Celle-là est à prendre pour le fun, puisqu’il faut bien s’amuser un peu de temps en temps. Mais elle est aussi à prendre comme une morale, style La Fontaine perdu dans un décalage horaire de l’horreur et qui cherche à donner la leçon au corbeau alors qu’il parle à un douanier suédois. Laissez-moi un peu planter le décor et vous expliquer le pourquoi du pas comment. On sait que dans l’extrême, la compétition est rude. Non en termes de qualité, quoique le débat soit d’importance, mais plutôt en termes d’excès, de dépassement de soi, d’exagération, et ce, depuis que la musique moderne s’est rendu compte qu’on pouvait toujours faire pire que l’ignoble. MÖTORHEAD, pour les journalistes lambda, n’était qu’un trio de débauchés incapable de jouer le Rock autrement que sous amphétamines. Les RAMONES ramonaient beaucoup trop vite pour leur époque, et de barrés beaucoup trop simplistes. VENOM n’était qu’un épouvantail à trois têtes dont le bruit émanait d’enfers personnels à peine dignes de hanter les couloirs d’un conservatoire défroqué. HELLHAMMER était une galéjade suisse sans queue (fourchue) ni tête (velue). BATHORY ne valait pas un slip de peau, le MAYHEM norvégien allait déjà trop loin, et lorsque CARCASS a pointé le bout de ses tripes, c’en était trop. Trop Gore, trop dégoulinant, trop inhumain et incompréhensible pour les oreilles les plus chastes. Depuis, on s’est quand même coltiné LAST DAYS OF HUMANITY, GORE BEYOND NECROPSY, SEWER, REVENGE, le BM lo-fi enregistré dans la cave de grand-mère morte depuis huit ans, et puis ENCOFFINATION, bla, bla, bla. La compétition est rude pour faire plus de boucan infâme que son prochain et son voisin, et finalement, depuis la première chiasse de Cronos, on s’en fout un peu. Mais nonobstant ce constat lucide, des musiciens de par le monde continuent leur quête d’absolu, et enregistrent des démos avec un vieux Tascam branché sur la gégène, vénèrant leur tondeuse qui fait définitivement plus de bruit que leur guitare mal accordée, et continuant de vouer un culte à VONDUR parce qu’ils jouent faux et super mal. Ainsi naquit donc cette nouvelle hydre à deux tronches, MISCARRIAGE, qui dès le départ à tout fait pour avoir tout faux et vous faire trembler de peur. Ou de rire.

Déjà, la pochette, pas super originale depuis le collage potache du Reek of Putrefaction de CARCASS. Ensuite, le bon goût en matière de nom de baptême. Fausse couche, c’est classe, il n’y a pas à tortiller du sphincter, surtout lorsque le titre de son album prône une horreur imminente qui effectivement, vous saute aux oreilles dès les premières secondes. Et finalement, une signature sur Sentient Ruin, le label le plus masochiste de l’histoire, qui semble prendre plaisir à héberger les pires groupes de la création pour peu qu’ils fassent plus de bordel que le reste de la concurrence. Avec tous ces ingrédients en main, vous imaginez bien que l’écoute de cet album ne va pas être de tout repos, et surtout pas forcément adressée aux mélomanes les plus timorés et sensibles. Gagné, puisque l’heure passée en compagnie de ces deux musiciens est tout ce qu’il y a de plus infecte, et pourtant, un je-ne-sais-quoi d’hypnotique se dégage de ce LP, comme un film Gore excessif en tout point, et qui pourtant, parvient à instaurer une ambiance de snuff dégueulasse dont on se repaît avec un instinct voyeuriste à peine assumé. Plus concrètement, MISCARRIAGE est un projet cosmopolite né de l’union de Jon Paxton (USA, chant/guitare/basse) et Ulf Nylin (Suède, batterie/artwork) et qui s’évertue à manipuler les composantes les plus repoussantes de l’extrême pour fabriquer une crème hydratante et gluante à base de Sludge ralenti et épaissi au maximum, de Doom maladif et répétitif, de Death plus morbide qu’une ancienne une de Rotten.com, avec une touche de Gore saupoudrée généreusement sur les vocaux histoire de rendre l’ensemble encore plus dégoulinant. En substance, les MISCARRIAGE pourraient incarner une version plus professionnelle de SEWER, voire de toute l’écurie ignoble de The Satan Records. Mais les bougres sont plus malins que la moyenne, puisqu’ils ont rendu leur brouet presque digeste en l’agençant de façon sadique, histoire de faire croire que le tout a été pensé et agencé comme une œuvre normale. Et en ne crachant pas sur une optique noisy assez valable, les deux compères pourraient aussi se travestir en ABRUPTUM des temps modernes, qui ne cracherait pas sur une adaptation Funeral Doom à la ENCOFFINATION, sans rien perdre de sa bestialité occulte. En résumé, Imminent Horror est effectivement une horreur sonore, mais assez intéressante, suffisamment en tout cas pour que vous y prêtiez attention.

