The Wandering Daughter

Piah Mater

05/10/2018

Code666 Records

Si je me base sur mes connaissances latines, PIAH, dérivé de PIA, désigne une personne pieuse, mais aussi la forme féminine du nom papal Pius, de même racine. Mater, comme son nom l’indique fait référence à la mère, et le nom de ce groupe selon interprétation pourrait incarner la mère pieuse, ou la mère du pape…Ce qui est certain par contre, c’est que les PIAH MATER est un groupe constitué de musiciens qui ont foi en leur musique, et en une certaine forme de complexité instrumentale. Evoluant dans un créneau en jonction, empruntant des codes aux vocables du Death technique, du Post Metal, mais aussi à une certaine forme de Post BM progressif, ce trio unique nous offre donc une vision de la préciosité musicale, doublée d’une densité de propos fort appréciable. Loin d’une stérile démonstration, ces sud-américains se situent plus volontiers du côté des très habiles orfèvres que des simples faiseurs et autres amateurs d’esbroufe, et leur second album représente une sorte de pinacle créatif pour les amoureux de brutalité maîtrisée mais non étouffée dans l’œuf. Formé en 2010 à Rio de Janeiro, les PIAH MATER sont donc trois aux commandes de leur navire (Luiz Felipe Netto - chant/guitare, Igor Meira - guitare et Kalki Avatara - batterie), que secondent quelques lieutenants dont Luan Moura (basse) et Ronaldo Rodrigues (claviers), ainsi qu’Helga, venu prêter main forte dans les rangs des chœurs sur un morceau. Loin des débordements egocentriques du Death progressif actuel, rongé par des querelles d’intérêts individuels, les brésiliens jouent donc collectif, et nous offrent avec leur second LP un petit bijou de virtuosité, qui ajoute une grosse dose d’émotion à la puissance, et qui se permet même de toiser en plus d’une occasion les plus grandes réussites d’OPETH et autres AKERCOCKE ou LEPROUS. Des noms fameux pour baliser le terrain, et offrir aux originaires de Rio le contexte parfait pour dérouler le tapis rouge qu’ils méritent, mais surtout, un LP aux accents ambitieux, qui parvient à unir dans une même envie des velléités progressives et des accès de fièvre extrêmes.

Death progressif donc, créneau choisi par facilité puisqu’il est très difficile de cerner la bête avec précision, tant elle s’échine à échapper à toute restriction. Quatre ans après leur premier effort, le déjà fort estimable Memories of Inexistence, les PIAH MATER décident donc de pousser les choses à leur paroxysme, en signant des morceaux à rallonge, qui pourtant ne présentent aucune baisse de régime ou de créativité. Disposant d’un véritable arsenal de motifs et de thèmes, les lusophones osent donc la juxtaposition et le grand écart, évoquant parfois les rivages lointains de THE OCEAN, et par intermittence le désert aride d’un PARADISE LOST de la grande époque, confronté à la réalité abrupte d’un NOCTURNUS ou d’un BLACK CROWN INITIATE. Six morceaux seulement pour près d’une heure de musique, l’effort est notable, et le résultat impeccable. En alternant les climats sans souffrir de transitions trop brutes, les brésiliens jouent leur va-tout, et nous font passer par une multitude de sentiments opposés, suggérant la colère pour provoquer le dégoût, et caressant la nostalgie pour toucher la solitude de l’âme du bout des doigts. En tant que principal compositeur, Luiz Felipe Netto se pose en leader naturel, signant seul quatre des six segments, et rappelle les éclairs de génie de Chuck Schuldiner, lui empruntant parfois des théories que l’illustre floridien avait prônées en fin de carrière avec les œuvres les plus abouties de son groupe. Mais loin d’un succédané, The Wandering Daughter est un pur original, dont la pochette retranscrit à merveille l’ambivalence, sans en trahir le contenu. Ce contenu se partage entre séquences très intenses, animées par une rythmique en rouleau-compresseur, qui souligne avec force et fracas des soli de toute beauté, utilisant la mélodie pour mieux la moduler, sans tomber dans l’excès interventionniste pénible. En gros, des notes, beaucoup parfois, mais jamais inutiles, et pas de bavardage, malgré le quart d’heure approché par la dernière piste en forme de conclusion.

