Il est facile d’oublier qu’un style originel, expurgé de toute volonté d’interconnexion et d’ouverture sur des éléments extérieurs en représente souvent la quintessence inégalée. Ce qui signifie en substance qu’une approche formelle, quoique souvent promise à une impasse créative, peut résulter en l’élaboration d’une œuvre riche, aux qualités exponentielles, sans vraiment chercher à remettre en cause les dogmes de base, ce qui au premier regard pourrait constituer un handicap. Et les groupes choisissant cette voie, se fermant ainsi un nombre conséquent de portes, ne peuvent compter que sur leur propre talent de compositeurs et d’instrumentistes pour proposer un travail digne d’intérêt, tâche ardue s’il en est, considérant que la plupart des extensions du Metal moderne ont déjà dit tout ce qu’elles pouvaient dire. Mais en pouvant compter sur une poignée de musiciens intègres, appartenant ou non aux premières générations, le dit-genre s’offre une renaissance perpétuelle, au travers de constructions d’apparence classiques, mais au fond suffisamment novateur dans le respect pour susciter l’intérêt. Alors, en mettant de côté l’expérimental, l’avant-garde, la fusion, le psychédélisme, et en refusant de sombrer dans les affres du minimalisme outrancier, le Black Metal peut encore s’enorgueillir de compter en ses rangs des combos défendant corps et âme l’esprit originel des 90’s, celui-là même qui souffla sur les braises de la première vague nordique pour enflammer le monde. Nous pourrions évidemment parler de MARDUK, quoique enfant légitime de cette fameuse première vague, qui en 2018 continue de tracer sa route sans accepter de diluer sa musique dans un chaudron de concessions quelconques, mais il nous est aussi possible, en regardant plus loin, de parler des écossais (ex-australiens) de BARSHASKETH, qui depuis presque dix ans restent fidèles à une éthique passionnée, et nous offrent des albums d’une violence indéniable, tout en cherchant à moduler leur optique sans trahir leur crédo. Et avec ce quatrième album, le quartet pousse encore plus loin ses exigences de perfection, signant de là-même son meilleur album depuis son émergence.

BARSHASKETH, pour les néophytes fut d’abord envisagé comme projet solo de Krigeist (BELLICISTE, BRON, DUNKELHEIT, SVARTGREN, ex-CATHEDRA, ex-BLOOD OF THE MOON), exilé de Wellington à Edimbourg. Après avoir publié deux démos coup sur coup (As Flesh Becomes Earth et Barshasketh, en 2009), l’homme a enfin réuni ses forces pour se concentrer sur un premier longue-durée, Defying the Bonds of Cosmic Thraldom, paru en 2010. Et si ce LP contenait déjà les graines de la discorde à venir, c’est évidemment Sitra Achra qui marqua les esprits, avant que le label allemand W.T.C ne récupère le bébé et ne produise Ophidian Henosis, que les webzines spécialisés du monde entier ne manquèrent pas d’encenser. A juste titre, puisque ce troisième chapitre semblait prouver que la marge de progression de BARSHASKETH était encore énorme, malgré d’effarantes qualités d’efficacité et de créativité dans le formalisme. Et c’est donc très légitimement que la maison de disques allemande continue sa route avec le groupe aujourd’hui devenu quatuor, pour nous offrir ce quatrième volume éponyme, qui en dit long de son titre sur les aspirations personnelles du groupe. Aujourd’hui rassemblés autour de Krigeist (guitare, basse et chant) se retrouvent donc Guillaume Martin (guitare, depuis 2011), Ben Brown (basse, depuis 2013) et le nouveau batteur finlandais Nagh, qui forment donc l’incarnation nouvelle de BARSHASKETH et peut-être l’une des plus performantes. Et sans vraiment chambouler ses plans, le groupe continue de croire en des valeurs séculaires pour prouver que le BM des années 90 peut encore déchaîner les passions et fédérer les fidèles, qui ne se retrouvent pas forcément dans la production actuelle, entièrement dévouée à la mutation et à l’acceptation de styles extérieurs. Pas de triche donc ici, rien que de la pureté, et pourtant, impossible de ne pas voir en Barshasketh une volonté d’oser, de briser les tabous, et de recentrer les débats autour d’une musique qui si elle est connue depuis longtemps, peut encore se montrer efficace, d’une violence proportionnelle à ses aspirations mélodiques, et digne de figurer dans les livres d’histoire d’un extrême qui saura saluer le travail accompli. On y retrouve évidemment la personnalité du groupe, qui reste collée à cette volonté de transcender des valeurs anciennes, mais aussi ce désir ardent de pousser le genre dans ses derniers retranchements, en l’obligeant à faire face à son illustre passé pour mieux regarder vers un avenir qui peut se montrer aussi clément que celui des défricheurs.