Mais avouons qu’à l’instar de tous ces groupes sans gêne-y’a-pas-d’plaisir, la curiosité l’emporte sur l’intérêt. Une fois encaissée l’heure d’écoute, vous n’aurez pas forcément envie d’y revenir pour voir si vous avez oublié quelque chose, d’autant plus que les sept morceaux sont assez linéaires. Une rythmique monolithique, des riffs sombres comme le trou du cul de Jeff Walker, et surtout, une dualité de chant Gore/Moufette des ténèbres qui se permet parfois quelques déglutitions assez intéressantes dans le genre orgie de démons au poulet curry après minuit. Les plus anciens comprendront vite que rien de novateur n’est proposé depuis la sortie du traumatique « Triumph Of Death » de HELLHAMMER, dont la tranche « IV » reprend peu ou prou les mêmes principes de lenteur et de douleur sourde et oppressante, mais les plus jeunes se montreront peut-être plus perméables à ce goût de l’excès qui brouille encore un peu plus les limites existant entre le Sludge, le Doom et le Death. D’ailleurs, au final, on ne sait pas trop à quoi on a affaire, à un Doom rachitique et abyssal, à un Death primaire malmené par des zombies de la créativité, ou à une forme très larvée et démoniaque de Sludge qui se verrait débarrassée de toutes ses prétentions musicales. La performance mérite donc d’être signalée, même si on ne voit pas comment les zigues pourraient faire pire, mais il convient de moduler tout constat négatif de quelques précisions. D’abord, l’objet en question a bénéficié d’une production professionnelle et intelligible, ce qui nous évite la déglutition captée des égouts par des ouvriers au smartphone vigilant. Ensuite, Imminent Horror offre une progression dans l’ignominie qui n’est pas sans intérêt, puisque chaque morceau semble se complaire dans l’accentuation des abominations précédentes. Et si les riffs pourraient se conjuguer au singulier, les lignes de chant ont vraiment un cachet assez fascinant, exorcisme ininterrompu et dialogue de sourd entre un prêtre excommunié et un démon joueur, couché sur les bandes d’un magnéto à bile.

Bien sûr, musicalement, la chose n’a pas grand intérêt. Une fois passée la surprise initiale, on s’habitue très vite aux règles du jeu qui ne sont pas plus biaisées que d’autres. Mais en termes de performance, MISCARRIAGE a le mérite d’avoir illustré en bruit les sons émis par une fausse-couche filmée au ralenti, avec ce que ça implique de douleur, de tristesse, de résignation et de gargouillis sanguinolent. Pas forcément de très bon goût, mais assez notable. Et comme je l’ai dit, celle-là est à prendre pour le fun, puisqu’il faut bien s’amuser un peu de temps en temps. Dont acte. 

     

Titres de l'album :

                           01. I

                           02. II

                           03. III

                           04. IV

                           05. V

                           06. VI

                           07. VII

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 24/04/2019 à 17:09
70 %    97

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Vain Vipers

Vain Vipers

Dirty Shirt

Letchology

Haunt

Mosaic Vision

Stonecast

I Earther

Devil Master

Satan Spits On Children Of Light

Voz De Nenhum

Sublimation

Vertex

Scalable

This Gift Is A Curse

A Throne Of Ash

Thornbridge

Theatrical Masterpiece

Spectrum Orchestrum

It's About Time

Ares Kingdom

By The Light Of Their Destruction

The End Machine

The End Machine

Vitriol

Chrysalis

Altar Of Oblivion

The Seven Spirits

Inculter

Fatal Visions

Venom Prison

Samsara

Sammy Hagar

Space Between

Final Cut

Jackhammer

Eivør

Live In Tórshavn

Mgła - Revenge - Doombringer // Paris

Mold_Putrefaction / 19/05/2019
Death Metal

Dead can Dance

RBD / 19/05/2019
Darkwave

NETHERLANDS DEATHFEST IV / Tilburg, Pays-Bas

Jus de cadavre / 16/05/2019
Death Metal

Tour-Report ACOD (support Cradle Of Filth / Avril 2019)

