Idols

Chronus

22/05/2020

Listenable Records

Originaire des rives sud de la Suède, CHRONUS est un quatuor exalté formé en 2015 et dirigé par le Baron. Avec l'esprit fixé sur l'ambition, CHRONUS revitalise le genre hard rock avec des paroles captivantes et des instrumentaux magnétiques. Le Baron, un souverain dominateur, impitoyable et vêtu de blanc, incarne une voix obsédante et puissante. Il est renforcé par ses trois associés en robe pourpre, Oliver, Svante et Adam. Ensemble, ils canalisent des performances énergiques remplies de mélodies frappantes, de riffs addictifs et percutants.

Avec ça déjà, l’affaire sent clairement mauvais. Genre le réchauffé au micro-ondes mou et sec à la fois, l’arnaque gustative en plastique, le toc vendu comme de la gastronomie de luxe. Mais en plus :

CHRONUS est un ajout brillant à l'avenir du métal. David Ellefson (MEGADETH)

CHRONUS mélange le Heavy Metal old-school et le Rock moderne de manière intelligente et irrésistible ! Mario Duplantier (GOJIRA)

 

Avec bientôt quarante ans de musique derrière moi, des modes constatées usées avant leur mort, des courants ayant emporté d’anciennes gloires, et une tendance à ne pas me fier aux indices les plus évidents…j’avais quand même de quoi me méfier. Pensez-donc, un groupe suédois, au concept rappelant étrangement un combo bien connu pour ses mystères vestimentaires et conceptuels et sa musique douce et radiophonique, l’analogie était trop troublante pour ne pas être évoquée. Faisons-nous le parallèle en le nommant ? D’un côté, un pape, de l’autre, « Le Baron », d’un côté des goules sans nom, de l’autre des disciples vêtus de pourpre, Papa Emeritus, tout le toutim, et puis quoi encore ? De la fausse nostalgie 80’s travestie en décorum de freakshow pour ados attardés en manque de figures paternelles ? Un manque évident depuis que le révérend MANSON a pris soixante-quinze kilos et ressemble à feu Robin Williams dans Mrs Doubtfire ? L’explication était toute prête, ne manquaient plus que les insultes désuètes pour accompagner le papier. Alors, recensons-les, « butors », « cuistres », « faquins », « farauds », « nodocéphales », « foutriquets », « gougnafiers », j’en passe, et des plus imagées et jolies. J’avais un joli florilège pour ces truands de l’originalité qui en plus de copier une allure, allaient certainement en pomper la chanson par la même occasion. Sauf qu’une fois encore, j’oubliais les capacités scandinaves à recycler le vieux pour en faire du sur-mesure neuf. La Suède n’est décidément pas l’Emmaüs de la musique nostalgique, mais bien son Fauchon.

Je m’explique avant que vous ne perdiez pied dans mon laïus. Les CHRONUS ressemblent de loin à GHOST, sentent le GHOST à plein nez, en ont même la saveur délicate par moments, mais ne sont pas les GHOST, loin de là. Si l’approche est quasiment la même (une figure centrale déifiée et des apôtres conciliants), le résultat n’en est pas moins cruellement différent, car contrairement à leurs confrères nationaux, ces originaires de Helsingborg refusent toute concession en modulation, conchient la Pop et le Soft Rock, et préfèrent plonger dans un bain alternatif le Hard-Rock de papa qui depuis les années 80 a besoin d’un bon lifting pour rester en phase avec son époque. Le premier éponyme de 2017 nous avait laissé augurer d’un potentiel certain, de capacités indéniables, mais Idols semble chercher à mériter son nom à la moindre note et au moindre break. D’ailleurs, les webzines du monde entier (car le groupe n’en est pas encore au statut des grands magazines, mais la transition devrait s’opérer sous peu) s’amusent beaucoup depuis peu à trouver des hybridations pour décrire la démarche du groupe, et comme je ne veux pas jouer les rabat-joie, je m’y mets aussi. Pour les néophytes n’ayant jamais écouté la moindre note émise par les CHRONUS, essayez d’imaginer un cocktail frappé avec un tiers du Ozzy cuvée 81/84, un tiers du HAUNT le plus actuel, presque un tiers de la vague Sup-Pop des nineties, le tout légèrement saupoudrée d’une pincée dramatique de MUSE, sans les artifices les plus crispant. Je l’avoue, le shaker est légèrement personnel, et les ingrédients soumis à caution, mais en écoutant les dix morceaux de ce second long, je ne peux m’empêcher de valider la boisson créée.