Il serait facile de voir en ce second tome une extension des travaux Post Metal déjà entrepris par l’école américaine, et pourtant, le travail reste dans un cadre purement agressif, n’abusant jamais des harmonies pour les étirer à l’infini. Dès lors, et puisque les pistes respectent une logique de cohérence globale, il devient très difficile d’en mettre une en avant, tout étant dit sur le magnifique « Solace In Oblivion », que « Sprung from Weakness » et  « The Sky is Our Shelter » reproduisent avec une volonté synthétique, sans en trahir la richesse. Et richesse est le mot adapté aux PIAH MATER, qui accumulent les parties de basse serpentines, les arpèges alambiqués, pour mieux les faire souffrir de riffs cruels et graves vous prenant de plein fouet. On se demande même parfois si une certaine passion pour les 70’s n’est pas venue chatouiller l’inspiration des créateurs, tant « The Sky is Our Shelter » titille la corde sensible de l’école de Canterburry, avec ses arrangements aérés et sa délicatesse de cordes. C’est évidemment très beau, mais aussi pertinent, puisqu’on se laisse dériver au gré des images musicales dessinées par le groupe, qui nous entraînent d’un panorama de quiétude en orage d’inquiétude, passant du Rock progressif d’esthète à un Death technique de tueurs à gages, sans nous perdre en route ni exiger un pourboire à la sortie. Agrémenté d’une production un peu rêche mais parfaitement adaptée aux passages les plus atmosphériques, The Wandering Daughter suggère parfois des déambulations bucoliques d’une silhouette féminine perdue dans ses propres limbes, l’esprit vagabondant du côté des PORCUPINE TREE, avant d’être soudainement et brutalement ramené à la réalité d’un Metal mordant et presque traditionnel dans les faits.  

Car outre leur désir de faire tomber les barrières de genre, les brésiliens savent aussi mettre en place des thèmes accrocheurs, comme le prouve le monumental « Earthbound Ruins », qui aurait tout à fait eu sa place sur une anthologie de VOÏVOD. Disharmonie, décadence, stridences et dissonances, pour des mélodies mises à mal par une guitare volubile, soutenue par un chant convaincant, en son clair comme en growls. Les morceaux ont beau laisser couler le sablier, nul ne sera tenté de regarder sa montre tant l’odyssée reste passionnante et logique dans son évolution, et « The Meek's Inheritance », le final en apothéose ne se contenant d’ailleurs pas de reprendre les idées précédentes à son compte pour les recycler, mais proposant une véritable projection vers un avenir qu’on pressent passionnant. Gorge qui hurle son mal être sur fond de notes harmonieuses qui s’écoulent, breaks à la limite du psychédélique, Death distordu et remodelé, Black assimilé mais pas totalement assumé, et une dernière limite à franchir pour rejoindre la caste très fermée des groupes essentiels, et injustement méconnus. Mais gageons que cette cuvée 2018 sera exceptionnelle pour les PIAH MATER, qui ont formidablement bien compris à l’instar d’un Steven Wilson qu’une musique progressive ne devait pas nécessairement se vouloir absconse ou élitiste, sans sombrer dans le populisme outrancier. De la complexité dans la simplicité, telle est la devise des brésiliens, et  The Wandering Daughter sa plus belle maxime.  


Titres de l'album :

                         1.Hyster  

                         2.Solace in Oblivion

                         3.Sprung from Weakness

                         4.The Sky is Our Shelter

                         5.Earthbound Ruins

                         6.The Meek's Inheritance

Bandcamp officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 27/10/2018 à 14:48
88 %    514

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Perry

Punaise, ce que c'est nul!

27/01/2021, 20:41

Bones

J'ai jamais pu encaisser les QCM.

27/01/2021, 16:44

Humungus

Moi penser tout pareil.