Jus de cadavre / 14/05/2019
Death Black Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

En voilà un qui aura marqué l'esthétique du Metal, en quelques oeuvres. Il suffit parfois de peu.


C'est ce côté vite torché qui donne toute cette bestialité justement je trouve. Y a bien peu d'album Metal aussi intense et violent que Reign selon moi.


@KaneIsBack, à l'origine Reign In Blood devait durer plus longtemps que 28 minutes mais lorsque le groupe est rentré dans le studio et a branché le matos, ils ont speedé comme des malades et c'est devenu Reign In Blood. Peut être avaient-ils le feu au derche ou envie de boucler le record le plu(...)


En fait, je crois que je me suis mal exprimé. C'est surtout que cet album me frustre, en fait. J'aurais voulu des morceaux plus développés, un peu plus longs. Criminally Insane, par exemple, est un super morceau, mais à peine 2 mn 20, quoi... Frustrant, oui, c'est plutôt ça pour moi.


Découvert en 88, j'ai mis des années avant de cerner et d'apprécier ce disque.
Depuis, je l'ai acheté à 4 reprises à force de l'avoir usé.


Je viens d'acheter deux tonnes de tomates... ;)


Kanelsback, cet album est tellement violent, sauvage, radical, intense, que c'est justement en ayant acheté et écouté cet album bien des années après avoir découvert Slayer ( je me contentais alors des morceaux en version live) que j'ai compris pourquoi Slayer ÉTAIT Slayer. Et c'est devenu de(...)


Je vais faire mon hérétique : j'ai jamais pu blairer cet album... Ne pas l'avoir découvert à l'époque joue sans doute dans mon ressenti, j'imagine, mais je m'emmerde en écoutant ce disque. Hormis Angel of Death et Raining Blood, je trouve les morceaux un peu torchés à la va-vite et basiques.(...)


mauvais


Merci de ta chronique .
Ici le batteur mentionné.
Chronique très appréciable , et très bien écrite . Et dont l'analyse globale est pertinente
Cela dit , même si j'aime les " anexes " Atheist et Mekong delta et Holy moses , je n'ai jamais été vraiment influencé par ce gen(...)


Même classement pour moi que Jus de Cadavre !
Et des pochettes qui auront marqué mon adolescence...


Mmh, ça se tire la bourre avec Master Of Puppets pour le titre du plus grand album Metal au monde... Mais c'est dans le top 2 des plus grands oui... :D
Aller j'ai de la route ce soir, je sais ce que je vais écouter dans la bagnole !


Pochette mythique pour un album mythique. Peut être le plus grand de tous les temps...


J'arrive après la bataille, mais interview une fois de plus très cool !

Et ça fait tellement plaisir de lire ça : "Combien de groupes entend on se plaindre de ne pas attirer suffisamment de monde en concert alors que les mêmes musiciens ne vont jamais aux concerts des autres ?"


Pas top, du revival classique.


Ca casse pas trois pattes à la dinde. Voix générique au possible, notamment.


Pour ma part, l'extrait disponible (Black Flame Candle) me rappelle les meilleurs moments de Toxic Holocaust. Je vais du coup m'y atteler plus sérieusement!


Pas mal du tout ce truc ! La chro résume parfaitement bien la chose !
"le Punk s’est toujours très bien marié au Black le plus primal " et ça je plussoie fois 100.


Très intéressante démarche que celle de Sun, d'autant plus par le producteur de The Dø !


Sorceress était vraiment inintéressant, ce que je n'avais jamais ressenti avec Opeth quand bien même je préfère la période Still life / Blackwater park / Deliverance. J'espère que celui-ci rattrapera la donne, faute de quoi je passerai mon chemin à l'avenir.