A force de me complaire dans l’avant-garde, le Post et toutes les digressions anti-puristes du Black Metal, j’en avais presque oublié ses fondements et son classicisme. Sa violence crue, sa brutalité, son nihilisme mélodique, et ses attaques franches, soulignées par des blasts acharnés et des cris vociférés. Il faut dire que depuis quelques temps, mis à part quelques exemples plus ou moins stables de tradition contrôlée, le genre à plutôt tendance à jouer les faux-fuyants pour s’abriter derrière une crédibilité lui faisant néanmoins honneur. Mais en tant que fan du style, on avoue de temps à autres une inclinaison à retrouver le souffle d’origine, sans avoir à passer par la case « expérimentation », juste pour le plaisir d’une bestialité qui nous a amené un jour dans son giron. Et j’ai retrouvé ces effluves nauséabondes non du côté de la Norvège ou des USA, encore moins en Allemagne, mais au Canada, dont la scène productive est plutôt encline d’ordinaire à assécher le ton pour le rendre plus fluet qu’un mannequin anorexique durant un catwalk. Inutile de vous recenser toutes les légendes locales, vous les connaissez aussi bien que moi si le Metal noir est votre passion, et de toute façon, cette entreprise serait vaine tant les HAK-ED DAMM se démarquent de leurs compatriotes depuis leurs débuts en prônant une agressivité de ton soutenue par une luxuriance de production qui leur permet d’affiner leur identité et de la préserver. HAK-ED DAMM donc, fondé en 2007, et ayant connu un hiatus d’un an entre 2011 et 2012, pour mieux revenir encore plus remonté et perturbé, histoire de nous offrir un second longue-durée impressionnant de vélocité et de cruauté, les rangeant auprès des références les plus saignantes.

Depuis leurs débuts, les canadiens n’ont pas chômé pour nous présenter les fruits de leur dur labeur, même si un seul LP sanctionnait leur parcours, Nekrowristfucked, publié en 2010. Depuis, pas mal de turpitudes, et aussi un nombre conséquent de splits, aux faces partagées avec les TOORN, BLACKSCORN, BLOODDAWN, BLACKHORNED et autres INTERNAL DECADENCE ou ZARACH 'BAAL' THARAGH, histoire de proposer de nouveaux morceaux tout en s’imposant sur la scène, sans pour autant faire l’effort de vendre un produit plus conséquent. Cette erreur est maintenant corrigée grâce à Holocaust Over Dresden, à la pochette assez infecte et graphique, distribué par les bons soins conjoints de Death Portal Studio et Satanath Records, qui risque fort de se faire remarquer aussi par sa musique, sans concessions, mais vivant dans l’ombre d’un mentor majeur, dont les accents sont souvent singés, avec un brio incontestable il faut l’avouer. Pas étonnant dès lors d’apprendre que la traduction du vieil hébreux Hak-Ed Damm signifie quelque chose comme « champ de sang », patronyme évoquant avec acuité la thématique de la guerre si chère à nos amis BM. La guerre, un autre thème que les suédois de MARDUK nous refourguent avec une régularité d’arme automatique, et pas étonnant non plus de retrouver leur nom dans cette chronique, tant leur patriarcat viril a influencé nos amis canadiens du jour, qui en reprennent les principes les plus évidents, en les renforçant au passage d’un brin d’ADN plus personnel. Impossible à l’écoute de ce second LP de ne pas penser à des albums comme Wormwood ou Serpent Sermon, tant musicalement le quintette (Zokvist – chant, Silencer – batterie, Exu – guitare, Amok – guitare et Zaïtsev – basse fretless) s’évertrue à en reprendre les principes les plus élémentaires, tout en louchant sur la période Legion du groupe, notamment dans les instants les plus violents qui nous ramènent à l’époque bénie de Heaven Shall Burn. Plagiat, vous avez dit plagiat ? Pas du tout, mais grosse concomitance, et accointances plus que prononcées, pour un BM franchement jouissif et enthousiasmant, qui riffe, blaste, hurle et hulule pendant plus de quarante minutes, en prenant soin de distiller quelques breaks et variations au passage. Mais face à la débauche d’intensité d’une composition aussi diabolique que « Blooming Groove » et ses arrangements furieux, difficile de ne pas succomber à l’outrance d’un combo qui n’hésite pas à s’impliquer pour nous mettre en transe, et qui y parvient sans difficultés.

