Des suédois, maîtres de la mélodie et de la puissance, signés sur un label allemand réputé, tous les ingrédients sont là pour faire de cette sortie un petit évènement. Après tout, les scandinaves n’ont plus grand-chose à prouver depuis dix ans, et squattent le top des référendums de tout poil avec leurs groupes qui n’ont de cesse de recycler, de réadapter, sans vraiment créer quelque chose de neuf. Mais nous les aimons pour diverses raisons, aussi objectives que subjectives, sauf que la sauce ne prend pas forcément à chaque fois. Un pedigree, une provenance, un style de prédilection ne suffisent pas toujours à accepter la routine d’une musique préfabriquée, et lorsque des combos plus anonymes parviennent à se faire une place au banquet, il convient de les identifier pour ne pas les assimiler aux leaders, de ceux qui organisent justement les soirées. Notez immédiatement que je n’ai aucun grief particulier à formuler à l’encontre des REXORIA, puisqu’ils m’étaient inconnus avant la découverte de leur deuxième album, cet Ice Breaker qui justement fait tout ce qu’il peut pour briser la glace, mais qui en définitive se limite à des relations diplomatiques polies. Formé il y a trois ans, le quatuor (Jonas Gustavsson – basse/guitare, Cristofer Svensson - guitare, Martin Gustavsson – batterie et Frida Ohlin – chant/claviers) s’enorgueillit donc d’avoir eu plus d’une trentaine de concerts à son actif et un album en un peu plus d’un an d’existence, et de continuer sa route sans lâcher prise ni mettre un frein à sa créativité. La performance peut être saluée, mais l’énumération de chiffres et de pourcentages n’a jamais garanti la qualité d’une musique ni la valeur d’un groupe, et dans le cas des suédois, le couperet de la sentence tombe vite. Aussi sympathique et mélodique soit sa musique, elle reste désespérément stérile, incapable de provoquer d’autre réaction qu’un modeste intérêt poli, la faute à quelques éléments très concrets que les fans identifieront assez facilement.

N’ayant posé mes oreilles sur leur entrée en matière Queen of Light, je ne saurais dire si les originaires de Jonkoping ont fait des progrès en termes de composition et d’interprétation. Mais en me basant sur les douze morceaux de cet Ice Breaker, je peux d’ors et déjà affirmer que leur marge de progression est encore méchamment conséquente. Très capables, les musiciens nous proposent donc une sorte d’hybride de Hard Rock mélodique, de Heavy épique et harmonique, de Power Metal modéré, et de Symphonique allégé, soit une moyenne entre différents styles qui n’ont plus grand-chose de neuf à proposer depuis longtemps. Ce qui en soit n’est pas un problème, la chasse à l’inédit n’étant pas l’obsession du fan ou du critique, à partir du moment ou des musiciens savent doser les ingrédients et rendre le tout digeste et gouleyant. Mais là où le bât blesse, c’est que les REXORIA semblent se contenter d’une moyenne légèrement supérieure, comme s’ils souhaitaient ne pas trop se faire remarquer, ce qui est un comble pour un groupe qui s’affiche sous une si belle pochette. Et pour être honnête, les suédois semblent résumer toutes leurs qualités en une seule phrase d’accroche promotionnelle, qu’on peut trouver sur leur page Facebook. « Si vous entendez de belles mélodies et des riffs flamboyants, c’est que vous écoutez probablement REXORIA ». Et c’est sans aucune surprise que l’on constate que ce second LP n’est rien de plus que la somme de ses composantes, soit des mélodies (pas forcément belles) mises en relief par des riffs (pas forcément flamboyants). Avec une production claire, mais elle aussi anonyme, des guitaristes qui font ce qu’ils peuvent pour recycler des licks déjà entendus des milliers de fois, une chanteuse qui essaie d’harmoniser le tout de vocalises qui ne hérissent pas vraiment le poil, et des chœurs symptomatiques de l’école Heavy allemande, ce second longue-durée s’affilie de lui-même à la catégorie des œuvres « aussitôt écoutées, aussitôt oubliées », puisqu’aucun tube ne semble émerger, les titres restant dans une linéarité déroutante.

