Le Hard Rock mélodique, l’AOR, sont en quelque sorte nés à l’Ouest de l’Europe et aux USA, il y a de cela quelques décennies. Le genre à toujours survécu, malgré les attaques successives de genres plus à même de séduire la jeunesse, et se porte aujourd’hui à merveille si l’on en croit le volume de groupes qui s’y consacrent corps et âme. Et si l’Angleterre et les Etats-Unis ont su garder leur pavillon flottant haut sur la mer des mélodies, la Suède s’est imposée ces dernières années comme le paquebot le plus puissant sur ce même océan. Leur flotte est désormais reine sur les vagues, et le déferlement continu de leurs vaisseaux tient plus de l’invasion que de la visite de courtoisie…Je n’ai jamais pris le temps de recenser leurs noms sur un carnet de bord, mais s’il y en a un que j’ai toujours gardé en mémoire, c’est bien celui de H.E.A.T. Pourquoi ? Parce que c’est un de ceux dont la quille fend le plus facilement les mouvements d’une mer d’harmonies, alors que son moteur lui permet d’avancer à vive allure, au point de figurer aujourd’hui parmi les leaders qu’on tente de suivre de loin, mais qui s’éloignent toujours trop vite pour qu’on les rattrape.

Admettons-le, ses matelots sont tous les meilleurs à leur poste respectif, et les quatre escales qu’ils nous ont offertes depuis leur embarquement en 2007 ont laissé de profondes traces dans nos oreilles, à tel point qu’ils représentent presque la quintessence même de la cohésion d’équipe. Et leur cinquième périple, entamé en Thailande à des airs de croisière de luxe, menée tambour battant et machines à plein régime, et refrains de marins expérimentés s’échappant d’une hune qui leur permet de voir arriver la concurrence de loin.

Mais quelle concurrence, puisque ces cinq suédois (guitare: Sky Davis (aka Dave Dalone), basse: Jimmy Jay, claviers: Jona Tee, batterie: Crash et chant: Erik Grönwall) la laissent en rade en augmentant le nombre de nœuds auxquels ils naviguent ? Il semblerait que le temps passant ne marque aucunement leur enthousiasme, et que leurs albums sonnent toujours aussi frais depuis leurs débuts. C’est ce qui est le plus impressionnant lorsqu’on aborde leur cas, et ce cinquième LP, Into The Great Unknown le prouve avec flamboyance. Il ne vous projettera certainement pas dans l’inconnu, mais pose quand même quelques questions dont les réponses restent en suspens dans une autre dimension. Comment font-ils pour renouveler sans cesse leur inspiration, et jouer de nouveaux morceaux avec autant d’envie, comme si leur vie en dépendait ?

Mystère, mais finalement, comme nous sommes les grands gagnants de cette énigme, nous n’allons pas nous creuser la tête pour rien. Alors apprécions ce nouvel effort pour ce qu’il est, à savoir l’un des meilleurs albums de Hard mélodique et hargneux de cette année, et un trophée de plus sur la longue liste de victoires des suédois qui n’en finissent pas de nous émerveiller…

Produit par l’immanquable Tobias Lindell aux Karma Sound studios de Bangkok, Into The Great Unknown synthétise en dix morceaux le meilleur d’un genre que l’on peut dire hybride, et mélange des refrains gigantesques à des couplets dantesques, dans un élan de professionnalisme qui laisse pantois, mais qui a su garder son cœur de teenager rockeur aux abois. Spontanéité pour un disque qui pourtant a été peaufiné, et qui aligne les tubes comme à la parade des grandes voiles. D’ailleurs, le ton est donné dès la sortie du port, qui résonne d’un énorme « Bastard Of Society » au riff d’intro bluesy comme un AC/DC en pleine crise d’euphorie. Les chœurs se mettent en place et tremblent d’une basse gironde comme un rouleau de fond, et la fête démarre sous les meilleurs auspices, ceux que les SLAUGHTER, et autres SHARK ISLAND savaient instaurer pour séduire dès les premières mesures. Du taillé pour les charts qui résonnent encore du tube « 1000 Miles » que personne n’a oublié, et qui nous fait headbanguer et sourire dans un même maelstrom de puissance et de mélodies. Du beau boulot, qui laisse présager d’un cinquième LP haut en couleurs et déchaîné. Ce qui est exactement le cas.

