.F à ce moment) puis suite &ag(...)

29/09/2020, 10:46

Raumsog

Y a une bonne petite ambiance Deströyer 666 dans le son et les riffs! 

29/09/2020, 10:38

jean mounier

Quel foutoir ce groupe depuis une bonne dizaine d'années quand même, niveau musical comme niveau humain. Je ne vois pas Fear Factory sans Burton, mais je ne voyais pas Suffocation sans Frank Mullen également...

29/09/2020, 09:58

Humungus

Aaaaaaahhh !!!Les commentaires de 78.192.38.132... ... ...

29/09/2020, 09:00