L’argument Folk aurait pu être mis en avant, et sauver l’entreprise de son caractère prévisible et tiède, malheureusement, cette approche reste tellement discrète qu’on en cherche la trace à la moindre note. Et l’intervention de Niklas Isfeldt de DREAM EVIL sur le très suédois natal « Var Verklinget » ne permet pas à l’entreprise de s’extirper du marasme de normalité confondante dans laquelle elle se voit plongée. Archétype de groupe capable, mais incapable de se hisser plus haut que ses modestes ambitions, REXORIA égrène ses compositions comme on écrit son parcours professionnel sur un CV, malgré une entame qui laissait présager de plus de présence et de charisme. Mais « Velvet Heroes », malgré son indéniable puissance révèle déjà inconsciemment les limites d’un quatuor qui se sent à l’étroit dans son petit costume d’opéra un peu cheap, malgré un refrain qui reste l’un des seuls instants mémorisables durant trois quarts d’heure de figures imposées. La faute à quoi, à qui ? A des aptitudes de compositions encore un peu faibles, et surtout, à un niveau individuel qui ne permet pas de sortir de la masse. Le timbre de la chanteuse Frida Ohlin est encore un peu tendre pour rivaliser avec certaines de ses collègues, spécialement lorsqu’elle cherche à monter dans les aigus, et les guitares se contentent souvent de lâcher des motifs classiques et formels, sans la puissance nécessaire au recyclage Heavy des riffs les plus convenus mais charnus. Alors, on laisse la bande se dérouler, et on assiste impuissant à une sorte de naufrage créatif indigent, lorsque « Fight The Demons » insère des mélodies niaises dans un contexte purement ACCEPT, ou quand « The Rise Of The Phoenix » observe le proverbial Phoenix se cramer les ailes au soleil du conformisme. On se demande même parfois si le tout n’est pas une jolie démo emballée dans une pochette d’album, tant les arrangements sont synthétiques et interchangeables, encore plus lorsque ce qui est censé être l’hymne de l’album (« Ice Breaker ») retombe comme un soufflet, la faute à une chanteuse qui essaie de dépasser ses limites sans y parvenir, et à un refrain d’une lénifiante évidence…

Il y a encore possibilité de grandir et de s’affranchir de ses tics irritants, mais pour le moment, REXORIA n’apporte pas vraiment de plus-value à son pays. A la limite, on peut les voir comme l’exception qui confirme la règle, et la possibilité de dresser une constatation somme toute rassurante. Tous les suédois ne sont pas des surdoués.               

              

Titres de l'album :

                         01. Velvet Heroes

                         02. Fight The Demons

                         03. Endless Nights

                         04. In The Wild

                         05. Reach For The Heavens In Time

                         06. Ice Breaker

                         07. Wind and Rain

                         08. The Rise Of The Phoenix

                         09. Brothers Of Asgaard

                         10. The Raging Thunder

                         11. Roaring

                         12. Var Verklinget

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par mortne2001 le 02/02/2020 à 18:44
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Tellement mauvais et tellement drôle à la fois qu'on leur accorde l'indifférence avec mansuétude.


"quand on veut écouter du vieux Death Metal qui schlingue la gerbe et la bile, on se coltine un vieil INCANTATION, un des premiers BOLT THROWER, et vogue la gerbe le long du canapé"
:D !


Ah et puis Sieur Simony, je n'ai pas pu attendre votre fameux crédit à si faible taux...
Ma pré-commande est déjà passée.


Titre plus que prometteur en effet !


Après quelques minutes de recherche sur la toile, voici ce qu'il y a réellement dans cette fameuse box :
"Vinyl Features:
+ Mud-Green / Black Marbled Vinyl
+ Gatefold Jacket
+ A1 Size Poster (~23.4" x 33.1")

Box Set Includes:
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(...)