Car encore une fois, H.E.A.T. ne commet aucun faux pas, et soigne ses interventions. Si la voix exceptionnelle d’Erik Grönwall fait encore une fois merveille, se montrant ferme sur les passages les plus Heavy et enflammée dans les aigus, l’instrumental se montre solide mais fluide, et sert des écrins de Hard’N’Roll comme seuls les scandinaves savent encore en produire. Bien loin des systématismes des grands cadors et des modèles italiens, les originaires d’Upplands Väsby n’ont pas perdu leur vision très naturelle du genre, et se permettent même quelques clins d’œil Synth-Pop très 80’s pour rester au sommet de la vague, et « Redefined » de nous montrer avec précision la frontière entre Hard Rock et AOR, sans céder un pouce de terrain à l’agressivité qui leur est si chère.

Guitares qui singent The Edge et Andrew Farriss dans un délié de cocottes qui résonnent sur des arrangements vocaux qui sonnent, et le hit single est encore à portée de main. Mais loin de se contenter de formules toutes faites, Into The Great Unknown pousse les choses encore plus loin, en nous opposant un « Time On Our Side » qui ondule d’une rythmique synthétique avant d’exploser au signal d’un refrain qui ne ménage aucun effort pour fédérer. La facilité est définitivement bannie, et le lyrisme succède à la conviction, pour un thème purement nordique qui s’emballe d’harmonies que les STRATOVARIUS n’auraient pas reniées. Et « Best of The Broken » de plonger l’ancre encore plus profondément dans les eaux d’un port de conquérants, avec force claquements, gimmicks adolescents, et chorus à la distorsion bien rentre-dedans. Du grand art, et nous n’en sommes qu’à la moitié de l’album, ce qui laisse songeur…

Ballade poignante sur arpèges subtils, pour une montée en puissance d’émotion sublimée par la voix incroyable de pureté d’Erik, pour des allusions HEART/SURVIVOR parfaitement assumées (« Eye of The Storm »), bourrasque Heavy Rock assouplie d’une électronique bondissante qui rendrait les plus belles déclarations de BON JOVI trop condescendantes (« Blind Leads The Blind »), aveu de supériorité sur fond de claviers envahissants mais désarmants (« We Rule »), pour une question Pop-Rock qui appelle une réponse évidente (« Do You Want It », oui, plutôt dix fois qu’une), et final épique truffé de trouvailles éclairées, qui place le progressif sur le champ des possibles (« Into The Great Unknown », riff bluesy, emphase du tempo martelé, et une fois de plus un travail vocal acharné), pour trois petits quarts d’heure qui passent décidément trop vite, et qui obligent à reprendre le voyage du début, pour être sûr de ne rien avoir manqué…

Cinquième album ?  Into The Great Unknown pourrait être le premier d’une carrière, tant il sonne incroyablement frais et dispo, et offre le spectacle auditif de musiciens toujours aussi affutés et précis. La longue traversée entamée il y a dix années par H.E.A.T. vogue toujours à bonne cadence, et si la légende du Hollandais volant avait de quoi fasciner l’inconscient collectif, celle des Suédois chantant s’y substitue avantageusement.


Titres de l'album:

  1. Bastard Of Society
  2. Redefined
  3. Shit City
  4. Time On Our Side
  5. Best Of The Broken
  6. Eye Of The Storm
  7. Blind Leads The Blind
  8. We Rule
  9. Do You Want It
  10. Into The Great Unknown

Site officiel


par mortne2001 le 01/10/2017 à 18:57
90 %    292

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