Le Beatdown, j’ai connu en son temps, et j’en ai apprécié la lourdeur et la graisse suintant par tous les pores, mais à l’instar du Deathcore dont j’avais reconnu les mérites bruitistes, et du Djent dont j’admettais les accointances méchamment techniques, j’ai rapidement laissé tomber, constatant que la variété n’en était pas le leitmotiv principal, et que seule la recherche de gravité semblait importer. Que voulez-vous, les préjugés ont la vie dure, et du coup, j’ai observé de loin la production atteindre un volume pléthorique, affichant une indifférence polie à la propagation des idées, un peu comme si celles-ci n’étaient rien de plus que des slogans faciles et stériles jetés à la face d’un public incapable de faire la différence entre une guitare sous-accordée et une réelle violence affichée. Mais il faut parfois savoir faire fi de ses avis préconçus et affronter ses démons pour reconnaître qu’on a pu se tromper, et passer à côté de choses sinon primordiales, du moins dignes d’intérêt. Ainsi, les parisiens de WOLFPACK m’ont convaincu de revoir ma copie et d’accorder le bénéfice du doute à un style qui n’avait peut-être pas tout dit dès son discours d’intronisation, en manipulant justement les codes pour les détourner, et les rapprocher d’un extrême un peu plus généraliste, et pas seulement obsédé par le relâchement des cordes de guitare pendant jusqu’au sol. Sur Loathe, on retrouve bien évidemment pas mal d’ingrédients inhérents au genre, dont ces fameuses et diaboliques guitares à la profondeur abyssale, mais aussi des structures de composition qui peuvent rapprocher le groupe d’une version très à-propos d’un Death à tendance Hardcore ne crachant pas sur des mélodies essentielles, et d’une rage viscérale qui décrasse méchamment les oreilles.

Loathe, la haine, thématique séculaire, mais terriblement d’actualité, pour un second LP (après le plutôt standard None Above / None Equal, mais déjà révélateur de qualités très personnelles) qui en balise bien les contours rageurs de ses pistes sans compromis. Signé sur un label allemand, le quintette parisien (Hadrien - chant, Kevin - basse, Nicolas - batterie, Al & JP - guitares) passe donc la vitesse supérieure, et nous offre une démonstration de style en déflagration majeure, reprenant à son compte les us et coutume du Beatdown pour les confronter à quelques théories métalliques bombastic, frisant parfois le Death/Grind le plus absolu pour soudainement nous terrasser d’un riff gigantesque et velu. Certes, le tout n’est pas encore du niveau d’une acmé de brutalité, mais le chemin parcouru est notable, et le public risque de se fédérer autour de cette concentration de ressenti et de rancœur qui évite justement tous les pièges de l’énervement facile et évitable avec un peu de jugeote. En à peine dix morceaux pour moins d’une demi-heure, les frenchies font plus ou moins le tour de la question, et se permettent même quelques citations patrimoniales en insérant quelques clins d’œil, dont ce sample de « La Bohème » de Charles Aznavour en final du terrifiant « Delusion ». N’évitant pas forcément quelques poncifs, mais sans se laisser handicaper par un formalisme de ton, les WOLFPACK avec Loathe brossent un tableau des outcasts contemporains qui peinent à se retrouver dans une société qui n’a de cesse de mettre au ban tous les gens différents, sous couvert d’un discours politiquement correct de surface. Ici, le politiquement correct n’a pas sa place, mais pour autant, la colère est sincère, et non un simple hurlement vain ne trouvant aucun écho dans le silence ambiant.

Entre des accélérations soudaines et des aplatissements en règle, le quintette trouve une belle moyenne de brutalité, et offre à son second LP une variété qui fait plaisir à entendre, mais qui fait aussi très mal aux oreilles. Pas question de concession, mais plutôt de concision, et c’est sans doute pour cette raison que des intermèdes comme « Interlude » ne paraissent absolument pas hors-contexte, mais s’inscrivant au contraire dans une démarche logique de séduction par la franchise. On trouve même de ci de là quelques éléments rappelant le passé d’un Metal vraiment énervé, lorsque les accords acides de « Pessimist » nous rappellent le SEPULTURA le plus profond, avant qu’un lourd mid tempo ne nous ramène à la raison d’un Hardcore de saison. Il faut dire qu’en choisissant d’ouvrir son album par une déclaration d’intention aussi véhémente que « Oblomov », les WOLFPACK ont mis tous les atouts de leur côté, en étalant leurs qualités sans honte. Fierté de jouer un Beatdown qui n’en est pas que, mais qui tire aussi sur le cruel de chez brutal, blasts incendiaires compris, et qui voit un petit peu plus loin que le bout de son accordeur bloqué sur un la grave. Certes, l’ambiance générale n’est pas favorable aux fréquences médiums, mais ici, les ténèbres ne sont pas qu’un simple paravent à un manque de créativité, mais bien la conséquence d’une attitude frondeuse, qui ose des riffs vraiment accrocheurs exploitant la froideur pour mettre en musique un sentiment de rejet générique totalement compréhensible. On a même parfois l’impression que le quintette cherche à s’extirper de sa condition, lorsqu’il privilégie une optique de déraison, sur le monstrueux « Les Fleurs du Mal », que le pauvre Baudelaire aurait sans doute du mal à reconnaître. Mais la virulence n’empêche pas un soupçon de poésie de rue concrète, et ce morceau offre le visage le plus joliment repoussant du groupe, grimaçant sa haine pour la restituer au centuple, et nous offrir sur un plateau de sang l’un des morceaux les plus puissants actuellement.

Histoire de résumer la chose en gardant un minimum de lucidité, les WOLFPACK semblent oser l’hybridation du Beatdown et de la vilénie extrême des NAILS et PRIMITIVE MAN, pour aboutir à une floraison de méchanceté musicale qui n’a que peu d’équivalent sur la scène. Je n’oserais dire en tant que non-spécialiste si ce second LP s’inscrit dans le meilleur d’une catégorie que je connais peu, mais en tant que réfractaire indécrottable et assumé, j’y entrevois un avenir possible évitant l’impasse d’une colère un peu vaine, qui trouve enfin ici un exutoire proportionnel à son intensité. Frapper, mais expliquer pourquoi, lacérer, mais laisser des plaies nettes. C’est un peu le message prodigué par un Loathe qui ne fait ni semblant de vitupérer, ni semblant de faire mal.


Titres de l'album:

  1. Intro/Cursed
  2. Oblomov
  3. Les Fleurs du Mal
  4. Hover Above Me
  5. Delusion
  6. Vipers Choirs
  7. Interlude
  8. Pessimist
  9. Doomed
  10. Loathe

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par mortne2001 le 02/04/2018 à 14:47
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Cet artwork très "old-school death metal" !


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Gros respect pour Slayer même si j'ai seulement 2 mauvais souvenirs de concert (sur plus d'une quinzaine) Pour moi aussi decade reste le meilleur live , ne serait ce que pour l'intro de hell awaits qui plante le décor pour tout le reste de l'album.