27/01/2021, 15:56

Solo Necrozis

Pareil, c'est quoi l'objectif, avoir Oranssi Pazuzu dans Taratata ? Je ne comprendrai jamais ce désir d'être accepté par une industrie qui n'a presque rien d'artistique et pour qui la musique est un produit à écouler en espérant en(...)

27/01/2021, 15:30

Arioch91

Meilleur album Black à capucheMeilleur album de pouêt-pouêt Metal à bouée (on enlève Alestorm sinon c’est pas du jeu)nanmé

27/01/2021, 15:17

Buck Dancer

"c'est comme le sexe, au début tu chatouilles un peu les parties visibles et seulement après tu explores en profondeur"... et c'est là où ça fait mal !!! 

27/01/2021, 15:05

Simony

Je pense que l'on peut creuser l'idée des catégories, il y en a des biens dans tes propositions Jus de cadavre  (...)

27/01/2021, 14:33

RBD

Hail of Bullets, l'excellence va decrescendo du premier au troisième album. Dans la discographie de Martin van Drunen il faut aussi citer le deuxième album de COMECON, "Converging Conspiracies", u(...)

27/01/2021, 13:25

Jus de cadavre

Les 13 catégories des Victoires Rock et du Metal 2021 !Meilleur album de Bestial War Black MetalMeilleur album de PorngrindMeilleur album de NSBMMeilleur album de Crust Punk à chienMeilleur album HM-2 Entombed-likeMeilleur album Black Metal (...)

27/01/2021, 12:11

Gargan

Quand je vois la dénomination "rock/metal", ça me fait fuir, gros effet répulsif. Non pas que j'oublie les racines blablabla mais là, ça me fait penser à de l'édulcoré pur jus, un peu comme rtl2 et son "son pop/rock&(...)

27/01/2021, 08:46

Arioch91

@Bones : merci pour Hail of Bullets, je préfère ce que je suis en train d'écouter (le premier) à ce Necroceros. Ca m'emballe bien plus alors je pense rattraper mon retard du côté de HoB plutôt que d'Asphyx.

27/01/2021, 08:07

Kairos

Ouais dsl j'ai été un peu sec, mais l'autre andouille est venu gratuitement me baver sur les rouleaux... J'aurais dû employer l'adverbe "cordialement" à la fin de mon précèdent post. 

26/01/2021, 16:03

Bones

Mouais, mais par contre je vais rapidement le réécouter pour voir si mon approche a évolué. C'est vrai qu'il est réputé...  j'ai sans doute raté le coche.

26/01/2021, 13:14

Arioch91

@Humungus : SIC... And Destroy !   Comme disait Coluche : la politique ? C'est quand on est poli et qu'on a(...)

26/01/2021, 10:45

Arioch91

@Humungus : je confirme pour The Rack. Plusieurs fois j'ai essayé mais sans jamais accrocher.Y a des albums comme ça

26/01/2021, 07:56

Humungus

Toujours "intéressant" (SIC !!!) quand la politique s'insère ici... ... ...

26/01/2021, 07:38

Humungus

Ne pas "rentrer" dans "The rack" ?!?!Bizarre étant donné la monstruosité de cet album...Quoi qu'il en soit, je plussoie sur HAIL OF BULLETS !Pis n'oublions pas le merveilleux GRAND SUPREME BLOOD COURT non plus hein !!!(...)

26/01/2021, 07:35

Arioch91

@Bones : merci pour l'idée, vais m'écouter les trois albums de Hail of Bullets, juste histoire de rattraper mon retard concernant le père Van Drunnen.

25/01/2021, 20:12

Bones

Ce dernier Asphyx n'est pas une montagne de nouveautés mais il est super efficace. On sent les vieux briscards qui connaissent parfaitement leur affaire.Etant un gros fan de Van Drunen, je vais décortiquer ses paroles en ne doutant pas que les morceaux vont s'en tro(...)

25/01/2021, 18:39

Jus de cadavre

Ouais, ils frappent fort les anciens avec cet album ! 

25/01/2021, 18:17