Centré autour du concept de Be’er Shachat, duquel dérive le nom même du groupe, Barshasketh propose d’aborder le concept du pit of corruption, idée ésotérique aux multiples facettes qui illustre la présence du « moi » dans un processus cyclique passant par des phases de destruction, de purification et éventuellement d’une renaissance, concept que les livres spécialisés et la toile vous expliqueront mieux que moi. Mais ce concept est judicieusement illustré par la musique présentée dans ces huit morceaux, qui atteignant presque l’heure de jeu, permettent de s’immerger dans une philosophie intéressante. Et il peut même illustrer la démarche d’un groupe qui accepte les étapes de son parcours, ses moments de bruit et ses silences forcés, et qui cherche à chaque nouvelle étape à progresser sans renier ses fondements les plus cruciaux. Et en cinquante-quatre minutes, BARSHASKETH prouve qu’il est capable de proposer du neuf sans bousculer le passé, et rester ce groupe important qu’on a toujours connu. Evidemment, pour les fondamentalistes, rien de neuf sous le soleil noir du Black Metal, puisqu’une fois encore, les plans classiques du genre sont utilisés de façon pertinente, et nul ne sera surpris de retrouver cette alternance de passages atmosphériques et mélodiques, et ces soudains apaisements harmoniques, contemplatifs et martiaux, qui sont la trademark du quatuor comme les éléments de base du genre. Et sans vouloir tomber dans les comparaisons qui ne feraient pas honneur aux artistes, il est facile de voir en Barshasketh une sorte de synthèse géante des tendances en vogue à l’orée des années 2000, et des corrélations entre leur propre art et celui de TAAKE, de MARDUK, d’EMPEROR, et autres chantres d’une noirceur historique. Pourtant, et malgré ces quelques repères, la musique de BARSHASKETH est toujours aussi unique, aussi classieuse que sauvage, et difficilement copiable dans les faits, puisque reposant sur une base instrumentale à la perfection indéniable, et à une volonté d’élargir les horizons sans sortir de son champ de perception.  

Chaque morceau de ce quatrième chapitre semble parfaitement s’imbriquer dans le précédent, et le long crescendo qu’offre cet éponyme effort est une sorte de cycle en lui-même, et métonymie d’un parcours unique en soi. Il fonctionne comme une longue suite de violence intelligente, avec des sentiments retranscrits en musique, et des humeurs, des états de fait, mais aussi des performances individuelles et collectives fameuses, flirtant parfois avec la technique la plus poussée, comme sur l’hypnotique « Rebirth », qui dame le pion à bien des formations de l’époque. Arrangements travaillés, arpèges doucereux, rythmique évolutive, pour un creuset d’inspiration sans cesse renouvelé, et parachevé par un final aux proportions dantesques, ce « Recrudescence » qui en dit long de son approche progressive sur la vision à long terme. Impossible de trouver la moindre faille dans cette imbrication de riffs tantôt acides, tantôt francs, toujours massifs et parfois déviants, et si la logique de progression est d’une pertinence troublante, l’aspect foncièrement viscéral de l’ensemble frappe les esprits, transformant de fait Barshasketh en cycle ininterrompu, et BARSHASKETH en créature à la mutation perpétuelle. Plus qu’une réussite, ce quatrième album est un achèvement en soi, et surtout, la preuve que le BM de la seconde vague peut se prévaloir d’une présence toujours aussi proéminente dans un monde artistique underground voué aux prises de risques qui ne s’avèrent pas toujours payantes.   


Titres de l’album :

                         1. Vacillation

                         2. Resolve

                         3. Consciousness I

                         4. Consciousness II

                         5. Ruin I

                         6. Ruin II

                         7. Rebirth

                         8. Recrudescence

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par mortne2001 le 13/01/2019 à 17:52
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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