En parlant d’arrangements, Holocaust Over Dresden en est justement truffé, mais toujours à bon escient. Parfois, ils prennent la forme d’interludes « charmants », nappés de guitares acoustiques subtiles qui contrebalancent de leurs nuances des grondements guerriers d’arrière-plan et des bruits de bottes dans la neige hivernale (« Auschwitz-Birkenau »), mais la plupart du temps, ils s’incarnent en homélies de chœurs vindicatifs et de transitions épiques pour mieux catapulter la violence dans une dimension supérieure d’exigence. En choisissant des balises assez larges pour encadrer leurs morceaux, les canadiens ont pris le bon chemin, tant leurs idées leur permettent de tenir la distance sans avoir recours à des subterfuges de répétition trop flagrants. Et même si la bestialité semble être le vecteur commun à tous les segments, la variété est de mise, et trouve une incarnation assez envoutante, qu’elle se matérialise par des inserts diaboliques comme ces backing vocals sur le terrifiant « Holocaust Over Dresden », ou par des allusions Crust assez justement et judicieusement placées.

En termes d’allusions, le groupe joue parfois à contrario la carte de la franchise, à l’instar de cet « Usine De Mort » qui ne cache en rien ses parallèles et ses intentions, via un Crust Black intense et débridé, qui illustre avec une morgue macabre les émanations fumeuses de ces funestes bâtiments à longues cheminées dédiés à l’annihilation de masse. Le chant de Zokvist se couvre alors d’accents communs à Legion et Mortuus, pour une nouvelle révérence aux pieds d’un MARDUK, certainement assez flatté de découvrir son emprise. Et la folie ambiante atteint parfois des pics de violence, sur « As Kadavers Suddenly Squirt » qui aurait largement eu sa place sur Frontschwein sans que personne ne se rende compte du subterfuge. Agression non-stop, couches vocales en exorcisme qui se superposent dans un délire de langues déliées et fourchues, et guitare qui n’en peut plus de lâcher en pâture ses motifs en circonvolutions avant de nous écraser d’un riff massif, qu’une basse fretless palpable transcende de ses graves inhabituels pour le genre. Nous avons même droit aux relents militaristes que Morgan affectionne tant sur le final épique « Jade with the Deflowered Scalp », qui entérinent définitivement le parallèle entre les deux troupes.

Et pourtant, malgré ces analogies qui crèvent les oreilles, Holocaust Over Dresden reste persuasif, pour peu que l’on ferme les tympans sur quelques emprunts un peu trop flagrants. Il est tellement agréable de tomber sur un excellent album de War BM que l’on se sent prêt à faire acte de bienveillance, et d’accepter le parallèle sans trop insister. HAK-ED DAMM est donc maintenant apte à s’imposer sur la scène BM mondiale, armé d’un LP qui ne fait aucune concession à un quelconque effet de mode, et qui bénéficie en outre d’une production remarquable, à la brillance digne d’un soleil se reflétant sur le canon d’un viseur. Un massacre organisé qui puise dans l’histoire les atrocités dont il a besoin pour se régénérer, et qui se pose en bande-son d’une abomination que personne n’a pu oublier.


Titres de l'album:

  1. Edelweiss
  2. Holocaust over Dresden
  3. MG42
  4. Blooming Grove
  5. Auschwitz-Birkenau
  6. Usine de Mort
  7. Marea Morte
  8. As Kadavers Suddenly Squirt
  9. Jade with the Deflowered Scalp

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par mortne2001 le 13/12/2017 à 14:13
80 %    541

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
13/12/2017 à 17:23:20
ils ont un pet au casque ces mecs. Leur premier album avait une des covers les plus cinglée jamais vu :D !

bof
@78.192.38.132
13/12/2017 à 20:16:49
bof pas grand chose de bien excitant

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