Posons les bases, puisqu’on est mieux assis. Alors que le fond de l’air chez GHOST est frais comme de la Synth-Pop d’il y a trente ans boostée au Rock suédois du vingt-et-unième siècle, celui des CHRONUS est plutôt chaud d’un Hard-Rock vintage, vraiment franc dans le déroulé. Ici, pas d’astuces de production, pas de gimmicks faciles, pas de refrain tellement radiophonique que la FM en sue de plaisir. Juste du Rock, certes un peu linéaire, mais efficace, et sans tentative de vulgarisation des masses. La voix du sieur Le Baron est justement la plus proche de celle d’Ozzy qu’on puisse trouver sur le marché, et si la guitare n’atteint pas les sommets du regretté Randy Rhoads, de l’incendiaire Jake E Lee, ou du bucheron Zakk Wylde, elle n’en lâche pas moins des licks intéressants, suffisamment pour accrocher l’oreille. « Mountains Of Madness » met justement les éléments en place, avec un riff typique, une rythmique tranquille à la basse proéminente, et l’auditeur de se croire replongé dans les affres des débuts du sieur Osbourne en solo, Bark at the Moon style, et pas désagréable en plus. Comme bon nombre de leurs confrères, les CHRONUS sont sous influence, et respectent un cahier des charges. Les références sont à débusquer à l’orée des années 80 lorsque les seventies avaient encore de l’impact, et le timing est serré, très. A peine trente-cinq minutes pour dix morceaux (dont une transition), c’est peu, mais parfait pour le genre qui tombe vite dans la redite. Alors on danse ? Et pas qu’un peu, parce que les instants de bravoure sont nombreux. Comme ce « Heavy Is The Crown » qui ressemble à s’y méprendre à du CORROSION OF CONFORMITY repris par les 7 WEEKS. Avec « Ghosts », on pense au clin d’œil, mais pas du tout, le fantôme n’est pas identifiable, sauf dans la vague stadium alternative des années 90 et dans les inflexions vocales de Matthew Bellamy. Le groupe maniant le mid tempo comme personne, tout ça agite les petons et « Black Water » de jouer la tranquillité d’un Heavy Rock digeste et frais.

Frais ? Mais je croyais que l’ambiance était chaude ?  

Elle l’est, mais on peut se sentir frais en étant chaud comme la braise. On peut aussi maintenir une chaleur constante en jouant avec le thermostat, tiens, avec le modulé « Memories » qui passe de percussions insistantes à un boogie possédé. Mais bon. Je ne veux surtout pas me fâcher avec David ou Mario, mais autant dire que leurs dithyrambes sont un peu exagérés. CHRONUS n’est pas GHOST, et cette assertion est tout sauf anodine. Les épaules encore un peu frêles, et le Rock standard. Pas désagréable pour deux sous, mais pas essentiel non plus. A part peut-être cette wah-wah sur le final « Idols ». Totalement irrésistible, et certainement pas l’œuvre de paltoquets.             

                                                                                                

Titres de l’album :

                       01. Mountains Of Madness

                       02. Heavy Is The Crown

                       03. Shepherd

                       04. My Heart Is Longing For You

                       05. Ghosts

                       06. Sun

                       07. Pharos

                       08. Black Water

                       09. Memories

                       10. Idols

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par mortne2001 le 27/09/2020 à 17:27
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